Il était une fois un cheval malade à la ferme, le vétérinaire dit au paysan : «Je lui injecte un remède et si dans trois jours il n’est pas remis, il faudra l’abattre». Le cochon, qui a tout entendu, dit au cheval : «Lève-toi !». Mais le cheval est trop fatigué. Le deuxième jour le cochon dit: «Lève-toi vite !». Le cheval est toujours aussi fatigué. Le troisième jour, le cochon dit : «Lève-toi, sinon ils vont t’abattre !». Alors, dans un dernier effort, le cheval se lève. Heureux, le paysan dit : «Faut fêter ça … On tue le cochon !». Cette fable inédite attribuée au maître du genre, Jean de La Fontaine, propose bien une morale: s’occuper de ses affaires et fermer sa….

Si l’on ne peut que se désoler du sort tragique du cochon qui a payé de sa vie sa bienveillance, la moralité de ce récit animalier nous laisse perplexes. Celle-ci va à l’encontre de qualités intimes orientées vers autrui comme la bonté, l’empathie et la solidarité.

De plus, cette soi-disant leçon de vie vient saborder pour ainsi dire le fonctionnement et les spécificités de notre époque. En l’occurrence,ces campagnes ciblant un organisme, un groupe de personnes ou un individu en particulier, communément appelées alertes. Des vagues d’infos relayées souvent par le web puis par les médias et l’opinion publique, dévoilant des pratiques illicites, des «prédateurs», des «corrompus», des personnes supposées nuisibles à leur société et au monde, qu’il faut dénoncer même si l’on n’est pas directement affecté par leurs méfaits.

Ces initiatives qui prennent parfois une dimension planétaire ont ouvert les yeux de l’humanité sur des dérapages collectifs et individuels que les lanceurs d’alerte ont dénoncés en payant le prix fort. L’Américain Edward Snowden et l’Australien Julien Assange en sont des témoins vivants.

La Tunisie n’est pas en reste. Depuis la révolution, les langues se sont déliées et des alertes massives ont levé le voile sur des pratiques frauduleuses, la corruptions administrative, financière, l’importation de produits alimentaires avariés, la liste est longue…  Cela témoigne de la bonne santé de la société et d’une opinion vivante et avertie qui compte bien défendre ses droits. Même si certains lanceurs et lanceuses y ont laissé des plumes.

Et si de fausses alertes ou des accusations non fondées venaient à être propagées, risquant fort d’entacher la réputation d’une ou plusieurs personnes, voire mettre leur vie en danger, la présentation de preuves participe à la démonstration de la vérité et pourrait être un point de départ pour des enquêtes diligentées par les autorités judiciaires censées être réactives et agir dans le cadre des procédures appropriées.

Question donc, faut-il suivre le conseil supposé de bon sens incarné par la fable ou bien doit-on dénoncer ce qui doit l’être et prendre le risque d’en pâtir sensiblement ?

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Un commentaire

  1. Brahim

    22/04/2022 à 19:44

    Tout se résume dans cette conclusion : » censées être réactives et agir dans le cadre des procédures appropriées. » Mais la situation actuelle du pouvoir avec ses manœuvres douteuses ne permet d’entrevoir de sitôt une amélioration quelconque. Nous en sommes loin, très loin même. Hélas !

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