Les îles Kerkennah, au large de la ville de Sfax et à l’écart du rythme trépidant des zones urbaines, sont un lieu où le temps semble s’être arrêté et où les traditions sont restées intactes. Elles comptent parmi les plus beaux lieux touristiques en Tunisie. Ces îles enchantent les visiteurs de passage avec leurs décors féeriques et leurs longues étendues de sable fin bordées de palmiers qui leur confèrent un aspect si particulier.

Une conférence de presse s’est tenue la semaine dernière aux îles Kerkennah, co-organisée par l’association Smilo, le Conservatoire du littoral et la municipalité de Kerkennah, avec le soutien du Fonds français pour l’environnement mondial. Cette rencontre a été l’occasion de présenter les travaux menés par le secrétariat et les différents partenaires au sein du réseau Smilo (initié en 2014 par le Conservatoire du littoral et porté depuis 2016 par une ONG dédiée du même nom, Smilo (Small Islands Organisation) notamment à l’occasion de l’assemblée générale de l’association et avec les communautés insulaires de Méditerranée, d’Afrique, d’Europe et de l’océan Indien. L’objectif de cette conférence est d’évoquer les problématiques de la biodiversité insulaire, l’aménagement adapté au changement climatique ou encore la lutte contre les pollutions plastiques. Dans ce contexte, M. Hervé Menchon, adjoint au maire de Marseille en charge de la biodiversité marine, de la gestion, préservation et aménagement des espaces marins littoraux, a affirmé que le pourtour méditerranéen représente une région floristique exceptionnelle qui correspond à 10% de la biodiversité végétale mondiale et 1,6% de la surface terrestre, cela associé à un fort taux d’endémisme. Cette incroyable richesse fait de lui l’un des 34 « hot spot» de la planète. Face à ces enjeux, le Parc national des Calanques, en partenariat avec l’ensemble des acteurs du territoire et l’Agence régionale pour l’environnement et l’écodéveloppement, propose de développer un projet européen LIFE sur 5 ans pour préserver ces habitats littoraux. Le projet se focalise sur le littoral provençal du territoire du parc national des Calanques, créé en 2012, qui représente le premier Parc national périurbain d’Europe. M. Menchon a mentionné également que les îles Kerkennah sont soumises à de fortes pressions anthropiques : forte urbanisation, fort attrait touristique, développement des loisirs de pleine nature, qui conduisent à de dramatiques bouleversements, tels que la perte considérable des espèces endémiques rares et la dégradation des habitats naturels….

Les propriétaires, gestionnaires du site, majoritairement publics, sont conscients du dilemme entre protection d’un patrimoine naturel terrestre exceptionnel mais fragile et le développement soutenu des usages récréatifs. « Notre objectif est donc de restaurer les continuités écologiques des habitats littoraux fragmentés pour limiter la dégradation du littoral et retrouver une intégrité des habitats ».

Préserver les habitats naturels

De son côté, M. Maxime Prodromidès, co-fondateur et président de l’ONG  Small Islands Organisation (Smilo), a souligné que le programme de Smilo   a pour but d’apporter un appui aux petites îles, dont la superficie est inférieure à 150km², qui souhaitent s’engager pour une gestion plus durable de leur territoire. Le champ d’action de ce programme s’étend à différentes thématiques transversales telles que l’eau et l’assainissement, les déchets, l’énergie, la biodiversité, les paysages et patrimoines insulaires… « La biodiversité et la beauté de ces îles sont une véritable source d’attraction qui leur confère un potentiel touristique non négligeable. Nous ferons en sorte  qu’elles jouissent d’une reconnaissance à l’échelle internationale. Notre mission est de contribuer à préserver les habitats naturels  qui sont menacés. L’accès des visiteurs doit se faire  dans le respect de l’environnement. Nous voulons encourager également  la mise en place des pratiques de développement durable pour toutes les activités présentes sur les sites ».

Dans son allocution, M. Hédi Chebili, directeur général de l’environnement et la qualité de la vie au ministère de l’Environnement, a souligné, que partout dans le monde, les spécificités des îles ont imposé des modes de gestion différents de ceux adoptés au niveau du continent. Cela est valable pour l’énergie, les ressources en eau, l’assainissement, la gestion des déchets et le maintien de l’intégrité paysagère de ces espaces fragiles. A cet égard, la Tunisie compte 60 îles et îlots dont les îles de Kerkennah qui ont des caractéristiques géomorphologiques marquées par une faible altitude, un phénomène de subsidence et un système de marnage caractéristique du golfe de Gabès qui n’ont pas favorisé le développement de plages sableuses. « Nous constatons,  actuellement, la présence d’un phénomène d’érosion accru qui commence à mettre en péril les habitations ce qui conduit l’Agence de protection et d’aménagement du littoral à réaliser des travaux lourds de protection sur environ 11 km de côtes ».

Les techniques de pêches ancestrales de plus en plus délaissées

Par ailleurs, réputés pour leur recours à des techniques de pêche ancestrales qui privilégient l’usage des nasses pour la pêche des poulpes et la charfia, inscrite dans le patrimoine culturel immatériel de l’Unesco depuis 2019, les pêcheurs des îles de Kerkennah ont fini,   malheureusement, par délaisser ces techniques pour des raisons de rentabilité, optant, ces dernières années,  pour les nasses en plastique dont l’usage actuel constitue un danger pour les ressources halieutiques et une menace pour la santé des écosystèmes et des populations marines.

« Le projet pour le recyclage et la valorisation des nasses usagées permettra de débarrasser les écosystèmes d’une pollution par le plastique grâce à une action citoyenne destinée à inciter les pêcheurs à avoir un comportement responsable en collectant les nasses usagées  afin qu’elles soient réintroduites par la suite dans un processus de valorisation et de recyclage », a relevé le directeur général de l’environnement et de la qualité de vie.

A cet égard, il y a lieu de noter que la Tunisie s’est engagée dans différents processus dont on peut citer notamment l’interdiction des sacs en plastique à usage unique au niveau des grandes surfaces commerciales, ce qui a engendré une nette diminution de l’usage des sacs en plastique sur le marché.

Les îlots Nord-Ouest de Kerkennah seront également érigés en aires protégées marines et côtières et leur dossier de candidature déjà finalisé sera soumis à la prochaine réunion du Conseil national des aires marines protégées.

La Tunisie est consciente de l’atout que représentent les espaces insulaires dans la conservation de notre patrimoine naturel et culturel. L’initiative Smilo représente une opportunité pour l’intégration d’autres espaces insulaires dans ce processus qui se base sur une gouvernance inclusive.

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