Le gouvernorat de Kairouan est considéré parmi les régions qui souffrent le plus du problème d’alimentation en eau potable.


Les terres de Kairouan, au temps de Okba Ibn Nafaa, étaient dominées par les sebkhas et manquaient terriblement d’eau potable, d’où la souffrance des Kairouanais en la matière. D’ailleurs, la rareté de l’eau a poussé les Arabes musulmans de Kairouan à recourir aux «majels» et à investir dans les ouvrages hydrauliques, dont les bassins des Aghlabides construits en 862, pour garantir l’eau aux habitants, par l’Emir aghlabide Abou Ibrahim Ahmed Ibn Al Aghlab.

Et les eaux récupérées dans ces ouvrages considérables, uniques en leur genre, servaient à subvenir aux besoins de la population, surtout durant les années de sécheresse, mais surtout à approvisionner les caravanes et abreuver les troupeaux.

Par ailleurs, au cours de l’époque fatimide, le Khalife Al Muizz édifia un aqueduc qui acheminait les eaux souterraines de Chrichira à 40 km des Kairouanais pour alimenter ses palais à Sabra El Mansourya, et une partie était acheminée par une canalisation jusqu’aux citernes de Kairouan.

De nos jours, le gouvernorat de Kairouan est considéré parmi les régions qui souffrent le plus du problème d’alimentation en eau potable, et ce, à cause de la dispersion des habitations, de l’absence de raccordement au réseau de la Sonede, de forages, de puits anarchiques et de rupture des vannes et des canalisations de la Sonede.

En outre, les GDA (Groupement de développement agricole) connaissent beaucoup de difficultés à cause du non-paiement des factures et des raccordements anarchiques aux réseaux hydrauliques.

De ce fait, il y a eu une aggravation de l’endettement des GDA dont certains ont abandonné les travaux de maintenance et sont dans l’incapacité de régler les montants de l’énergie et de l’achat de l’eau.

Cela sans oublier le manque de précipitations enregistré durant les trois dernières années et la lenteur des travaux entrepris pour renouveler les conduites vétustes.

Recours au marché illégal de l’eau

Notons que le taux général de desserte en eau en milieu rural est de 86%, puisque, sur un total de 381.000 habitants, 327.000 sont alimentés en eau, dont 35% à partir de la Sonede et 51% des GDA.

Par ailleurs, 60.000 ruraux n’ont pas accès à cette denrée précieuse et se trouvent obligés d’avoir recours au marché illégal de l’eau avec un mode de stockage inapproprié, notamment lors de son transport. En outre, la soif en cette période caniculaire, où les journées sont chaudes et étouffantes, oblige beaucoup de villageois à aller chercher l’eau dans des oueds remplis de têtards, ce qui engendre beaucoup de maladies. Et puis, la plupart des villageois d’El Ala, de Haffouz, de Bouhajla et de Chrarda sont lassés de faire le pied de grue devant une fontaine publique pour remplir leurs bidons et puis de faire plusieurs kilomètres pour regagner leurs domiciles, sous une température dépassant les 40°.

C’est pour toutes ces raisons que la Sonede, le gouvernorat et la Crda organisent souvent des campagnes de sensibilisation relatives aux raccordements anarchiques, tout en prenant des mesures de lutte contre la soif, surtout dans les douars dépourvus d’eau, tout en accélérant le rythme d’exécution des projets d’adduction en eau potable. Malheureusement, on constate, dans plusieurs villages, l’existence d’opposants  aux différents travaux d’extension du réseau de la Sonede et qui revendiquent la priorité du raccordement de leurs zones d’habitation au réseau d’eau potable. Cela sans oublier le chantage de certains propriétaires qui exigent beaucoup d’argent pour permettre la traversée des conduites de la Sonede dans leurs terrains. D’autres refusent la mise de conduites en amiante-ciment, un mode de desserte vétuste et exigent des conduites en polyéthylène qui ne risquent pas d’être obstruées par le calcaire.

Aller chercher de l’eau : le parcours du combattant

Parmi les villages assoiffés depuis plusieurs années, celui d’Aoulad Nour (délégation de Bouhajla) figure en bonne place. Les habitants n’ont pas d’eau depuis une décennie.

Ali Mehtani, père de 5 enfants, nous confie que beaucoup de villageois ont recours aux véhicules de transport de marchandises moyennant 10D afin d‘aller à Bouhajla-Centre et remplir leurs bidons d’eau.

Pour ce qui est des mères de famille, elles sont obligées d’aller sur des charrettes jusqu’à la zone montagneuse  de Gssyaât afin de laver leurs linges dans quelques rares sources. Et pour leur hygiène quotidienne et pour les soins de leurs nourrissons, beaucoup achètent des bouteilles d’eau minérale malgré leur pauvreté.

Toujours dans la délégation de Bouhajla, au village de Jhina-Sud où vivent 20.000 habitants, on constate que la plupart des foyers ont un «majel» mais il suffit qu’il y ait des périodes de sécheresse pour que les familles soient contraintes d’acheter de l’eau, à raison de 50D la citerne. Et comme l’infrastructure est défaillante et que le transport rural n’est pas régulier et qu’il n’y a pas de bus, beaucoup d’élèves qui étudiaient au collège de Jhina-Nord ont dû abandonner leurs études.

Enfin, tous les villageois sont obligés de se faire soigner, en cas de maladie, à Bouhajla-Centre, ce qui nécessite des frais de transport et de restauration.

Beaucoup plus loin, dans la délégation de Hajeb El Ayoun et surtout dans les villages de Rhima, Gouiba et Essorja, l’eau est une denrée rare, comme nous l’explique Mme Leïla Sbaï, 53 ans:  «Le puits le plus proche dont on se sert est situé à plusieurs kilomètres et nous fournit une eau d’un degré de salinité très élevé qui n’étanche pas notre soif. Notre priorité actuellement est de faire des sondages pour que nos villages deviennent verdoyants avec la création de périmètres irrigués…».

Dans la délégation de Oueslatia et plus précisément au village d’El Hyssiane où vivent 550 familles, c’est le dénuement total. En effet, beaucoup de familles n’ont ni eau, ni électricité et vivent dans des gourbis sans toilettes, ce qui les oblige à faire leurs besoins en pleine nature. Le soir, on utilise des lampes à pétrole et le jour on ramasse le bois pour couvrir leurs taudis vétustes et on fouille les poubelles pour trouver de quoi se nourrir.

Beaucoup donc reste à faire pour améliorer les conditions de vie en milieu rural et ces quelques villages que nous avons évoqués ne sont que des exemples de centaines d’autres zones reculées.

Espérons que les décisions prises récemment pas le Président de la République permettront d’approvisionner les zones rurales. Le Président a donné ses instructions à toutes les parties concernées pour assurer la reprise des activités des associations d’intérêt collectif, déterminer les responsabilités puis examiner la possibilité de rééchelonner ou de réduire les dettes contractées auprès de la Steg.

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