La révolution numérique a fait émerger des acteurs disruptifs comme les « fintech » qui ont bouleversé la chaîne de valeur des services financiers, protégée jusque-là par un environnement réglementaire spécifique.

La sixième édition du « Tunisia Digital Summit »  s’est déroulée les 22 et 23 juin 2022 à Tunis, en mode digital sur « TDS  Event Platform ». Cette  rencontre a été placée sous la thématique « Maturité digitale: Innovation, données et automatisation des processus ».

L’écosystème des « fintech » attire les jeunes

« Tunisia Digital Summit » est  le premier événement dédié à la transformation digitale et aux technologies émergentes en Tunisie. Il répond à la nécessité pressante de découvrir et de surveiller de près toutes les nouveautés technologiques qui révolutionnent le monde.Dans ce contexte, Marouane El Abassi, gouverneur de la Banque centrale de Tunisie, a souligné, à l’occasion de l’inauguration du TDS, que la révolution numérique a fait émerger des acteurs disruptifs comme les « fintech » qui ont bouleversé la chaîne de valeur des services financiers, protégée jusque-là par un environnement réglementaire spécifique. Par ailleurs, Marouane El Abassi a expliqué que ces acteurs proposent aux clients des services plus simples, plus fluides, plus personnalisés et à des coûts réduits. Cela a été rendu possible grâce à leur capacité à accéder à la data des clients et leur aptitude à créer de nouveaux produits innovants conçus à partir de l’expérience-client. L’écosystème des « fintech» en Tunisie foisonne de jeunes compétences. Ils font étalage d’ingéniosité tant en Tunisie qu’à l’international. D’ailleurs, à l’échelle africaine, la Tunisie est 3e en ce qui concerne l’indice mondial de l’innovation élaboré par l’Université Cornell et l’Institut européen d’administration des affaires.

« La Banque centrale de Tunisie a un devoir, celui de prêter main-forte à ces jeunes talents et de multiplier les efforts afin d’adapter, le cas échéant, la réglementation pour leur permettre d’opérer. En effet, la BCT s’est résolument engagée dans l’appui des acteurs innovants de la technologie et leur intégration au marché bancaire.  Pour ce faire, on s’est attelé à agir, en tant que tel, pour l’écosystème des « fintech », tout en assurant le compromis avec son rôle de régulateur.  En 2018, la BCT a pris le leadership par l’organisation de l’African Blockchain Summit qui a lancé la campagne de transformation digitale de la banque », a assuré El Abassi.Il a également révélé que la banque  a constitué un Comité « fintech » qui fait office d’interlocuteur avec l’écosystème des « fintech ». Il a poursuivi, «de même, nous avons lancé une Sandbox réglementaire qui consiste en un espace d’expérimentation. Les solutions en cours de test sont basées sur des technologies d’intelligence artificielle et de blockchain. Notre objectif est d’essayer d’encadrer l’innovation sans pour autant la brider. Nous avons, également, œuvré pour la mise en place d’un cadre réglementaire sur les plateformes de ‘‘crowdfunding-prêts’’, ces dernières sont appelées à être un canal de financement alternatif pour les TPE et les startup. Parallèlement, la BCT a enclenché un projet d’Open Banking qui est dans sa première phase, à savoir ‘‘marketreadinessAnalysis’’».

Ce projet sera un levier incontournable pour l’écosystème financier, en particulier les « fintech». Le but est de promouvoir l’adéquation entre l’offre des services bancaires et les besoins de la clientèle, et stimuler ainsi la concurrence.

Vivacité de la communauté « tech » en Tunisie

Peter Prügel, ambassadeur d’Allemagne en Tunisie, a déclaré, pour sa part, que la sixième édition du « Tunisia Digital Summit» témoigne de la vivacité de la communauté « tech » en Tunisie ainsi que de l’intérêt que porte le monde au potentiel innovateur de l’économie numérique tunisienne. « En effet, l’Allemagne, comme d’autres partenaires, suit de près, depuis des années déjà et avec beaucoup d’intérêt, ce développement de la transformation digitale en Tunisie. Cela vaut pour le secteur privé allemand qui a déjà créé de nombreux liens avec l’écosystème digital tunisien, autant que pour la politique allemande qui y prête un grand intérêt. Ainsi, nous avons eu la semaine dernière la visite à Tunis d’un parlementaire allemand spécialiste du secteur de la digitalisation et membre de la commission parlementaire en question. Le gouvernement allemand s’est investi, depuis plusieurs années déjà, dans le développement de la transformation digitale en Tunisie à travers notre coopération bilatérale mise en œuvre par la GIZ et la KfW tout comme nos fondations politiques », a affirmé Peter Prügel. Il a assuré, « pour nous, la transformation digitale est l’un des moteurs clés pour faire sortir la Tunisie de la crise actuelle. Elle favorise la création d’emplois pour l’avenir, permet les adaptations nécessaires du secteur privé traditionnel pour que l’économie tunisienne reste compétitive, et elle joue et doit jouer un rôle non moins important dans l’initiation et la mise en œuvre des réformes politiques. Grâce notamment, au soutien apporté au développement de la stratégie digitale tunisienne, la coopération allemande est fortement impliquée dans la digitalisation des secteurs public et privé en Tunisie et la digitalisation constitue désormais l’un des plus grands portefeuilles de notre coopération ici en Tunisie. Cela fait preuve de notre confiance dans l’écosystème tech tunisien et dans son potentiel transformateur ».

Protection des données

Selon l’ambassadeur allemand, la Tunisie offre un écosystème tech innovant et intéressant, une infrastructure et une utilisation de technologies bien développée et avant tout beaucoup de talents, de jeunes hommes et femmes avec une bonne formation et surtout avec cet esprit et l’envie d’innover, de transformer et de développer. Cela dit, nous ne devons, cependant, pas non plus oublier que les nouvelles solutions digitales amènent aussi de nouveaux risques quant à la protection des données contre tout abus de surveillance et de cyber-attaques de l’extérieur. « Nous connaissons les exemples d’abus de ces technologies par des systèmes autoritaires (comme la BCT récemment). C’est pourquoi il est important d’investir davantage aussi dans la protection des données, dans la cyber-sécurité et dans la démocratisation des systèmes digitaux, afin de pouvoir lutter de manière efficace contre ces menaces potentielles. Toutes ces questions sont évidemment d’actualité pour cette 6e édition du «Tunisia Digital Summit» qui met l’accent sur l’échange et la collaboration entre les entreprises technologiques et les acteurs « traditionnels », a-t-il conclu.

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