Chaque année, de nombreux élèves du gouvernorat de Kairouan décident de quitter leurs établissements éducatifs, et ce, malgré les efforts entrepris pour atténuer le taux des illettrés qui peinent à faire face aux difficultés de la vie. En effet, le taux de l’abandon scolaire s’amplifie d’année en année, surtout dans les délégations de Bouhajla où le taux d’analphabétisme est de 46,3% et dans la délégation d’El Ala où le taux d’analphabétisme est de 43,3%.
Ainsi, le taux de décrochage scolaire s’élève à 17% dans les écoles primaires, 16% dans les collèges et 12% dans les lycées.
Il va sans dire que les raisons de ce phénomène sont multiples et concernent notamment les troubles de l’apprentissage, l’état délabré des établissements éducatifs, l’absence d’eau potable et de blocs sanitaires, les rapports conflictuels avec les enseignants, la consommation de drogues, l’analphabétisme des parents dont la mentalité est rétrograde, les grèves et l’absentéisme répété des enseignants, la pauvreté des parents et l’agressivité de camarades moqueurs.
En outre, l’absence de moyens de transport, surtout dans les zones rurales, constitue un vrai handicap puisque faire plusieurs kilomètres à pied, été comme hiver, représente beaucoup de dangers avec la menace de rencontrer des animaux sauvages et des délinquants.
Ainsi, 4.500 élèves font chaque jour 5 km à pied pour atteindre leurs écoles. Certains ont recours à l’auto-stop en empruntant des tracteurs non sécurisés, des charrettes ou de vieilles camionnettes, avec le risque des accidents et beaucoup de désagréments aux jeunes élèves qui font parfois leurs besoins en pleine nature. C’est pourquoi il serait souhaitable de changer l’horaire scolaire de façon que les cours s’achèvent à 15h00 et d’augmenter le nombre de cantines scolaires tout en améliorant celles qui ont été crééés il y a plusieurs décennies et qui sont dans un état lamentable.
D’ailleurs, il suffit de se rendre dans quelques cantines pour se rendre compte de la négligence de la restauration.
Salim et Mahbouba, deux collégiens à El Ala, nous confient dans ce contexte : «L’accueil dans la cantine n’est pas chaleureux et on a l’impression que nous ne sommes pas les bienvenus, surtout la veille des vacances.
En outre, les plats sont fades, presque toujours les mêmes, à savoir des pâtes, des haricots, de la chorba, du couscous et du poulet. Nous manquons de fruits et légumes et nos repas ne sont pas équilibrés. De plus, l’hygiène fait défaut, d’où le nombre élevé de cas d’intoxication alimentaire et de maladies contagieuses…»
Saloua Jaballah, 17 ans, originaire du village de Dhibet (délégation d’El Ala), nous parle de son amertume de n’avoir pu continuer ses études : «Je n’ai pas eu la chance de poursuivre mes études à cause des conditions indignes et dangereuses de déplacement vers l’école et de la pauvreté de mes parents qui n’ont pas pu assurer les charges de mes dépenses scolaires.
D’ailleurs, toutes mes cousines ont abandonné leurs études et sont obligées de travailler dans les champs.
Quand je vois que les filles de mon âge appartenant à des familles plus aisées ont eu la chance de terminer leurs études, je me sens incomprise et seule, ce qui m’oblige à réprimer mes élans de joie et à enfouir dans le silence d’amères déceptions. En fait, je ne sais plus comment me situer, ni ce que je suis venue faire sur terre».
Ali et Faouzi, âgés de 26 ans, ne regrettent pas d’avoir interrompu leurs études scolaires, estimant que les études n’aboutissent à rien.
«D’ailleurs, en ce qui nous concerne, nous avons suivi une formation en menuiserie puis nous avons ouvert un atelier où nous avons embauché plus de 15 ouvriers. Comme les affaires marchent bien, on compte procéder à l’extension de notre projet…».
D’après les témoignages recueillis auprès de représentants de la société civile et d’instituteurs, la réintégration des moins de 16 ans est possible.
Mais pour les décrocheurs âgés de plus de 16 ans, il faudrait penser à leur intégration dans un processus d’enseignement adéquat ou d’apprentissage. En outre, il serait souhaitable de mobiliser tous les secteurs et tous les acteurs autour du fléau de l’abandon scolaire afin de mener des actions concrètes et coordonnées de prévention contre l’échec scolaire et de réaliser des stratégies adaptées visant la réduction et la prévention de ce fléau.

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