114 recommandations liées à la question environnementale ont été remises à l’ONU, mettant le gouvernement tunisien devant ses responsabilités. Interpellé, ce dernier devrait agir dans l’immédiat.

La société civile tunisienne vient de soumettre son 1er rapport sur les droits environnementaux et de développement au Conseil des Nations unies, pour son examen, d’ici novembre prochain à Genève. Une première, à bien des égards. Car, jouir d’un environnement sain et propre est un droit humain à part entière. Aussi est-il reconnu en tant que tel par la communauté internationale, et ce, suite à une résolution onusienne faisant en sorte que tout individu doit avoir un cadre de vie digne et décent. Ceci fait partie des grands Objectifs du développement durable (ODD), depuis l’an 2000. Et voilà maintenant que plus de 20 ans passés, l’on revient à la même case départ. Sauf que le débat serait, cette fois-ci, repris dans la caisse de résonance de l’ONU.

On est loin des bons résultats !

Présenté, récemment à Tunis, par le collectif Earth’na, un groupe de jeunes actifs fort soutenus par un réseau d’associations spécialisées, ce rapport de 114 recommandations liées aux questions de l’environnement avait, encore une fois, tiré la sonnette d’alarme sur une situation actuelle inextricable. Un statu quo à vrai dire ! Un milieu où il fait bon vivre, loin s’en faut. Partout, le pays s’enlise dans sa crise environnementale. D’ailleurs, personne n’est épargné. A Sfax, à Gabès, au bassin minier, au nord comme au sud de la Tunisie, les revendications populaires sont presque les mêmes. A quelques exceptions près ! Le droit à l’environnement n’est guère limité à la propreté ou à une bonne gestion des déchets. L’accès à l’eau potable, meilleure qualité de l’air, dépollution atmosphérique, biodiversité dûment conservée, écosystème équilibré, utilisation judicieuse des ressources naturelles, préservation du patrimoine culturel et naturel et bien d’autres droits que l’Etat doit équitablement consacrer à ses citoyens, dans le cadre du respect des droits constitutionnels, autant dire. Ce qui n’est toutefois pas le cas.

D’ailleurs, l’élan de protestation remarquablement constaté dans plusieurs régions révèle un retour de manivelle dû à des revendications environnementales jusque-là insatisfaites. Sur ce plan, on est loin des bons résultats : la Tunisie a, déjà, perdu 25 points dans l’indice de performance environnementale, classée ainsi 96e sur un total de 180 pays à l’échelle mondiale. Pire, elle est 3e en Afrique en termes de pollution et de rareté des ressources en eau. Et les chiffres en relation avec la biodiversité sont inquiétants. Son stress hydrique ajoute à ces mauvais pronostics impactés par les aléas climatiques. En cause, cet état dégradé de son environnement n’a cessé de faire du bruit. L’envoi d’un tel rapport au Conseil des droits de l’homme à Genève est un acte de dénonciation, mettant la pression sur le gouvernement. Voire un ultimatum à l’international pour obtenir gain de cause.

Il y aura beaucoup à faire

En fait, 114 recommandations liées à la question environnementale ont été remises auprès de l’ONU, mettant le gouvernement tunisien devant ses responsabilités. Interpellé ainsi, ce dernier devrait agir dans l’immédiat. Il doit répondre présent et prendre les choses à bras-le-corps. A priori, il serait mieux de s’engager à harmoniser les textes juridiques avec la constitution et les conventions internationales liées à l’environnement. Créé au début des années 90, le ministère de l’Environnement avait beau inscrire sa politique dans une logique de transversalité sectorielle. Cela dit, le droit à un environnement sain et équilibré n’est plus uniquement du ressort du ministère de tutelle. C’est une affaire d’Etat, pour ainsi dire. Pollution d’origine solide, liquide et gazeuse, décharges contrôlées saturées, prolifération des sacs plastiques à usage unique, surexploitation des ressources, multiplication des incendies, accès inéquitable à l’eau et bien d’autres préjudices et violations du droit à l’environnement. L’application de la loi semble, ici, un mot d’ordre. L’éducation à une culture écocitoyenne s’avère aussi de mise, dans la mesure où tout s’apprend à l’école. Idem pour un cadre institutionnel idoine : la Cour constitutionnelle et l’Instance du développement durable et des droits des générations futures comme exemples. Certes, l’examen, en novembre prochain à Genève, de ces recommandations associatives pourrait aider à rabattre les cartes des priorités et tracer les contours d’une nouvelle politique environnementale.

D’ici là, il y aura beaucoup à faire ! Mais, le collectif Earth’na persiste et signe. «Il œuvre à mener des campagnes de sensibilisation, d’observation et d’alerte pour ce qui est des questions fondamentales liées aux changements climatiques, à la conservation de la diversité biologique et à toute atteinte à l’environnement et au patrimoine», lit-on dans son 1er rapport. Plusieurs associations engagées y mettent du leur : Friedrich-Ebert-Stiftung Tunisie (FES Tunisie), Association écotourisme environnement de Nabeul, Association tunisienne de protection de la nature et de l’environnement de Korba, Association de protection des animaux, Association tunisienne ADO+, Association tunisienne pour la défense des libertés individuelles (Adli), ainsi que l’Association des jeunes ingénieurs.

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