La Chine appelle la communauté internationale, y compris la « Tunisie, à se tenir fermement aux côtés de la Chine, à s’opposer, résolument, aux actes qui transgressent les règles du droit international et les normes fondamentales des relations internationales, et qui constituent une violation flagrante de la souveraineté et de l’intégrité territoriale des pays. Nous sommes tous appelés à sauvegarder, conjointement, l’équité et la justice internationale pour garantir, ensemble, la paix et la sécurité à l’échelle internationale », nous fait savoir M. Zhang Jianguo, ambassadeur de Chine en Tunisie. Interview.

Que pensez-vous de la relation tuniso-chinoise, en particulier, aux niveaux économique et commercial ? Quelles sont les mesures concrètes pour renforcer la coopération économique entre les deux pays ? Et quels sont,  selon vous, les domaines importants à développer dans le cadre d’une coopération bilatérale ?

Depuis l’établissement des relations diplomatiques entre la Chine et la Tunisie, il y a 58 ans, les échanges bilatéraux ont toujours été profondément amicaux, marqués par le respect mutuel et un partenariat d’égal à égal. Les deux pays ont aussi veillé à apporter, chacun de son côté, un soutien mutuel, permanent, juste et sincère sur les questions fondamentales et les préoccupations majeures de chacune des deux parties.

Les gouvernements et les peuples des deux pays se sont aussi toujours engagés à approfondir les relations bilatérales, pierre angulaire du développement continu de la coopération entre les deux parties.

La coopération économique et commerciale sino-tunisienne est marquée par de nombreux points lumineux. En 2021, le volume des échanges bilatéraux a augmenté d’environ 38% en glissement annuel. Les importations chinoises, en provenance de la Tunisie, ont réalisé une augmentation de près de 35% en glissement annuel. L’Académie diplomatique, don chinois à la Tunisie, a été transférée avec succès à la partie tunisienne. Les travaux du Centre culturel et sportif pour les jeunes à Ben Arous sont, d’ores et déjà, achevés. Les projets sous contrat des entreprises chinoises, tels que le Barrage Mellègue et la Station d’épuration de Sousse, progressent sans entraves. La coopération sur le plan sanitaire entre les deux pays s’est renforcée pendant la période de pandémie. Le CHU de Sfax, un projet d’aide du gouvernement chinois, est entré en service en janvier 2021, et a été spécialement utilisé pour traiter les patients à risque atteints par les formes graves du Covid-19, ce qui a considérablement allégé la pression sur le système médical local.

Il n’y a pas si longtemps, lorsque le président chinois Xi Jinping participait au dialogue de haut niveau sur le développement mondial et au 14e Sommet des Brics, il a souligné l’impératif de placer le développement au cœur de l’agenda international, de mettre en œuvre le programme 2030 et de bâtir un partenariat mondial pour un développement de haute qualité, solidaire, juste, équilibré et inclusif. Il s’agit aussi de créer, ensemble, une nouvelle ère pour un développement mondial bénéfique pour tous, équilibré, coordonné, inclusif, basé sur la coopération gagnant-gagnant et la prospérité commune. A l’avenir, on entend travailler de concert avec toutes les parties, y compris la Tunisie, pour exploiter tout le potentiel et se concentrer sur les domaines des infrastructures, de la santé, du tourisme et du développement vert. Il s’agit aussi de promouvoir les échanges interpersonnels et culturels par le biais de la coopération bilatérale, de la coopération sur les marchés tiers, de la coopération multilatérale, etc. La Chine s’est engagée à encourager davantage  les entreprises chinoises à investir en Tunisie et à lui apporter l’appui nécessaire pour transformer ses avantages de localisation en avantages de développement économique, en termes d’exportations et d’emploi. La Chine est également disposée à communiquer avec la Tunisie sur des projets d’infrastructure de grande envergure, tels que la Cité médicale à Kairouan, pour aider la Tunisie à réaliser sa transformation et son développement aux plans économique et social.

Après l’éclatement de la pandémie du coronavirus, la reprise économique mondiale fait toujours face à de multiples défis, et l’économie chinoise est également touchée. Que pensez-vous de cette situation ?

