La soirée du vendredi 29 juillet du 56e Festival de Carthage a été consacrée au théâtre et spécialement au one man show de la star de la scène tunisienne, Lamine Nahdi, qui a présenté devant un théâtre comble sa récente création «N’mout 3lik», écrite et mise en scène par Moncef Dhouib. Mais a-t-il réussi à faire rire le public ?

Lamine Nahdi, le roi du rire, s’est imposé grâce à son style qui est un mélange entre le burlesque et l’humour noir. Durant des décennies, il a apporté joie et bonheur aux Tunisiens grâce à ses pièces, dont «Mekki et Zakia» (1993) et «Fi hek Sardouk Nraïchou» (2014) et l’humour caustique  qu’elles entretiennent sur la société tunisienne et ses travers. Sa présence, ce soir-là, sur la scène de Carthage n’est pas fortuite. Lamine Nahdi l’a bien méritée. Elle représente pour lui un sacre que de nombreux artistes envient.

22h00, Lamine Nahdi, 72 berges, entre en scène et c’est le tonnerre d’applaudissements d’un public hétéroclite assoiffé de rire qui attend avec impatience que le comédien le titille. Que d’émotions pour ces retrouvailles! «Vous m’avez manqué» sont les premiers mots qu’il prononce et d’ajouter «la scène de Carthage me manque bien que je sois un peu fatigué». En effet, deux jours auparavant, il était sur scène à Sousse.

«N’mout Alik» est une libre adaptation du «Suicidé», du dramaturge Nicolaï Erdman. Entre cauchemar et farce, la pièce entretient jusqu’au bout le paradoxe : mourir ou rester vivant dans un monde violent et agressif. Après de brèves plaisanteries avec les spectateurs, Lamine Nahdi se met dans la peau du personnage. Ayech, un tantinet éméché, réveille sa femme en pleine nuit pour lui annoncer qu’il veut se suicider. Diplômé au chômage depuis des années, il refuse de vivre aux crochets de sa femme Arbia qui exerce trois boulots. Alors, il ne trouve d’autres solutions que de se suicider.

Il s’enferme dans la cuisine. Affolée, sa femme appelle à l’aide un voisin. Mais ce dernier peut-il le dissuader de commettre l’irréparable ? La rumeur circule dans le quartier, puis dans le village. On essaie de le convaincre non pas de se suicider bêtement, mais de mourir pour leur cause. Son suicide attendu par tous lui donne une nouvelle existence. Séduit par l’intérêt qu’on lui porte et la gloire posthume qu’on lui fait miroiter, Ayech commence à se rétracter au fur à mesure que l’échéance approche.

Le suicide lui donne de la contenance, mieux, une identité. Il se passe enfin quelque chose dans sa misérable vie. Tout le monde s’intéresse à lui et épouse sa cause. Petit à petit, il devient un héros. Pour tout dire, la mort le tient en vie. Le duo Dhouib-Nahdi n’y est pas allé du dos de la cuillère. Il a pointé du doigt les politiciens véreux, les opportunistes, les salafistes, les profiteurs et tutti quanti. Le génie de cette farce est que plus on avance dans la mort, plus la vie continue.

Au bout d’une heure, certains spectateurs n’ayant pas compris, sans doute, le sens de la pièce, n’ont pas beaucoup ri et ont même été déçus. Ils ont même quitté les gradins avant l’heure. Pour eux, les sujets traités sont dépassés.

Mais qu’importe, Lamine Nahdi, à l’instar de ses précédents one man shows, toujours égal à lui-même, a su porter  avec subtilité et panache la galerie de personnages : l’épouse, la belle-mère, le voisin menuisier, les bandits du quartier, l’intellectuel mégalomane défenseur de l’arabe littéraire, l’oncle et ses amis villageois, dont un poète, le policier toujours en grève, le groupe de jihadistes, les médias… Tous ces personnages qui comptent tirer profit de la mort de Ayech.

Le reste des spectateurs, ayant suivi la pièce jusqu’à la fin, a apprécié l’humour décalé et décapant de ce spectacle riche en métaphores et en jeux de mots inspirés de la réalité. Une réalité vécue également au théâtre dont certains veulent la mort, mais qui continue à résister malgré vents et marées. La pièce a été jouée à Paris, à Montréal, à Ottawa et est attendue en Suisse et dans 25 régions en Tunisie.

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Un commentaire

  1. Maher Gassa

    31/07/2022 à 08:39

    L’auteur de l’article suppose l’une des deux choses :soit le spectateur est incapable de comprendre la subtilité de la pièce et du texte soit Lamine est victime d’un complot dont l’auteur veut mettre fin à la carrière de l’artiste.

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