La polémique sur le changement climatique ne se contente plus de l’ordre environnemental mais se place, désormais, dans une conception plus large, qui lie étroitement les objectifs environnementaux aux objectifs de développement économique, social et politique.


Une conférence de presse a été organisée, à l’occasion de la Ticad 8, sur «le rôle du secteur privé dans la lutte contre le changement climatique et la promotion du développement durable». Elle vise à prendre des mesures qui devront s’inscrire dans une nouvelle dynamique qui allie les exigences de profitabilité de court terme aux impératifs de durabilité de la croissance, associant étroitement les dimensions économiques, environnementales et sociales.  Par ailleurs, l’intégration de l’action climatique dans le processus de développement offre un moyen pour rationaliser et améliorer l’efficacité et l’impact de l’utilisation des ressources financières, dans un contexte mondial de crise.

Dans ce cadre, Hichem Elloumi, vice-président de l’Union tunisienne de l’industrie, du commerce et de l’artisanat (Utica), a mentionné que ce thème est d’une importance capitale pour la communauté mondiale et dans lequel la Tunisie est fortement engagée sur le secteur public et privé. «En reconnaissance au secteur privé tunisien, j’ai eu l’honneur d’être nommé comme membre fondateur de “African Business Leaders Coalition“ (ABLC), une initiative issue du pacte mondial des Nations unies. Cette coalition est menée par des leaders économiques du secteur privé africain, dont l’objectif est de s’engager activement à travailler sur les problèmes les plus urgents du continent, tels que le changement climatique et les Objectifs de développement durable (ODD)».

Les objectifs de la coalition

Elloumi a également ajouté que cette coalition est une initiative émanant de la stratégie du «Pacte mondial des Nations unies pour l’Afrique 2021-2023». Elle s’engage à faire progresser la croissance, la prospérité et le développement durables en Afrique en apportant un impact mesurable à ses problèmes les plus urgents. Elle travaille en étroite collaboration avec le centre du Pacte mondial des Nations unies à NY et les réseaux locaux opérant en Afrique.

Cette coalition panafricaine a une stratégie qui souligne l’importance de générer un impact par des actions et par l’exemplarité des grandes entreprises africaines, afin de renforcer les capacités africaines, en leur conférant une voix unifiée et amplifiée, orientée vers l’avenir et les principaux défis auxquels est confronté le continent, afin de débloquer le soutien international à l’avancement de l’Afrique. Cette coalition fait preuve d’exemplarité et partage les expériences et les meilleures pratiques au sein de leurs chaînes de valeur, met en œuvre des partenariats et des plans d’actions pertinents, alignés sur les ODD. Enfin, elle aide à promouvoir l’investissement durable afin que le continent puisse affronter les changements climatiques et leurs impacts et mettre en œuvre les actions nécessaires pour une juste transition.

«Le secteur privé tunisien aide à contribuer à la réussite du processus  transitionnel de notre pays dans le cadre de la  promotion du développement durable, la lutte contre le changement climatique, la sensibilisation des entreprises privées pour l’application des principes de la Responsabilité Sociétale (RSE) et le renforcement  de leurs engagements au Pacte Mondial des Nations unies, et à adhérer à la stratégie du développement durable», a assuré M. Elloumi. Il a également souligné : «Nous œuvrons aussi à l’accélération du rôle du secteur privé pour la transition écologique à travers l’efficacité énergétique, les énergies renouvelables et la décarbonisation des activités, pour la participation à la réalisation de la contribution déterminée au niveau national (CDN). Le taux de la baisse de l’intensité carbone sera de 45%  en 2030, dont environ la moitié devra parvenir du secteur privé. Aussi, il y aura le Plan solaire tunisien pour l’accès aux instruments financiers dédiés à l’investissement durable (Fonds de transition énergétique et autres). Il faut contribuer à l’effort national et mondial de lutte contre le changement climatique. Nous insistons, aussi, sur l’amélioration des capacités d’adaptation aux réglementations internationales, et dans l’intégration dans la chaîne de valeur mondiale», a déclaré le vice-président de l’Utica.

La COP 27 dans dix semaines

Dans son allocution, M. Cheick-Oumar Sylla, directeur régional de la Société financière internationale (IFC) pour l’Afrique du Nord, a mentionné que, dans dix semaines, le monde se réunira en Égypte pour la COP 27.  La présidence égyptienne de la COP a annoncé qu’elle donnerait la priorité à la résilience et à l’adaptation aux impacts climatiques, qu’elle placerait l’Afrique au centre des discussions et qu’elle présenterait des exemples tangibles de progrès sur le terrain. L’année 2022 offre une chance de faire progresser la justice climatique tout en promouvant un type de croissance et de développement qui profite à tous dans le monde en développement. «À IFC, nous pensons que l’un des principaux obstacles au développement du secteur privé dans les pays en développement est que trop peu de projets sont suffisamment soutenus financièrement et considérés comme commercialement réalisables pour être «bancables», en tout cas du point de vue des investisseurs internationaux», a précisé Sylla.

M. Sylla  a souligné, par ailleurs, que IFC s’emploie à créer des marchés, en s’impliquant plus en amont dans le cycle d’incubation, de développement et de lancement de projets afin d’augmenter la probabilité de les transformer ultérieurement en réelles opportunités d’investissement. «Nous participons donc à la création des conditions favorables à des investissements prometteurs». Dans le cadre du nouveau Plan d’action sur le changement climatique du Groupe Banque mondiale, IFC aligne ses critères sur ceux de l’Accord de Paris sur le climat, ce qui aidera ses clients et les pays à passer à des modèles de développement à faible émission de carbone. «Nous avons déjà adopté  trois approches. Premièrement, nous établissons des normes pour responsabiliser les entreprises et augmenter la taille du marché. Deuxièmement, nous aidons nos clients à adopter de nouvelles technologies et de nouveaux modèles commerciaux, en favorisant la décarbonisation dans tous les secteurs. Et troisièmement, nous mobilisons un vaste réseau de partenaires de développement et de banques de développement multilatérales. Mais nous avons besoin de beaucoup plus pour faire face à la crise monumentale qui se déroule. Il nous faut un mouvement unifié d’institutions publiques et privées qui, ensemble, donneront naissance à la nouvelle économie climatique. Une économie dans laquelle chacun peut vivre en toute sécurité et prospérer. À IFC, nous nous tenons prêts à joindre nos efforts à ceux des gouvernements, des entreprises privées et des institutions ici présentes aujourd’hui pour être à la hauteur de notre réputation et faire résolument avancer les économies africaines vers un avenir vert», a  conclu  M. Cheick-Oumar Sylla.

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