crédit photo : © Abdelfettah BELAID
En pleine crise sociale, économique, financière mais aussi politique, le coût de la grève observée hier dans le service public est difficilement estimable tant ses répercussions dépassent les calculs classiques. En effet, cette grève du secteur public est sans doute justifiée par un ras-le-bol d’une fuite en avant d’un gouvernement qui entend entreprendre un grand chantier économique et institutionnel par un passage en force.

Les coûts indirects de la grève pour l’économie semblent plus colossaux que les coûts directs. L’échec des négociations entre le gouvernement et les syndicalistes donne un signal dangereux à nos bailleurs de fonds, et notamment le Fonds monétaire international qui exige, depuis l’amorce des pourparlers, un consensus national autour des réformes.

Ce signal risque donc de peser lourd.

Lourd, c’est aussi le poids de cette organisation, vieille de plus de 74 ans, qu’est l’Union générale tunisienne du travail, composante essentielle de l’équation tunisienne depuis l’indépendance, malgré quelques erreurs et passages à vide.

Forts de cette histoire, les militants de la centrale syndicale et les fonctionnaires du secteur public ont globalement suivi de manière massive les consignes de grève. Des avions au sol, des bureaux de poste fermés, des rails vides, des bus garés dans les entrepôts, la grève d’hier a été un succès pour ses organisateurs. La Tunisie a été hier partiellement paralysée. Partiellement, car, dans certains secteurs d’activités, selon les correspondants de plusieurs médias, le service a été assuré pour l’ensemble des usagers.

C’est le cas des bureaux de la Cnss dans quelques régions par exemple.

Un relatif succès du gouvernement et des partisans du Chef de l’Etat qui avaient, depuis plusieurs jours, tenté de taper sur le mouvement syndicaliste pour minimiser l’impact politique de la grève annoncée.

L’éloquent porte-parole du gouvernement, Nasreddine Ncibi, avait annoncé la veille qu’il y aura recours à la réquisition pour assurer un service minimum. Sur le terrain, hier, la guerre de communication était de mise. Dans son allocution à l’occasion de la grève, le secrétaire général de l’Ugtt, Noureddine Taboubi, a ironisé, en lançant à la foule de militants que c’est la centrale syndicale elle-même qui a fait usage de «la réquisition» par devoir de responsabilité.

Pour le «camarade» Noureddine Taboubi, la grève générale dans le secteur public aurait été suivie à près de 96% par les fonctionnaires.

«Les travailleurs souffrent de la baisse du pouvoir d’achat et de la crise économique et sociale et l’Ugtt continuera à militer pour défendre leurs droits par tous les moyens syndicaux», a-t-il indiqué.

Taboubi est resté globalement dans son rôle, en précisant que le combat de la centrale syndicale a pour objet de préserver le pouvoir d’achat des travailleurs, estimant que les concessions que le gouvernement d’apprête à accorder au FMI pour obtenir un financement de 4 milliards de dollars, sont «injustes» pour les Tunisiennes et les Tunisiens qui ont suffisamment donné.

Sur un volet plus politique, Taboubi a émis des doutes sur les chances de réussite du dialogue national lancé par le Chef de l’Etat.

Dans les rangs des militants, on espère, sans trop y croire, que ce mouvement suffira «à rendre la raison» au gouvernement qui, selon eux, refuse de discuter de manière sérieuse avec le camp syndicaliste.

«Personne ne peut humilier l’organisation syndicale, lance Elyes, un syndiqué du secteur des transports. Les réformes ne peuvent passer sans l’aval de l’Ugtt, non pas par pur égoïsme, loin de là, mais nous avons le devoir de préserver le droit des travailleurs».

En off, certains militants ne cachent pas l’opposition de principe à la «schizothymie de Carthage» vis-à-vis de la classe politique et des partenaires sociaux, notamment sur le plan des réformes institutionnelles et l’élaboration de la nouvelle constitution.

Du côté du gouvernement, on a tenté  de marquer des points.

La page officielle du gouvernement sur le réseau social Facebook a partagé une photo d’un Conseil ministériel présidé par la Cheffe du gouvernement, Najla Bouden, tenu le même jour de la grève générale…

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