Afin d’évaluer les aspects positifs de l’Islam en Sicile, il faut, à notre avis, ignorer les premières incursions des musulmans aux IXe et Xe siècles et porter notre attention sur les plus radieuses expressions de la Sicile arabe qui n’ont rien à voir avec les actes de destruction et de vols qui ont eu lieu pendant les débuts de la domination arabe.

Il ne faut pas penser que le bien–être et le développement apporté par les musulmans ne concernent pas toute la Sicile et ne se diffusent pas de la même façon sur les territoires. Seules les villes de la Sicile occidentale purent bénéficier de ces avantages, ayant été les points névralgiques des entreprises militaires et du trafic commercial.                                                 

Sous la domination arabe qui dura deux siècles et demi (827-1061), la Sicile connut une renaissance, non seulement dans le domaine économique et social, mais aussi dans le domaine culturel. La véritable réussite réalisée par les Arabes le fut dans le secteur agricole ; démontrant leur totale maîtrise des systèmes de canalisation, d’irrigation, de jardinage et l’introduction de nouvelles cultures. Le fractionnement de la terre fut bénéfique dans un pays comme la Sicile, affligée depuis des siècles par le manque de cultures intensives, qui vont être pratiquées sous la période arabe.

Le commerce et les échanges commerciaux représentèrent un autre aspect fondamental de la vie économique du pays en tant que source importante de richesse, de ravitaillement et de distribution de produits. On peut même affirmer que quand les Républiques de Amalfi, Pise, Gênes et Venise étaient encore en développement, Palerme était déjà un pôle stratégique et commercial, l’une des plus riches villes d’Europe…

La richesse et la quantité des échanges commerciaux déterminèrent ainsi une intense circulation monétaire avec une monnaie stable et puissante.

L’Islam, nonobstant une quantité moyenne d’or à sa disposition, put s’en fournir dans ses vastes territoires, saccageant les riches églises syriennes et égyptiennes et les tombes pharaoniques, ainsi que d’autres régions africaines et d’Orient.

Les Arabes frappèrent une monnaie puissante, le « dinhar », qui remplaça la monnaie byzantine dans les commerces méditerranéens. A côté de cette monnaie d’or, ils utilisèrent une monnaie d’argent, le « dirham », et d’autres monnaies moins précieuses d’utilisation locale. En outre, ils développèrent les échanges commerciaux, créèrent les routes commerciales terrestres et maritimes dans la Méditerranée, avec l’Orient et l’Afrique noire, fournisseurs d’or et d’esclaves ! En effet, l’esclavage n’a pas commencé avec la colonisation occidentale, mais bien avant et même entre Africains…

Quelques techniques européennes eurent probablement une origine arabe, comme l’habitude du paiement différé à travers le « shakk », d’où le terme moderne de « chèque », converti ensuite en argent comptant par des commerçants qui pratiquaient l’échange de monnaies dans tout centre commercial important. Et ce fut ainsi que le commerce et l’échange permirent la prospérité des villes, le faste des cours et la richesse générale qui caractérisèrent la Sicile de l’époque abside. Palerme deviendra ainsi la ville la plus importante de l’île et assurera le rôle d’une métropole orientale avec ses fameux jardins luxuriants, arbres fruitiers, cannaies et palmiers…

Aujourd’hui, des liens différents, mais intenses resserrent ces deux pays. Des villes siciliennes voient se construire de nouvelles mosquées et la diffusion de la langue arabe ; non seulement auprès des institutions universitaires, comme Catane, Palerme, Messine, dans le cadre de la recherche scientifique, mais aussi grâce aux cours additionnels dans les lycées, qui témoignent de la réussite et de l’intégration culturelle siculo-chrétienne et de leur concordance. La Ville de Palerme est aujourd’hui le parfait exemple de cohabitation entre plusieurs communautés de religions, cultures et langues différentes dans le respect réciproque. Ce qui frappe le visiteur, une fois arrivé au centre-ville de Palerme, c’est d’ailleurs les panneaux des noms des rues en format trilingue : italien, arabe et hébreu et cette cohabitation « naturelle » entre les différentes ethnies.    Vive la diversité d’un côté comme de l’autre de la Méditerranée !

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