Le secteur automobile a contribué à environ 3% du PIB du pays en 2020. Néanmoins, le secteur a énormément souffert des répercussions de la crise sanitaire. Il a subi une baisse de l’employabilité d’environ 20% à cause de la baisse des commandes, la décadence du climat politico-social et les grèves répétitives entraînant un renfermement des investisseurs sur eux-mêmes.  Certains d’entre eux n’ont pas hésité à modifier leur choix pour la destination tunisienne et ont quitté définitivement la Tunisie vers des destinations beaucoup plus attrayantes. S’ajoute à cela, la crise mondiale du secteur automobile. Les commandes des grands donneurs d’ordres ont baissé pour les véhicules neufs de 20.5% et pour les véhicules d’occasion de 11.5% ce qui a influencé négativement les commandes des pièces de rechange, un cheval de bataille de l’industrie automobile tunisienne. Pour plus de détails sur les problématiques du secteur de l’automobile en Tunisie nous avons rencontré Karim Amous, expert-comptable, ressortissant de l’Institut d’Administration des Entreprises de Lyon et fondateur du groupe multinational Smarteco. Entretien.


Pouvez-vous nous présenter Smarteco et ses objectifs ?

Smarteco vient de souffler, la semaine dernière, sa onzième bougie. C’est le premier leveur de fonds d’origine tunisienne ayant des ramifications à l’international dans une trentaine de pays dans le monde, dont une quinzaine en Afrique. C’est un groupe spécialisé dans le conseil financier et la recherche de financements. Nous avons assisté plusieurs sociétés en détresse après la crise sanitaire via la mise en place de stratégies de restructuration et l’accompagnement à la levée de fonds nécessaires pour leurs applications. En 2021, Smarteco est devenu « opérateur agréé Export » en France et, de ce fait, nous offrons aussi un service d’assistance à l’international et de développement de l’export.

L’industrie automobile a constamment été un fondamental animateur de l’économie en Tunisie. Combien d’entreprises cantonnées dans la fabrication de véhicules et créatrices d’emplois ?

Parmi les quelques industries en Tunisie qui dégagent de la valeur ajoutée, on peut citer l’industrie automobile. En effet, avec un total export de 7.5 milliards de dinars, elle couvre largement les 4 milliards de dinars qu’elle dépense à l’import annuellement. Soit un taux de couverture de 175%, ce qui est relativement intéressant pour un tissu composé de moins de 300 PME-PMI et employant environ 85.000 personnes. Les filières des fils et câbles, de la mécanique et des pièces de rechange pesant pour plus de 80% des emplois.

Il est à noter que la Tunisie compte uniquement trois unités d’assemblage d’une capacité annuelle de 1.500 véhicules en plus de deux centres de formation d’effectifs destinés à l’industrie automobile. Ce qui laisse dire qu’un petit effort supplémentaire dans ce domaine fera passer le rang de la Tunisie du deuxième plus grand fournisseur de pièces de rechange en Afrique, au premier. Et, pourquoi pas, améliorer son positionnement à l’échelle mondiale, en renforçant son activité actuelle de sous-traitance et surtout en surfant sur la vague de l’innovation.

Quelles sont les orientations

de l’industrie automobile pour l’année 2021 en Tunisie ?

Depuis les années 70, la Tunisie a été un eldorado pour les constructeurs automobiles cherchant à sous-traiter leurs équipements à bas prix tout en profitant d’une main-d’œuvre qualifiée et d’un climat entrepreneurial encourageant. Bien que cette quête légitime de profit reste d’actualité, nous commençons à sentir un petit changement d’orientation des constructeurs automobiles vers les pays qui répondent plus à leurs ambitions : offrir un véhicule intelligent et ami avec l’environnement, et ce, dans un souci de développement durable. En effet, de plus en plus de pression de la part des organismes internationaux poussent les constructeurs automobiles à délaisser le moteur à combustion émetteur d’azote et de CO2 pour le compte du moteur électrique dont la demande a augmenté de 70% en 2020, contrairement aux autres types, dont la demande a fléchi. Le véhicule intelligent connecté au Smartphone reste toujours dans la ligne de mire des constructeurs automobiles qui dépensent des millions de dollars en recherches et développement dans une course sans fin vers l’innovation et l’offre unique et différenciée au consommateur. D’ailleurs, dans le cadre de nos services de conseils financiers et de recherche de financements, on commence à recevoir de plus en plus de demandes de startup  tunisiennes spécialisées dans le développement de solutions intelligentes pour les véhicules surtout en matière de traçabilité, de prévention contre le vol, d’analyse de données, de freinage, d’assistance à la conduite et de divertissement à bord… Ce sont des startup  prometteuses mais qui, malheureusement, ne trouvent pas d’ouïe auprès de bailleurs de fonds tunisiens, ce qui nous oblige à nous orienter vers des bailleurs de fonds internationaux, beaucoup plus ouverts à l’innovation et qui savent valoriser l’idée et les brevets. Malgré la barrière linguistique, les Allemands ont presque toujours répondu « présent » dans nos quêtes de partenaires techniques et financiers pour ces startup.

