Bien que la décision de réquisition soit à peu près légale, le pragmatisme et le bon sens auraient dû prévaloir. Fallait-il envoyer des dizaines de policiers sur place?
Le Syndicat national des journalistes tunisiens (Snjt) en doute.

Décidément, à un moment où la Tunisie cherche à panser ses plaies et a, plus que jamais, besoin de dialogue et de concertation, voilà que les crises, dans tous les domaines, se suivent, engageant le pays dans un cercle vicieux d’agitation sociale animée par un dialogue… de sourds. Dernière crise en date, celle de l’Etablissement de la télévision nationale.

Les faits 

La grève des techniciens et des agents administratifs se profilait à l’horizon depuis bientôt trois mois. Mais l’échec mercredi d’une dernière réunion de réconciliation a finalement décidé le syndicat des techniciens et des agents administratifs de la Télévision nationale à entamer un sit-in ouvert au sein même de l’Etablissement. Dès minuit, mercredi, le sit-in a commencé, menaçant l’arrêt de diffusion de la chaîne nationale.

Mais coup de théâtre, c’est le gouverneur de Tunis, nouvellement nommé par Carthage, Kamel Fekih, qui entre en ligne et publie une décision de réquisition, qui oblige une partie du personnel à assurer un service minimum. En d’autres termes, cette décision du gouverneur « casse » la grève et affaiblit la position syndicale.

Une décision qui ne manque pas de provoquer la colère du syndicat, qui accuse le gouvernement de n’avoir aucun respect pour le droit de grève. Du côté du gouvernement, on estime qu’il n’est pas possible de mettre complètement à l’arrêt un service public aussi important que la télévision nationale. 

Par ailleurs, dans ce contexte, c’est l’intervention des forces de l’ordre en vue de veiller à l’application de la décision relative à la réquisition qui pose un véritable problème. En effet, le syndicat, par voie de communiqués et par la voix de son secrétaire général, a fait savoir que des policiers en civil sont intervenus sur les lieux. Une intervention qui aggrave une situation déjà tendue.

La ligne rouge que les journalistes détestent plus que tout autre chose

Sur le papier, il semble que personne ne soit en infraction. D’abord, le personnel, qui fait valoir son droit de grève. Un droit inaliénable certes, mais dont les méthodes sont parfois musclées. Ensuite, l’Etat, qui, de son côté, fait valoir la nécessité de maintenir un fonctionnement minimum de la télévision nationale. Une décision qui a pour assise juridique le Code du travail qui dispose dans son article 389 que « la réquisition de l’entreprise ou de son personnel peut être décidée par décret lorsqu’une grève ou un lock-out décidé ou déclenché est de nature à porter atteinte au fonctionnement normal d’un service essentiel ».

Le même article ajoute que la réquisition est notifiée individuellement aux personnes concernées, par la voie des officiers de la police judiciaire. Ce dernier point procédural a-t-il été respecté ?

Bien que la décision de réquisition soit à peu près légale, le pragmatisme et le bon sens auraient dû prévaloir. Fallait-il envoyer des dizaines de policiers ? Le Syndicat national des journalistes tunisiens (Snjt) en doute. Dans un communiqué publié hier dans la journée, le syndicat représentatif des journalistes tunisiens a fustigé la décision des autorités d’envoyer sur place des agents de sécurité qui se seraient introduits dans le bâtiment de l’établissement. Une ligne rouge que les journalistes détestent plus que tout autre.

Par ailleurs, le Snjt interpelle le gouvernement sur l’appel à la réquisition pour casser une action syndicale. Fallait-il en arriver là ?

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