Un examen national aussi important que le Bac est aussi une preuve de notre engagement social envers des candidats dont les chances de réussite dépendent largement de la réalité du quotidien que nous leur présenterons. En effet, en cette période lourde de tant d’incertitudes, qu’a-t-on fait  pour permettre à nos enfants de se concentrer sur leurs examens ? Nous savons que les candidats au bac ne peuvent ignorer le contexte social et politique très tendu qui prévaut dans notre pays. Des années d’instabilité politique ponctuée de grèves récurrentes ont privé ces élèves d’aborder les épreuves du Bac avec des programmes achevés.

Les années pandémie sont venues corser l’atmosphère d’un film d’épouvante pour ces élèves et leurs familles avec plusieurs interruptions de cours dues aux confinements et un couvre-feu qui a duré des mois. Mais cette pandémie, conjuguée aux effets socioéconomiques, met aussi à nu les inégalités de chances entre les couches sociales dont sont issus les candidats. C’est que les écarts de richesse jouent aussi comme un facteur déterminant de la réussite entre ceux qui ont pu finir l’année avec de bonnes études grâce aux cours privés payants et ceux dont les parents se sont retrouvés au bord de la route et sans ressources à cause du Covid-19.

Certes, tous ces facteurs ne peuvent justifier le recours de quelques-uns à la fraude et à la  triche pour décrocher le Bac. Mais l’ampleur du phénomène est devenue inquiétante. La riposte par des sanctions lourdes et même des poursuites pénales ne saurait  mettre fin à ce problème tant que le contexte reste le même. C’est qu’en vérité, nos enfants doutent d’eux-mêmes et doutent de la capacité de leur pays à leur offrir des lendemains meilleurs. Ils savent que l’école de la République ne joue plus son rôle d’ascenseur social et que les valeurs du travail, du labeur et du sacrifice n’ouvrent plus les lucarnes de l’espoir tant que les contrebandiers, les prédateurs financiers gangrènent le système. C’est pour dire qu’il ne suffit pas de sanctionner ou de sensibiliser mais il faut baliser la voie à nos élèves. Et c’est notre responsabilité à tous.

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