Prédisant le devenir de la Tunisie et de son peuple au lendemain de l’avènement du 14 janvier 2011, des géostratèges occidentaux ont envisagé trois scénarios radicaux.

Ils ont  évoqué le scénario militaire avec une probable réapparition d’un nouvel homme providentiel, le scénario démocratique chaotique et, enfin, le scénario islamiste.

Dans le camp opposé, d’autres analystes et observateurs ont plutôt tablé sur un scénario médian, argumentant que le pays dispose « d’une administration solide, d’une culture de la négociation et d’une profonde aspiration démocratique ancrée dans la population ».

Aujourd’hui, plus d’une décade après, la réponse à la question : lequel des deux camps aurait-il eu raison de l’autre, est connue. Il suffit de lire la une des médias internationaux pour voir clair le rang de notre grand petit pays. Un Etat mendiant, tout court. Il suffit également de s’insinuer dans les rues et ruelles, de partir sur les routes, d’observer les gens dans nos vétustes moyens de transport publics pour réaliser l’ampleur des dégâts à tous les étages de la société. Les cœurs sont tristes et solitaires. Les visages sont fermés. Les regards sont mornes. Dans les hôpitaux, les villes, les bourgades, les campagnes, la misère se voit et se sent à tout bout de champ.

Sauve qui peut…

La détresse, le désespoir, la dépression et le désir de quitter le pays sont le pain quotidien des Tunisiens qui cherchent à se sauver avant qu’il ne soit tard. Pour eux, la barque est sur le point de couler dans un pays où l’économie est torpillée et où la misère est ambiante.

On entend, ici, par misère, un taux de pauvreté de près de 25%, une hausse du taux de chômage à plus de 20 %, un déficit budgétaire de 8.548 MD, soit 6,2% du PIB et une dette de l’administration centrale qui a atteint près de 90 % du PIB.

Une vie entière ne suffirait pas pour absorber la tragédie que l’on vit, ici, depuis plus d’une décade.

Le tableau est donc sombre aujourd’hui. Et notre statu quo a trop duré. Pourtant, ceux qui soutiennent l’insoutenable ne cessent de fulgurer des fulgurances. S’exprimant dans l’auberge des bergers, ils promettent au peuple des châteaux bâtis en Espagne.

La semoule ou la démocratie ?              

Du temps du président déchu (Zaba), on est longtemps resté immobile et l’on s’est enfoncé. On s’est, ensuite, insurgé et l’on est tombé plus profondément. A quoi sert, donc, la révolution chez nous, si ce n’est à jacasser comme une pie ? Pourquoi notre navire prend-il l’eau de toutes parts ? A qui la faute, alors ? Aux gouvernants successifs qui n’ont pas appris à connaître, comme il se doit, leur peuple ou aux gouvernés, qui choisissent mal les dirigeants de leur cité ?

Nos gouvernants successifs auraient, jusque-là, ignoré que l’islam est la passion du prochain et que « l’économie est le domaine favori de l’ouverture sur le prochain ». Ils ignorent encore les pauvres et ne donnent pas à manger aux miséreux. Ils se pavanent et refusent leurs outils à ceux qui en ont besoin. Ils multiplient les coups bas dans les secrets de la mêlée. Résultat : une haine sociale qui va crescendo.

Une chose est sûre, au demeurant : pousser le peuple à choisir entre semoule et démocratie, qui n’est que dictature camouflée, affamer les masses, cela peut fonctionner momentanément, périodiquement, mais pas longtemps. Car l’histoire prouve qu’il est quasiment impossible de briser l’esprit d’un peuple.

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