Les conseillers municipaux sont de plus en plus exposés au phénomène naissant de la violence. Inquiétant !
En l’espace de seulement 48 heures, deux conseillers municipaux de la mairie de l’Ariana ont été victimes d’agression : l’un ou cœur même de la ville, lorsqu’il fut tabassé par un vendeur ambulant qu’il sommait de déménager, dans le cadre de la campagne de lutte contre le commerce parallèle. L’autre scène s’est produite, non loin de là, et plus exactement à El Menzah VI, où sa collègue, usant gentiment de son pouvoir de président d’arrondissement, fut violentée par un contrevenant refusant, mordicus, de respecter la loi. Certes, les deux malfaiteurs ont été, plus tard, identifiés puis arrêtés par la police, mais le mal, oserons-nous écrire, est fait.

C’est d’autant plus vrai que c’est l’autorité même de l’Etat qui en a pâti. Ailleurs, c’est-à-dire dans d’autres communes, on en a enregistré plus d’un remake, ce qui revient à dire que nous sommes désormais face un nouveau phénomène qu’il serait stupide de considérer comme éphémère. L’inquiétude est, en effet, telle que, depuis la révolution, tous les abus sont permis. A telle enseigne que les bandits d’aujourd’hui, débarrassés du joug de l’ancien régime qui leur menait la vie dure, ont un goût plus prononcé pour l’aventure, pour la transgression de la loi, pour imposer leur propre loi, poussant l’audace au point d’agresser un agent de l’ordre de foncer, au volant d’un véhicule, sur un agent de la circulation ou de la Garde nationale ! Bref, l’insécurité ambiante et loin d’être spécifique aux municipalités. Elle est multiforme et, fait encore plus grave, de tous les jours, voire de tous les instants.

Retour à la bureaucratie ?

Avant la révolution, faut-il le rappeler pour mesurer l’ampleur de la différence entre le passé et le présent, un maire et ses conseillers imposaient et le respect et la loi. Pour ce faire, un coup de fil suffisait, sans avoir à prendre la peine de se déplacer sur les lieux de l’infraction. Aujourd’hui, la nouvelle génération de nos édiles municipaux qu’on accuse, à tort ou à raison, d’être des bureaucrates privilégiant les intérêts de leurs partis politiques au détriment des soucis quotidiens de la cité, ne sait plus à quel saint se vouer. Elle a beau prôner le dialogue avec les habitants, rien n’y fit. Elle a également beau multiplier les descentes sur le terrain, peine perdue.

Au lieu d’écoute et de compréhension, c’est désormais à des actes de violence qu’elle a droit. Qui incriminer ? Les présumées victimes dont la liste s’allonge, sont-elles accusées d’abus de pouvoir lors de leurs interventions? Manquent-elles de tact vis-à-vis de ces hors-la-loi, généralement des repris de justice illettrés, arrogants et agressifs ? Comment un conseiller municipal ose-t-il s’amener sur les lieux de l’infraction sans protection sécuritaire? Jusqu’où iront les mairies et leurs polices municipale et de l’environnement dans le dysfonctionnement et le manque de synchronisation de leurs opérations ?

Et puisque 99,99% de ces scènes de violence sont l’apanage du fléau du commerce parallèle, pourquoi l’Etat hésite-t-il encore à élucider, une fois pour toutes, cette énigme ? Cette situation de statu quo persistant qui prévaut dans ce secteur ne risque-t-elle pas de… sceller le retour à la bureaucratie qui a tant nui à l’administration tunisienne? Entretemps, députés, gouverneurs et société civile montent au créneau pour évidemment condamner et déclencher la sonnette d’alarme (on ne fait que ça, décidément). «Non, on a vraiment dépassé les limites en voyant nos édiles municipaux si malmenés à l’Ariana et ailleurs», déplore Karim Helali, député de la région qui affirme avoir saisi le ministre de l’Intérieur en personne «pour solliciter la sécurisation des mairies dans l’accomplissement de leurs tâches ingrates», insistant, au passage, sur «la nécessité de mettre tout en œuvre, afin de protéger la loi, mettre fin aux abus et, par voie de conséquence, asseoir l’autorité de l’Etat». Prenons acte de ce message rassurant de M. Helali, en espérant des jours meilleurs à nos mairies.

Mohsen ZRIBI

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