Ce secteur est-il résistant face

à la difficulté économique ?

Le secteur automobile a contribué à environ 3% du PIB du pays en 2020 mais a énormément souffert des répercussions de la crise sanitaire avec une baisse de l’employabilité d’environ 20% à cause de la baisse des commandes et de la décadence du climat politico-social et les grèves entraînant un renfermement des investisseurs sur eux-mêmes et parfois leur choix à temporiser ou à quitter définitivement la Tunisie vers des destinations beaucoup plus attrayantes. A part cela, la crise étant mondiale, les commandes des grands donneurs d’ordres ont baissé pour les véhicules neufs de 20.5% et pour les véhicules d’occasion de 11.5% ce qui a influencé négativement sur les commandes des pièces de rechange, l’un des chevaux de bataille de l’industrie automobile tunisienne.

La Tunisie est-elle l’un des plus

importants fournisseurs de l’Union européenne ?

L’industrie automobile participe à environ 14% au total des exportations tunisiennes, tous secteurs confondus. Ces exportations de l’industrie automobile sont de l’ordre de 21% pour la France, 37% pour l’Allemagne, 11% pour l’Italie et 12% pour la Roumanie, ce qui fait de l’Union européenne le plus grand partenaire commercial pour la Tunisie dans ce domaine. Ce marché demeure régi par le système de quotas qui a pour vocation de protéger la fabrication locale en conditionnant les ventes d’automobiles neufs à l’achat par les constructeurs de pièces de rechange équivalentes produites en Tunisie. Il est alors important de s’ouvrir sur d’autres marchés moins contraignants, plus proches et plus abordables. Des marchés pouvant résorber notre offre en matière de composants électriques et électroniques, de textile et cuir, de pièces de rechange, de plastiques et autres composants fabriqués localement.

Comment  collaborez-vous

à ce progrès ?

Dans le cadre de nos services d’accompagnement à l’international, on œuvre depuis des années à ouvrir des marchés pour nos clients. On parle bien évidemment du marché africain avec son milliard de consommateurs actifs, son parc automobile d’environ 44 millions de véhicules, dont 90% presque sont acquis « occasions » à partir du marché européen. Une vraie mine d’or pour les fabricants de pièces de rechange tunisiens. D’ailleurs, via nos 15 implantations africaines, nous avons organisé quelques missions d’affaires privées en Afrique auxquelles ont participé, entre autres, des spécialistes de la câblerie et des filtres. Nous leur avons associé des partenaires locaux et nous les avons assistés pour boucler les schémas de financement de leurs échanges commerciaux. Ils sont devenus actuellement des ambassadeurs de l’industrie automobile tunisienne dans les pays cibles.

Jusqu’à quel degré les difficultés

économiques pourraient-elles

accabler le secteur automobile ? Et de quelle manière pourra-t-on le sauver ?

C’est clair, une crise économique pourra battre de plein fouet tous les secteurs, y compris le secteur automobile. Mais un vieil adage dit : « Là où il y a des problèmes, il y a toujours des opportunités ».  Les  Tunisiens ont toujours épaté le monde en proposant des solutions innovantes et en sortant la tête haute et avec les moindres pertes des problèmes qu’ils ont affrontés. C’est une question de mentalité, il faut faire un recul pour voir la totalité du tableau, raisonner en dehors de la boite, puis décider. Il est vrai que la crise sanitaire a amoindri la construction de véhicules induisant une réduction de commandes pour les pièces destinées aux véhicules neufs. Mais  les véhicules d’occasion, devenant un peu plus désuètes, vont nécessiter plus de pièces. Il faut cibler ce marché, s’orienter vers ses décideurs, qui diffèrent des acheteurs traditionnels avec qui nous travaillions avant.

Egalement, il faut développer et encourager les startup qui innovent dans le secteur de l’automobile, cela ne coûte pas beaucoup à l’économie tunisienne, mais par contre c’est une bonne manière de générer énormément de gains en devises. Je donnerai juste un exemple pour expliquer l’importance du secteur automobile. Implanter une unité d’assemblage de véhicules en Tunisie nécessite en moyenne 300 millions de dinars et génère en moyenne l’équivalent de ce que pourra générer en devises une startup informatique   d’une dizaine d’ingénieurs travaillant dans un appartement de 100 mètres carrés avec un budget annuel de 1 million de dinars…

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