Depuis le début de cette année, l’environnement international est devenu plus complexe et plus sévère. La croissance économique mondiale s’est sensiblement ralentie. Le dernier rapport sur les perspectives de l’économie mondiale, publié par le Fonds monétaire international (FMI), est pessimiste quant à la croissance économique mondiale en 2022. La croissance mondiale n’est désormais plus attendue en 2022, qu’à 3,2%, soit 0,4 point de moins qu’anticipé en avril. Dans un environnement extérieur complexe et sévère, l’économie chinoise a réussi à surmonter les difficultés et a maintenu sa croissance, affichant une tendance à la stabilisation et à la reprise.

Au deuxième trimestre de cette année, l’impact de facteurs inattendus, tels qu’une nouvelle vague de l’épidémie, ont exercé une pression à la baisse sur l’économie chinoise avec une chute, aux mois d’avril et de mai, des principaux indicateurs de production et de demande. Face à cette situation, le gouvernement chinois a réagi et a apporté les ajustements nécessaires de manière décisive, plaçant le maintien de la croissance comme une priorité absolue.

L’ajustement macroéconomique s’est poursuivi et un ensemble de mesures politiques ont été adoptées pour stabiliser l’économie. L’activité économique s’est progressivement redressée et les indicateurs de la croissance économique sont désormais positifs. Au deuxième trimestre, l’économie chinoise a globalement enregistré une croissance de 0,4 %. Le PIB a aussi enregistré, au premier semestre, une augmentation de 2,5 % en glissement annuel. Il n’est pas facile de réaliser une telle croissance qui reflète, clairement, une forte résilience de l’économie chinoise et donne un nouvel élan à la reprise de l’économie mondiale.

Comment la Chine coordonne-t-elle la prévention et le contrôle des épidémies et le développement économique ? En tant que deuxième économie mondiale et premier partenaire commercial de l’Afrique, comment la Chine peut-elle aider l’économie mondiale à se redresser ?

La Chine a une grande population d’où le risque de conséquences inimaginables en cas de propagation du virus. Les résultats et les efforts dans la lutte contre l’épidémie seraient vains, sans parler de la gravité des répercussions sur le développement économique.

Seulement l’épidémie a pu être maîtrisée, la vie, la santé et la sécurité des personnes ont pu être effectivement assurées. Les conditions favorables au développement économique et à une vie normale ont pu être garanties.

La Chine est toujours convaincue que la condition préalable à une vie heureuse pour le peuple est de lui assurer la sécurité de la vie et la santé physique. Le gouvernement chinois insiste sur le fait que le peuple demeure la priorité des priorités et que la vie prime avant tout, d’où l’adoption de mesures précises et scientifiques, et d’une politique dynamique de «zéro Covid». Toutes les administrations locales contrôlent strictement la propagation de la pandémie, construisent une barrière solide pour la prévention et le suivi de l’épidémie, et s’efforcent d’obtenir, au moindre coût, les meilleurs résultats de prévention et de contrôle de ce fléau. La Chine a réussi à se maintenir à un taux d’infection et de mortalité du Covid-19 le plus bas du monde. C’est ainsi que la Chine a assuré pleinement la vie et la santé de plus de 1,4 milliard de Chinois et de citoyens étrangers vivant et travaillant en Chine.

D’un autre côté, renforcer sa solidarité et sa coopération avec les pays africains a toujours été, de tout temps, une priorité de la politique extérieure de la Chine, et un choix stratégique auquel elle reste durablement attachée. Malgré divers facteurs défavorables, tels que l’épidémie, il n’en demeure pas moins que la coopération économique et commerciale sino-africaine a réussi à maintenir une croissance forte et dynamique. Les résultats fructueux de la coopération sino-africaine dans divers domaines ont, non seulement apporté des avantages tangibles à l’Afrique, mais ont également créé de meilleures conditions pour le partenariat entre l’Afrique et la communauté internationale.

La Chine va continuer à faire de son mieux pour mettre en œuvre les résultats de la 8e Conférence ministérielle du Forum sur la coopération sino-africaine. Il s’agit de renforcer davantage la coordination globale et scientifique avec la partie africaine, partager des idées de coopération et faire avancer solidement le partenariat dans divers domaines. Notre objectif est d’aider l’Afrique à réaliser la reprise économique et le développement durable, mais aussi de propulser le partenariat stratégique global sino-africain à un niveau toujours plus haut.

