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Par Abdel Aziz HALI

Ces derniers jours, des milliers de manifestants soudanais n’ont cessé de contester le nouveau gouvernement, après 30 ans de dictature, et de réclamer un « gouvernement militaire» pour assurer la transition jusqu’aux premières élections libres prévues fin 2023 et sortir le pays du marasme politique et économique.

Hier, par exemple, jour férié (célébration du Mouled dans les pays musulmans), devant le bâtiment du gouvernement, des dizaines de Soudanais pro-forces armées ont scandé « À bas (le Premier ministre) Hamdok ! ».

« Nous voulons un gouvernement de militaires pour assurer la transition », a fait savoir un dignitaire tribal à l’AFP, avant d’être dispersés à coup de gaz lacrymogène par la police anti-émeutes. «Le gouvernement civil a échoué », a-t-il ajouté.

Dans l’autre camp, les pro-démocratie ont appelé à une « manifestation d’un million de personnes » après-demain (jeudi), partout dans le pays mais aussi dans la capitale, faisant craindre un affrontement musclé.

Il faut dire que dans le monde arabe, les révolutions et les mouvements de contestation populaire ont fini par s’étioler.

Si l’Égypte a montré la voie du retour des régimes forts, en matant au passage la confrérie des Frères musulmans, au Maroc, la débâcle du PJD (Parti de la justice et du développement au pouvoir depuis 2011-ndlr) aux dernières législatives était le coup de grâce porté à l’islam politique dans la région.

Entre-temps, en Tunisie, une liesse populaire a salué le soir du 25 juillet 2021 les décisions du président de la République de geler les activités du parlement élu et démettre de ses fonctions le Premier ministre Hichem Mechichi pour son incapacité à bien gérer la crise sanitaire liée à la pandémie du Covid-19.

Depuis, les pro-Saïed et les opposants à l’État d’exception reconduit par le chef de l’Etat tunisien dans la nuit de lundi 23 à mardi 24 août 2021 se livrent une bataille à distance sur le perron du Théâtre municipal de Tunis, en alternant des rassemblements style chemises jaunes versus chemises rouges en Thaïlande avec un léger avantage pour les soutiens du locataire du Palais de Carthage.

En revanche, en Algérie, entre les restrictions liées au coronavirus et la répression policière des mouvements de contestation antirégime, le fameux Hirak a fini par perdre de sa superbe, notamment face aux crises diplomatiques opposant Alger à Rabat et à Paris.

Au Pays du Cèdre, l’enquête du juge Bitar sur la tragique explosion du port de Beyrouth a fini par faire oublier aux Libanais leur misère sociale et une crise économique sans fin, voire raviver les tensions interconfessionnelles et réveiller les vieux démons de la sinistre guerre civile.

En Irak, entre une kleptocratie éhontée et une corruption tous azimuts, le « bloc sadriste » du turbulent leader chiite Moqtada al-Sadr est arrivé en tête des récentes législatives irakiennes avec 73 sièges sur 329, lui permettant de former l’alliance «Sairoun» (En Marche) pour diriger d’une main de fer « le pays des deux fleuves » (en référence au Tigre et à l’Euphrate).

Bref, à l’exception du cas libanais, tout porte à croire que l’élan démocratique post-14 janvier 2011 ne séduit plus dans le monde arabe.
Certes, les gouvernements démocratiques enfantés dans le sillage du printemps arabe ne furent pas gâtés par la pandémie et les crises économiques, mais pour plusieurs citoyens de la région, la nostalgie d’une vie meilleure sous le règne de régimes autoritaires semble prendre le dessus sur les promesses de la démocratie.

De Rabat à Bagdad, le laxisme des gouvernements élus démocratiquement face à une corruption galopante et une détérioration du pouvoir d’achat nous laissent croire que la parenthèse enchantée du « Arab spring » est en train de se refermer et tourner la page du chapitre démocratique dans nos contrées.

La question qui se pose est la suivante: les sociétés arabes sont-elles incompatibles avec les standards de la démocratie à l’occidentale? That’s the question !

A.A.H.


 

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