La profession d’expert-comptable est une profession d’excellence. Elle contribue à la croissance, à la création d’emplois et à la préservation d’un environnement propre, et ce, à travers son assistance permanente aux entreprises. En marge du colloque sur la réévaluation des actifs immobilisés pour les sociétés et les problématiques liées à leur mise en œuvre, qui avait pour objectif de contribuer à la vulgarisation des nouveautés comptables et fiscales du régime de la réévaluation, et dans le but d’engager un vif débat sur les questions demeurées ambiguës, nous avons contacté, Moncef Boussannouga Zamouri, expert-comptable, commissaire aux comptes, président d’honneur de l’Ordre des experts comptables de Tunisie (Oect), président de l’Institut tunisien des experts-comptables et actuellement associé dirigeant de «Kpmg Tunisie». Entretien.


La loi fiscale est-elle constante ?

Si non, à quel rythme doit-elle évoluer ?

Je dois préciser qu’il y a une seule loi fiscale qui s’applique à toutes les entreprises sans exception. Toutefois, chaque loi fiscale prévoit plusieurs dispositions. Ces dispositions peuvent s’appliquer pour certaines entreprises et pas pour d’autres. Je prends l’exemple des entreprises régionales qui pourront bénéficier de certaines exonérations. Ces exonérations sont liées à la création d’emplois et à la promotion de l’investissement dans la région. Aussi, il faut préciser que les lois fiscales ne sont pas immuables, elles doivent évoluer en fonction de la politique économique du pays.

Comment développer le diplôme d’expert-comptable spécialiste ?

Tout d’abord, je dois vous signaler qu’il y a un seul diplôme d’expert-comptable reconnu mondialement par sa valeur et sa qualité d’être pluridisciplinaire : comptable, fiscal, économique et financier. Cela donne l’opportunité aux diplômés experts-comptables de se spécialiser dans diverses disciplines. D’ailleurs dans le monde, et la Tunisie en fait partie, le chiffre d’affaires des cabinets dans le conseil et le Consulting dépasse le chiffre d’affaires dans l’expertise comptable et l’audit.

Quelles sont les répercussions de la digitalisation des cabinets comptables? Est-ce que c’est une contrainte ou bien une opportunité ?

La digitalisation des cabinets comptables s’impose, et ce, pour accompagner leurs clients et les aider à faire face aux changements que connaît le monde dans ce domaine. Aujourd’hui, l’entreprise fait face à un stock important d’informations venant de tout bord et qui doivent être traitées très rapidement et surtout avec efficacité et prudence. Ce défi ne peut être gagné que par la digitalisation et le support des experts-comptables. De nos jours, les clients ne s’adressent qu’aux entreprises qui répondent instantanément à leurs demandes. Ils sont pressés et veulent avoir l’information, tout en étant, soit au bureau, soit chez eux, soit en voyage. L’expert-comptable est garant du système de digitalisation mis en place et de l’information qui en découle. Cela crée beaucoup de chiffres d’affaires et beaucoup d’emplois. De la sorte, la digitalisation est une opportunité. Il faut savoir qu’avec la digitalisation, beaucoup d’horizons s’ouvrent à l’entreprise et à l’expert-comptable. Il est important de préciser que les cabinets d’experts-comptables et d’audit investissent, chaque année, des centaines de millions d’euros dans la digitalisation. Par ailleurs, les experts-comptables et leurs collaborateurs sont très sollicités localement et à l’étranger, car ils répondent parfaitement aux profils recherchés. Aujourd’hui, nous avons un problème de ressource et non de chômage.

Comment lutter contre la fraude et l’évasion fiscale et améliorer le climat des affaires de ce secteur ?

Je suis tout à fait contre l’autosatisfaction, mais je dois préciser que les experts-comptables sont les meilleurs garants à travers une transparence fiscale efficace et productive. En effet, j’ai toujours milité pour cela, car je crois que l’entreprise gagnerait énormément en étant transparente. Elle maîtrisera son coût et ses dépenses, et saura exactement sa capacité bénéficiaire. Pour lutter contre la fraude et l’évasion fiscale et améliorer le climat des affaires, il faut tout digitaliser, surtout les paiements. Il faut simplifier les formalités administratives, faciliter l’assistance aux entreprises par des professionnels compétents de l’expertise comptable, de la comptabilité ou de la fiscalité.

Quelles sont les mesures à prendre dans le court terme pour sortir des difficultés économiques actuelles ?

Il est clair que la situation économique est difficile, pour ne pas dire alarmante. A travers l’histoire, la Tunisie a connu des difficultés, elle a toujours réussi à les surmonter. Je crois que notre pays a les moyens humains, matériels, environnementaux et internationaux pour sortir de la crise. Partons de 2022, on vit un déficit budgétaire chronique et des finances publiques très déséquilibrées, ce qui réduit énormément la marge de manœuvre du gouvernement pour faire face aux dépenses publiques et plus particulièrement aux salaires, cette situation ne peut pas durer. L’endettement n’est plus la solution. Actuellement, et pour surmonter le plus rapidement possible toutes ces faiblesses, il est nécessaire de sécuriser les bailleurs de fonds nationaux et internationaux afin de créer de la valeur et développer les investissements locaux et étrangers. Contrairement aux apparences, l’environnement mondial est très favorable pour la Tunisie, seulement si nous savons saisir l’opportunité. Il est essentiel de dépasser ce stade de la parole et de s’engager sérieusement à travers des actes responsables et convaincants.

Dans un premier temps, il faut une sécurité juridique qui crée la confiance chez les investisseurs. Un investisseur local ou étranger ne vient pas pour spolier, mais pour créer de la valeur, en respectant la législation locale, payer ses impôts et réaliser des bénéfices, dont il peut disposer comme il veut et lorsque l’environnement est propice, il préfère les réinvestir. Ensuite, il est obligatoire de se mettre aux standards internationaux, sinon personne ne s’intéressera à la Tunisie et personne n’investira. Enfin, il faut poursuivre la politique de digitalisation et de facilitation des procédures administratives.

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