Selon le rapport sur l’état de la sécurité alimentaire et de la nutrition dans le monde 2022, publié conjointement par cinq agences des Nations unies, le nombre de personnes touchées par la faim dans le monde a augmenté pour atteindre jusqu’à 828 millions en 2021, soit une hausse d’environ 46 millions par rapport à 2020. La pandémie du Covid-19 et la crise ukrainienne ont aggravé les pénuries alimentaires dans les pays africains. Etant parmi les pays les plus peuplés, comment la Chine peut-elle prévenir une crise de sécurité alimentaire ?

Sans agriculture, tout pays ne peut être qu’instable. Sans nourriture, les gens ne peuvent être que mal à l’aise. Assurer la sécurité alimentaire nationale est une condition importante pour parvenir au développement économique, à la stabilité sociale et à la sécurité nationale. La Chine accorde toujours une grande importance à la sécurité alimentaire et adhère au concept de «L’autosuffisance alimentaire dans les céréales et une ration alimentaire absolument sûre». La Chine nourrit un cinquième de la population mondiale avec moins de 9% des terres arables de la planète. Elle a aussi réussi à éliminer la pauvreté absolue qui sévissait depuis des millénaires. En termes de terres, la Chine met en œuvre le système le plus strict pour améliorer la qualité et protéger les terres arables, tout en veillant à rationaliser, de manière efficiente, leur utilisation et assurer l’efficacité de la production céréalière. En termes de technologies, la Chine a lancé, ces dernières années, de nombreux projets pour promouvoir l’innovation dans l’industrie des semences et garantir, ainsi, la sécurité de la plantation des principales variétés de cultures vivrières et améliorer, continuellement, la qualité des aliments.

De même, la Chine accorde toujours une grande importance à la question de la sécurité alimentaire internationale. Dans ce sens, le président Xi Jinping a proposé une initiative de développement mondial qui inclut la sécurité alimentaire comme l’un des huit domaines-clés de coopération. Lors de la récente réunion des ministres des Affaires étrangères du G20, le conseiller d’État et ministre des Affaires étrangères, Wang Yi, a proposé une initiative de coopération internationale en matière de sécurité alimentaire : premièrement, soutenir le rôle de coordination centrale des Nations unies. Renforcer le rôle des Nations unies au lieu de l’affaiblir, appuyer le travail de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), du Fonds international de développement agricole (Fida) et du Programme alimentaire mondial (PAM). Deuxièmement, aucune mesure de restriction des exportations ne sera appliquée aux achats alimentaires humanitaires effectués par le PAM. Troisièmement, faciliter l’entrée en douceur des produits et des intrants agricoles de Russie, d’Ukraine et du Belarus sur les marchés internationaux. Quatrièmement, les principaux pays producteurs et exportateurs nets de produits alimentaires doivent libérer leur potentiel d’exportation, réduire les barrières commerciales et techniques, contrôler l’utilisation d’énergie alimentaire et remédier à la situation d’approvisionnement tendu sur le marché. Cinquièmement, les mesures d’urgence en matière de commerce alimentaire, adoptées par les différents pays, doivent être à court terme, transparentes, ciblées et appropriées, mais aussi conformes aux règles de l’OMC. Sixièmement, soutenir le Groupe consultatif pour la recherche agricole internationale (Gcrai) et les coopérations internationales en matière d’innovation scientifique et de technologies agricoles pour réduire les restrictions à l’échange de technologies de pointe. Septièmement, réduire les pertes alimentaires. Huitièmement, aider les pays en développement à améliorer leur capacité de production, de stockage et de réduction des pertes alimentaires, en termes de financement, de technologies et de marchés.

La Chine contribue également, de manière positive et efficiente, à la résolution du problème de la sécurité alimentaire mondiale, en apportant son aide à des pays en développement pour améliorer leur capacité de production agricole à travers l’aide au gouvernement et la coopération sud-sud. La Chine est, d’ailleurs, le pays en développement qui fournit le plus d’aides financières, envoie le plus d’experts et réalise le plus de projets dans le cadre de la coopération sud-sud de la FAO.

