Parmi les grands débats qui agitent la scène politique et plus largement l’opinion publique, les attributions des grands commis de l’Etat. Nombreux sont ceux qui considèrent que le système est à revoir du tout au tout. Et en cela ils n’auraient pas tout à fait tort.
Que ce soit pour les ministres, les PDG des entreprises publiques ou la haute hiérarchie judiciaire, une comparaison objective avec la grille des salaires des pays comparables aux nôtres nous incite à reconnaître que les hauts responsables tunisiens perçoivent des salaires nettement inférieurs à leurs homologues marocains, par exemple.
En revanche, les avantages en nature sont excessifs. Outre la voiture de fonction, un logement est attribué ainsi qu’un deuxième véhicule pour la famille, voire deux. Les factures d’eau, d’électricité et de téléphone sont payées. La prise en charge du personnel de maison est assurée. Et, cerise sur le gâteau, un carnet de bons d’essence est attribué à titre mensuel.
Ailleurs, dans des systèmes plus transparents ou qui s’évertuent à le devenir, les rémunérations sont élevées,mais les biens et services octroyés par l’Etat sont distillés parcimonieusement. Autrement dit, on vous paye bien et débrouillez-vous avec vos charges quotidiennes.
Les hauts fonctionnaires doivent en conséquence calibrer leur train de vie selon leurs rentrées d’argent. Et très franchement, c’est mieux ainsi. L’Etat n’a pas à se préoccuper des caprices d’une jeune fille qui s’entraîne dans une luxueuse berline et la brise au cours d’une leçon de conduite, ni des goûts de luxe qui explosent dans l’entourage d’un quidam, dès qu’il est appelé à occuper un poste haut placé.
En effet, quand on sait s’accommoder de l’éthique, on aimerait bien croire que l’Etat dispose d’une caisse sans fond. Y puiser sans se soucier ne causera de tort à personne. Ce qui est archifaux, même dans les pays les plus riches. Que dire de la Tunisie ?
Techniquement, ce qui fait la différence entre un pays démocratique et un autre qui ne l’est pas, c’est ce point majeur. Dans la première catégorie, dépenser l’argent des contribuables, faire de fausses déclarations sur sa situation patrimoniale ou encore ne pas s’acquitter correctement de ses impôts et à temps sont des motifs sérieux de limogeages et de démissions. Chez nous, c’est encore loin d’être le cas.
Certes, des décisions ont été prises récemment dans une volonté claire d’assainissement.
Hélas, ce n’est qu’une goutte d’eau dans l’océan. Il faudra une véritable refonte du système pour un fonctionnement juste et équitable des institutions, pour que les Tunisiens constatent que leur argent est dépensé à bon escient, aient enfin confiance en leurs dirigeants et que la loi ne s’applique pas qu’aux faibles.

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