Comment le personnel médical et paramédical peut-il continuer à exercer dans ces conditions quand son intégrité physique est menacée ? Et comment un personnel assailli par la peur d’être attaqué à tout moment peut-il s’épanouir et prodiguer des soins à la hauteur de ses compétences ?

Souvent, depuis plusieurs années, nous sommes interpellés par le nombre de plus en plus important de nos compétences médicales, qui décident de plier bagages et quitter avec amertume le pays. Mais nous ne nous demandons pas, suffisamment, si nous avons fait ce qu’il fallait pour les garder sous nos cieux et dans nos établissements de santé.

Les faits divers liés au manque de moyens et aux agressions multiples contre le personnel de santé viennent, de temps en temps, nous rappeler ce que nous feignons d’ignorer : il n’y a rien qui puisse retenir une compétence en Tunisie.

Tous les jours, des médecins qui n’ont plus de vie de famille, qui travaillent de longues heures et souvent en faisant des heures supplémentaires à titre gracieux sont agressés dans nos hôpitaux. Dernièrement, les médias ont rapporté une agression contre une jeune médecin au Kef ainsi qu’une autre contre un médecin exerçant à l’hôpital de Tataouine. Ce dernier aurait même été menacé de mort. Quant aux agressions les moins graves, elles sont quotidiennes. Comment le personnel médical et paramédical peut-il continuer à exercer dans ces conditions quand son intégrité physique est menacée ? Et comment un personnel assailli par la peur d’être attaqué à tout moment peut-il s’épanouir et prodiguer des soins à la hauteur de ses compétences ?

Lorsque les autorités de tutelle n’ont d’autres armes que de «condamner la violence envers le staff médical et paramédical», il y a lieu de s’inquiéter de l’avenir de notre système de santé déjà mis à mal par le manque strident de moyens.

Nous en venons à nous demander si certaines régions de notre petit pays sont devenues des zones de non-droit. Comment expliquer sinon que dans le témoignage de la médecin agressée qui souligne que cet incident n’est pas le premier du genre. «Ce n’est pas la première fois que je subis des violences verbales de la part de Tarek Haddad et ses acolytes, sauf que cette fois-ci ils sont passés aux violences physiques. Il m’a frappée sur la tête avec une chaise, m’a séquestrée dans mon bureau et menacée de mort». Tarek Haddad n’est autre que l’un des leaders des «sit-inneurs du Kammour».

Des hors-la-loi, des casseurs, il y en a et il y en aura toujours, le débat n’est pas là. Le débat qui vaut la peine de faire la Une des journaux télévisés est sans aucun doute celui de la sécurité du personnel de l’Etat. C’est à l’Etat qu’incombe cette responsabilité. Cette responsabilité est également celle de la sensibilisation des citoyens.

L’Etat providence tel que le conçoit depuis des décennies notre système politique, c’est aussi cela ! Pouvoir engager des décisions rapides dans tous les dossiers qui touchent la société, y compris lorsqu’il s’agit de fait divers.

Donc oui, lorsqu’un médecin est agressé, c’est le ministre de l’Intérieur et le ministre de la Santé qui doivent personnellement s’occuper de l’affaire.

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