Sa voix dérangeait manifestement beaucoup pour l’avoir éliminée sans autre forme de procès. La célèbre et respectée journaliste palestinienne Shireen Abou Akleh, correspondante du groupe Al Jazeera, a été réduite au silence à jamais, par un sombre mercredi 11 mai. Elle était sur le terrain, portant casque et gilet de presse et couvrant une intrusion de l’armée israélienne dans le camp de Jénine.

L’auteur du tir fatal serait un sniper israélien, selon des témoins oculaires et des versions concordantes, en attendant les résultats d’une enquête indépendante et transparente. Ceci est l’acte un. Acte deux: les funérailles de notre consœur ont donné l’occasion au monde d’observer cette fois-ci non pas l’armée mais la police israélienne dans le feu de l’action.

Les obsèques n’ont pu se dérouler dans la tristesse et la dignité, comme le requiert la circonstance. Les forces spéciales israéliennes n’ont pas hésité, dans l’enceinte de l’hôpital français, à attaquer brutalement le convoi funéraire, particulièrement les porteurs du cercueil, au point que celui-ci a failli tomber par terre, n’étaient quelques jeunes qui l’ont saisi in extremis, sous les coups de matraque d’une police déchaînée.

Pour un «Etat» qui veut faire la paix avec ses voisins, lisser son image et jouer la carte de la dédiabolisation de son passé meurtrier, c’est raté. Encore une fois.

Les médias occidentaux, eux non plus, n’ont pas dérogé à leur posture habituelle, reprenant mot pour mot la version israélienne diffusée peu après la mort de Shireen, selon laquelle: «la balle a été tirée par les factions armées palestiniennes», ou encore «se trouvant sur un champ de tir croisé, la journaliste a été tuée par une balle perdue, d’origine inconnue».

Ces grandes agences et organes de presse «professionnels», si prompts à donner des leçons de déontologie, à distribuer les satisfécits et les blâmes, condamnant avec la plus grande virulence «les atteintes aux droits humains», lorsque les auteurs présumés sont chinois, et, bien entendu, russes, ont choisi comme à leur habitude des formules prudentes et mesurées pour rendre compte de ce qui ne l’est pas.

Quant aux chancelleries occidentales, face à cette tragédie doublée d’un scandale planétaire, elles se disent «troublées». Compatissons…

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