La pratique atteste pleinement et clairement que la Chine est un partenaire fiable des Nations unies et de nombreux pays en développement dans le domaine de la sécurité alimentaire. C’est aussi une force active dans le maintien de la sécurité alimentaire mondiale. La Chine est disposée à coopérer activement avec tous les pays du monde, y compris la Tunisie, pour réaliser la gouvernance et la sauvegarde de la sécurité alimentaire mondiale, pour mettre en œuvre l’Agenda 2030 des Nations unies pour le développement durable et pour promouvoir le développement sain de la cause alimentaire mondiale.

La récente visite à Taïwan de la présidente de la Chambre des représentants des Etats-Unis, Nancy Pelosi, a suscité de vives oppositions et des représentations solennelles du côté chinois et une inquiétude généralisée au sein de la communauté internationale. Le gouvernement chinois a récemment publié un livre blanc intitulé « La question de Taïwan et la réunification de la Chine dans la nouvelle ère», qui réitère que Taïwan fait partie de la Chine. Quel est votre commentaire à ce sujet ?

La présidente de la Chambre des représentants américaine, Nancy Pelosi, au mépris de la vive opposition et des représentations solennelles de la Chine, s’est rendue dans la région de Taïwan de la Chine. Il s’agit d’une grave violation du principe d’une seule Chine et des dispositions contenues dans trois communiqués conjoints sino-américains. Cette situation a gravement impacté les fondements politiques des relations sino-américaines. Elle constitue une grave violation de la souveraineté et de l’intégrité territoriale de la Chine et risque de menacer, gravement, la paix et la stabilité dans le détroit de Taïwan. Elle renvoie aussi un signal extrêmement erroné aux forces séparatistes «indépendantistes de Taïwan».  La visite de Pelosi à Taïwan ne peut, en aucun cas, changer la réalité historique et juridique, selon laquelle Taiwan appartient à la Chine. Elle ne peut, en aucun cas, arrêter le cours historique de la réunification complète de la Chine et ne peut, en aucun cas, ébranler le soutien et la reconnaissance du principe d’une seule Chine exprimés par 181 pays dans le monde. De fait, cette situation ne fait que confirmer que les Etats-Unis sont le plus grand destructeur de la paix dans le détroit de Taiwan et le plus grand perturbateur de la stabilité régionale. La défense par la Chine de son intégrité territoriale et son opposition à la sécession du pays sont tout à fait raisonnables, légitimes et justes. La Chine a le droit de prendre toutes les mesures nécessaires à cet effet, et la partie américaine et les forces séparatistes «indépendantistes de Taiwan» devront assumer toutes les conséquences qui en découlent.

Le 10 août dernier, le gouvernement chinois a officiellement publié le Livre Blanc intitulé « La question sur Taïwan et la cause de réunification de la Chine dans la nouvelle ère», qui expose, en détail, les réalités historiques et les propositions politiques concernant la question de Taïwan. Le document réitère, en outre, la réalité et le statu quo que Taïwan fait partie de la Chine et démontre la ferme volonté et la détermination du peuple chinois à poursuivre la réunification de la patrie, à rétablir la vérité profonde et à faire entendre la voix la plus autorisée par le monde entier. Une fois publié, le Livre blanc a suscité de fortes réactions des deux côtés du détroit de Taïwan, ainsi qu’à Hong Kong et Macao. Ces faits ont pleinement démontré que la réalisation de la réunification complète de la patrie est l’aspiration commune de toute la nation chinoise, et que la grande cause de la réunification de la Chine a un bel avenir.

Le gouvernement tunisien adhère constamment au principe d’une seule Chine et à une politique extérieure d’amitié avec notre pays. La Chine tient en grande estime la relation d’amitié avec la Tunisie et affirme sa disposition à poursuivre cette politique de soutien mutuel sur des questions qui touchent aux intérêts fondamentaux réciproques de manière à promouvoir, conjointement, un plus grand développement des relations bilatérales. La Chine appelle la communauté internationale, y compris la Tunisie, à se tenir fermement aux côtés de la Chine, à s’opposer, résolument, aux actes qui transgressent les règles du droit international et les normes fondamentales des relations internationales, et qui constituent une violation flagrante de la souveraineté et de l’intégrité territoriale des pays. Nous sommes tous appelés à sauvegarder, conjointement, l’équité et la justice internationale pour garantir, ensemble, la paix et la sécurité à l’échelle internationale. 

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