L’été avance à grands pas. «Mais il n’y a plus de saison», me fait remarquer untel. Le temps, enfin le ciel, ou la météo, comme vous voulez, est plutôt maussade. Hier, on parlait de surchauffe du thermomètre, à telle enseigne que l’on a appris dans ce «grenier à blé» de la Rome Antique, que des centaines d’hectares ont pris feu du côté du Kef! Des mains assassines peut-être! Alors que les cultivateurs appellent l’armée nationale à la rescousse. Même les fruits de saison (pêches, poires, prunes, melons…) mûrissent mal. Ils sont pleins de verdeur et, en outre, ils coûtent cher.

Rien de nouveau donc, sous le soleil d’été. Même les plages offrent un désolant spectacle d’extrême pollution, comme on l’a remarqué du côté de Ghar El Melh, Porto Farina pour les spécialistes du sel. Le plastique, le caoutchouc, les métaux lourds, les fibres de bois d’anciennes embarcations— ou des jeunes harragas en partance pour de futures noyades…

La Méditerranée est devenue un véritable «mouroir», elle qui a tant fait rêver Homère, l’Illiade et l’Odyssée !

J’ai déniché un vieux livre de Gabriel Veraldi, «La Machine Humaine» (NRF), il date du début du siècle dernier. Il a eu le Goncourt et il est même dédicacé ! Je n’y avais jamais prêté attention. A le lire et relire depuis quelques jours — et surtout la nuit — j’ai remarqué qu’il est non seulement en avance sur son temps, mais aussi, comme s’il parlait de nous, oui, je veux dire de notre pays qui vit dans une tourmente sans fin depuis ces dernières années. Voici ce que cet auteur, visionnaire à plus d’un titre, déclare sur les humains, mauvais humains que nous sommes devenus. «Le futur avait si peu de chances de ressembler au passé que celui-ci perdait sa valeur d’enseignement et de preuve (…). D’autres civilisations étaient nées,mortes, retrouvées perdues, on pouvait le supposer. Mais il y avait du nouveau sur la terre et dans l’histoire. Les philosophes respectueux s’autorisaient de vagues connaissances sur cinq mille ans de chroniques pour décréter, avec un sourire suffisant, que la nature humaine ne changerait pas, cela valait pour le temps où le cheval était la plus noble conquête de l’homme, cela ne valait plus depuis que l’énergie mécanique remplaçait l’énergie organique. Une chose était maintenant certaine : l’humanité était finie».

Et deux phénomènes possibles qui viendraient fouetter cette humanité chancelante : «Ou un cataclysme artificiel la détruirait ou elle deviendrait autre. Par la destruction ou par la transformation». Et pour lui (c’était en 1900, avant les deux guerres mondiales !) «Les thèmes prétendus éternels : la douleur, la solitude, l’amour, la politique, la mort, la fuite du temps seraient incompréhensibles. L’art lui-même disparaîtrait». Et même concernant la Bible ou d’autres livres sacrés, ce questionnement : «Combien de solennelles malédictions pesaient-elles encore sur la postérité d’Adam. Tu enfanteras dans la douleur, ton mari domineras sur toi, tu gagneras ton pain à la sueur de ton front?» Et puis «Gestation artificielle, égalité des sexes, robots, machines à voler l’espace, bientôt machines à crever le temps, à percer le mur invisible des dimensions, vices extirpés du cerveau (…) une immense valse de possibles sur le cadavre de l’impossible…»

Alors, pessimiste Le Veraldi ? A mon avis, il a plutôt — il la cultive même! — une vision critique de la réalité et de ses outrances qui n’accorde plus à la liberté d’esprit de s’exprimer.

 

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