Le 29 décembre 2020, une décharge anarchique a été découverte près de la cimenterie de la région de Faj al-Rouissat (délégation de Chbika à Kairouan). Après avoir alerté les autorités compétentes (les services communaux et la Garde nationale), une démarche a été conduite pour inspecter ces déchets déversés, qui contiennent, a priori, des déchets ménagers et médicaux d’origine inconnue. Les inspections ont révélé des pratiques dangereuses à l’encontre des habitants et de l’environnement consistant à déverser et à enfouir des déchets en violation de la loi, ce qui constitue une source de menace pour l’environnement et la santé humaine. L’incident a été suivi par la section du Ftdes à Kairouan. Dans ce cadre, une visite de terrain a été effectuée, au cours de laquelle ont été retrouvés des déchets médicaux et paramédicaux provenant de l’hôpital régional Ibn El-Jazzar de Kairouan, constitués principalement d’aiguilles, de seringues, de matériel d’oxygène, de dossiers médicaux et de radiographies se trouvant près de l’école primaire de Rouissat, et en conséquence, un expert a été chargé d’inspecter les déchets déversés estimés à 20 tonnes. Après quoi, des procès ont été intentés le 2 avril 2021 contre la municipalité de Chbika en la personne de son représentant légal. Le 15 avril 2021, des manifestations populaires ont éclaté dans la région en raison du non-respect par la municipalité de la décision rendue par le tribunal. Le 3 décembre 2021, la commune de Chbika a exécuté le jugement rendu par la chambre de première instance du tribunal administratif de Kairouan, en acceptant finalement d’évacuer les tonnes de déchets vers la décharge contrôlée 3, après environ un an.

Sur un autre plan, au cours du mois de novembre 2020, les habitants du quartier « 2-Mars » (la délégation de Redeyef) ont bloqué les routes devant les camions à déchets ménagers en direction de la décharge communale non contrôlée, qui se situe dans ledit quartier, en signe de protestation contre la dégradation de la situation environnementale après la propagation aléatoire des déchets ménagers et la hausse du nombre d’incendies criminels, en plus du déferlement de nuées de moustiques, des maladies infectieuses et de l’émission d’odeurs nauséabondes. Suite à cela, de nombreuses réunions de négociation entre les habitants et les représentants de l’autorité locale ont eu lieu, l’une d’entre elles s’est tenue au siège de la municipalité de Redeyef le 9 novembre 2020, au cours de laquelle un ensemble de revendications ont été présentées par des représentants des zones touchées , dont la plus importante consistait à changer provisoirement l’emplacement actuel de la décharge dans l’attente de la mise en place d’une décharge municipale répondant aux spécifications sanitaires et environnementales. Par la même occasion, les habitants ont invité le Conseil municipal à adopter une stratégie claire relative au traitement des déchets, et ce, afin d’éviter les coûts environnementaux et sanitaires élevés dont les répercussions seraient supportées par les habitants eux-mêmes. Un accord portant sur plusieurs alternatives a été conclu, dont le plus important était relatif à la mise à disposition d’agents permanents pour le contrôle et la surveillance de la décharge, ainsi que sur la création d’une commission mixte entre la Société de transport des matériaux miniers, la CPG et les représentants des quartiers concernés dans le cadre de la mise en vigueur de la loi sur la responsabilité sociétale des entreprises et de la mise en place de mécanismes de suivi et de gestion des décharges anarchiques. La municipalité ne respectant pas les points convenus dans les procès-verbaux de la réunion, la crise s’est progressivement développée sur le plan régional, et il a fallu l’intervention du gouverneur pour pouvoir organiser une deuxième réunion durant laquelle il a été convenu de poursuivre temporairement l’usage de la décharge actuelle parallèlement aux travaux de son aménagement pour limiter la propagation des déchets à proximité des zones d’habitation jusqu’à l’achèvement des travaux dans la zone « carrière 17 » située à quelques kilomètres pour l’utiliser comme décharge alternative, en attendant le lancement du projet de construction d’un « centre de réacheminement des déchets » dans les prochains mois sous la supervision du ministère de l’Equipement qui serait soumis à un contrôle continu conformément aux standards sanitaires prescrits.

Plus d’un an s’est écoulé, mais les promesses faites par la municipalité, concernant le lancement de la construction du centre de réacheminement des déchets, n’ont pas été tenues jusqu’à nos jours. Le rôle de l’autorité locale s’est limité à emprunter des chemins peu efficaces en déplaçant la décharge de son ancien emplacement vers le site « carrière 17 », qui est une zone appartenant à la Compagnie des Phosphates de Gafsa (CPG), située à quelques kilomètres seulement de l’ancienne décharge. Cette démarche démontre l’imperfection des stratégies adoptées pour traiter le problème des déchets et l’inutilité des demi-mesures entreprises, en plus de l’apparente incapacité à proposer des alternatives et des solutions à même d’améliorer la situation environnementale, en rupture avec les solutions d’enfouissement et de déplacement des décharges. Cela montre également l’échec flagrant des collectivités locales à traiter le dossier des déchets en l’absence d’une stratégie nationale claire en la matière qui permettrait aux acteurs locaux de bien gérer cette question et renvoie directement à la défaillance du cadre institutionnel mis en place.

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