Démentie notre chronique hommage à Ons Jabeur de mardi dernier ? La sortie «choc» de notre septième mondiale dès le premier tour de Roland-Garros précédait, voire, devions-nous, même, y renoncer ?

A chaud peut -être oui. Avec le recul, plutôt non. Pas exactement. Pas tout à fait.

L’argument qui prime, ne l’oublions surtout pas, est que cette exclusion tôt du grand open parisien ne change pratiquement rien à la stature actuelle de Ons Jabeur. Ni à ses résultats parmi l’élite, ni à son parcours, ni à son classement ATP. Ons a abordé ce Roland-Garros 2022 en «Top ten», en grande tête de série, en récente vainqueure et finaliste aux masters «1000» de Madrid et de Rome. Elle se présentera avec les mêmes atouts et le même «CV» sous peu à Wimbledon et, fort probablement encore, plus tard à New York et en Australie. Relativiser donc. Tempérer. La défaite de notre championne devant une «mal classée» a retenti tel un désespoir sur nos réseaux sociaux ; certains chroniqueurs sont allés jusqu’à tout mettre en doute. Tout réfuter. Nous choisissons, nous, le parti du bon sens. Celui qui ne confond pas déception et déni. Celui qui s’arme, peut-être, des pires critiques, mais qui sait reconnaître les qualités et les acquis.

Nous nous en tenons, en fait, à Ons, le remède. A notre tenniswoman unique qui a offert joie, fierté et respect à un peuple et un pays en butte à toutes les difficultés. A la championne d’exception qui en offrira encore et encore à ce peuple et à ce pays. Le haut niveau mondial est invariable. Il peut avoir des crises, des doutes, mais il ne décale jamais des sommets.

Par quoi tout expliquer, maintenant ? Par quoi comprendre qu’au plus fort de son ambition, de son parcours et de sa forme Ons Jabeur ait ainsi tout lâché ?

Techniquement, les meilleurs spécialistes internationaux ont déjà apporté une réponse. Pour eux, côté talent, la Tunisienne est la première du circuit. Son manque, toutefois, est de céder souvent à la résilience. De craquer et de «se mettre à balancer» face à l’opposition soutenue et affûtée. Les finales abandonnées de «guerre lasse», les sets lâchés subitement à zéro, les fautes directes qui se multiplient sans raison, les remontées adverses que rien ne prévoit, la défaite surprise ce samedi 21 mai devant Magda Linette, c’est ce qu’évoquent généralement les spécialistes au sujet de la marche de carrière plutôt «insuffisante à ce jour» de Ons Jabeur. Il y a assurément du vrai en cela. Mais le «cas Ons» qui surgit après l’élimination prématurée de Roland-Garros s’explique mieux, à notre avis, par référence à notre histoire, à notre culture et à notre mentalité. Trois éléments déterminants. Il y a, d’abord, que nos sportifs de niveau mondial sont rares (un toutes les deux, trois décennies), si rares que nous nous y accrochons, nous les sublimons, nous les portons aux nues. Pis, nous les responsabilisons au point que nous n’avons plus rien à leur pardonner.

Il y a aussi que notre culture du sport est une culture d’équipes, de groupes et de clans. Les sports individuels, eux, ne s’y développent qu’en solitaire. Sans l’aide des structures et sans l’apport de la concurrence. Le tennis d’Europe et d’Amérique a toujours de la rechange de champions. Quand les uns baissent, les autres prennent le relais. Ici, on n’a pas le choix des solutions. Il y a, enfin, que dans ces sports, les champions arrivent à un stade où ils hésitent entre jouer pour eux-mêmes ou se conformer aux «désirs de la communauté». Ons est seule, aujourd’hui, à honorer le drapeau. Trop responsabilisée. Libre de ses choix, la raquette eut moins tremblé dans ses mains. Elle est seule, en plus, à côtoyer le plus haut niveau. A ce stade de compétence et de réputation, on est souvent otage de la pression. Les finales perdues, les jeux «à zéro», les remontées adverses devenues fréquentes, tiennent probablement à cela. Réfléchissons bien, de Ons la championne et le talent uniques, nous faisons peut-être un cas.

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