La filière laitière souffre d’une destruction qui a été construite depuis une trentaine d’années. « Aujourd’hui, nous n’avons aucune visibilité, aucune lueur d’espoir pour sortir de ce gouffre », nous dévoile, Ali Klebi, agronome et président fondateur de la centrale laitière de Mahdia, qui nous donne un plus grand aperçu sur les difficultés liées à la filière. Interview.

Le stock de lait est-il en cadence suffisante pour les besoins des consommateurs?

Le stock actuel qu’on appelle le stock de régulation est entre la basse et la haute de lactation. Ce dernier est de l’ordre de 35 millions de litres, soit l’équivalent de près de 15 jours de consommation.

Or, depuis quelque temps, la production laitière ne cesse de régresser suite à l’augmentation vertigineuse des prix des aliments du bétail (soja, maïs, orge…). Par  conséquent, la réduction du stock qui peut descendre, d’ici à la fin de l’année, jusqu’à 10 millions de litres, soit à peine le stock technique qui est de 15 millions de litres.

Quelles sont les difficultés auxquelles sont confrontés les producteurs ?  

Commençons par les prix du lait. Etant encadré par le gouvernement et faute d’ajustement des prix, les producteurs perdent de l’argent et finissent petit à petit par abandonner leur activité laitière.

Comment jugez-vous l’évolution du prix du lait en Tunisie ? Et quel est le rôle du ministère du Commerce à ce niveau ?

Il est à préciser d’abord que le prix du lait à la consommation en Tunisie est le moins cher dans la région du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord (région Mena). A titre d’exemple, les prix du lait industriel varient dans cette région entre 2,5 et 3 dinars le litre, alors qu’il est de 1,350 dinar  en Tunisie, et ce, hors la subvention de 410 millimes, déboursée par la Caisse de compensation. Quant au ministère du Commerce, son rôle se limite au contrôle des marges légales et la conformité des produits avec la réglementation tunisienne. La dynamique des prix doit être régie par la règle de l’offre et de la demande du marché.

Et si le prix du lait devrait augmenter davantage,  quelle conséquence y aura-t-il sur le consommateur ?

Le prix de revient actuel d’un litre de lait chez les producteurs est de l’ordre de 1,500 dinar. Le juste prix à la consommation, compte tenu des frais de ramassage doit être à 2,250 le litre. Or, la différence entre le prix pratiqué actuellement est 1d.350 et le prix réel 2d.250 causerait pour une famille tunisienne composée de quatre membres un budget additionnel de l’ordre de 20 dinars par mois. Alors que cette augmentation doit se faire par étapes et doit être compensée pour les familles à moyen et faible revenu.

Les importations de lait posent-elles problème pour les producteurs ? 

Outre le fait que les importations du lait se font en devises et à des prix exorbitants de manière très précise, elles auront pour conséquence directe la disparition progressive de l’activité laitière qui représente aujourd’hui près de 10% de la production agricole.

Existe-t-il une réforme rapide pour sauver la filiale ?

La dynamique et la libéralisation progressive des prix est la solution pour protéger les différents opérateurs et garantir la pérennité de la filière laitière. Et c’est qui a été fait dans tous les pays voisins. Il faut également réformer la Caisse générale de la compensation de manière à profiter aux classes sociales militantes.

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