La Tunisie compte parmi les économies performantes et compétitives de la rive sud de la Méditerranée. Actuellement, elle est classée comme deuxième producteur de composants automobiles en Afrique, et ce, grâce aux conjugaisons des efforts de tous les acteurs publics et privés, et surtout, à l’effort d’un tissu industriel dynamique et compétitif.

Dans le cadre des activités de la 8e Conférence internationale de Tokyo sur le développement de l’Afrique (Ticad 8), l’Agence de promotion de l’industrie et de l’innovation (Apii) a organisé un événement parallèle officiel intitulé « Tunisia Ticad Innovation-2022 : le carrefour de l’innovation et des affaires en Afrique ». L’objectif de cet événement est l’appui à la relance post-Covid-19 des PME, notamment dans les secteurs des composants automobiles et aéronautiques et les filières porteuses à forte intensité de savoir et à forte valeur ajoutée. 

Aller au-delà de nos frontières

Dans son intervention, Neila Nouira Gongi, ministre de l’Industrie, des Mines et de l’Energie, a mentionné que l’industrie automobile tunisienne est l’un des principaux leviers du développement économique du pays. Ce secteur est une locomotive pour le tissu industriel national. « Elle peut, également, jouer un rôle stratégique crucial à l’échelle continentale. L’ambition de notre pays pour les PME est grande, et va au-delà de nos frontières. Notre vision, c’est de doter la Tunisie des piliers d’une industrie compétitive, technologiquement avancée et respectueuse de l’environnement pour une croissance solide, inclusive et durable conformément aux recommandations de notre stratégie nationale de l’industrie et de l’innovation à l’horizon 2035 », a mentionné la ministre.

Gongi a également ajouté que cela exige « plus que jamais, dans un contexte de concurrence internationale exacerbée, l’instauration d’un écosystème attractif, notamment pour les secteurs prioritaires et à forte valeur ajoutée identifiés, comme celui de l’industrie automobile, qui a réussi à occuper une position de choix dans la région euro-méditerranéenne ». Selon elle, l’importance du secteur des industries automobiles provient, non seulement des perspectives du marché mondial qui s’annoncent de forte croissance dans les prochaines années, mais également de l’évolution technologique, marquée surtout par l’entrée, avec un rythme exponentiel, de la mobilité électrique et l’industrialisation des voitures autonomes et connectées.

La Tunisie, un hub technologique

En effet, ce secteur compte environ 280 entreprises, dont environ 70% sont totalement exportatrices, assurant environ 94.000 postes d’emplois, avec une valeur d’exportations d’environ 2.5 milliards dollars en 2021.

Le ministère de l’Industrie, des Mines et de l’Energie a procédé conjointement avec le secteur privé à l’élaboration d’un pacte de Partenariat Public Privé (PPP), pour la compétitivité de l’industrie automobile à l’horizon 2027. Ce pacte a été signé, le 6 juillet 2022, entre la présidence du gouvernement et le secteur privé, représenté par la TAA sous l’égide de l’Utica. Ce pacte traduit ainsi les engagements des partenaires publics-privés, arrêtés dans la cadre d’une approche participative avec l’objectif ultime de promouvoir la compétitivité du secteur de l’industrie automobile à l’horizon 2027.

Faire du « site Tunisie » un hub technologique en matière de composants automobiles, une plateforme en matière de production de véhicules électriques, autonomes et connectés, attirer des constructeurs mondiaux de grande envergure, tels sont les objectifs de la Tunisie à travers ce pacte. Parallèlement, le développement de ce secteur peut se faire dans le cadre d’un partenariat stratégique Win-Win, intégré et mutuellement bénéfique avec nos partenaires sur tout le continent africain.

De son côté, Mohamed Mehdi, vice-président de la Chambre de commerce et de l’industrie tuniso-japonaise (Ccitj) a évoqué dans son allocution « qu’avec 7.846.955 unités produites en 2021, le Japon se classe  au 3e rang mondial après la Chine et les Etats-Unis, avec une part de marché de 9.8% ».

Il a, par ailleurs, ajouté que les activités mondiales des constructeurs automobiles japonais continuent de se développer, en se concentrant sur la fabrication sur place pour répondre aux besoins des marchés locaux. « Il s’agit d’opérations indépendantes, de co-entreprises ou de partenariats techniques, les activités de fabrication locale sont menées dans de nombreux pays. La production à l’étranger des constructeurs automobiles japonais a atteint 15,38 millions d’automobiles », a-t-il fait savoir.

Diverses formes de partenariat

Mehdi a, d’autre part, souligné, qu’avec la mondialisation de l’économie, les constructeurs automobiles japonais se sont rapidement adaptés aux besoins des différents marchés, non seulement en déplaçant la production vers ces marchés, mais aussi, en forgeant de vastes alliances avec des constructeurs internationaux ou locaux. « Il existe actuellement diverses formes de partenariat, notamment en matière de capital de technologie, R&D, production environnement et sécurité, et également des liens de coopération en matière de commercialisation », a-t-il assuré.

Le Japon compte également plusieurs fournisseurs d’équipements d’origine de premier ordre. Parmi les 100 plus importants FEO au monde, 23 sont japonais. Ces derniers ont réalisé un chiffre d’affaires consolidé de 210,5 milliards de dollars en 2020. Les fournisseurs d’équipements d’origine japonais ont accompagné le développement à l’international des constructeurs automobiles. Les constructeurs automobiles japonais sont présents indirectement en Tunisie à travers des distributeurs indépendants : Toyota, Honda, Mitsubishi, Suzuki, Isuzu. Au stade de la production, les acteurs japonais sont présents en tant que fabricants d’équipements d’origine: Yazaki et Sumitomo. Ces derniers offrent actuellement environ 7.500 postes d’emplois directs. 

La Tunisie a accueilli, dans le cadre de la Ticad 8, plusieurs délégations du secteur automobile japonais : une bonne occasion pour le secteur privé pour nouer des partenariats. La Chambre de commerce et de l’industrie tuniso-japonaise travaille activement pour faciliter les échanges. L’écosystème peut être un catalyseur pour rendre ces partenariats possibles. L’essor du secteur automobile africain, boosté par les changements des habitudes à la consommation, les réformes réglementaires, la croissance économique et la croissance démographique, est une opportunité qui s’offre aux acteurs tunisiens.

Gerog Felsheim, chef de mission adjoint à l’ambassade d’Allemagne en Tunisie, a révélé, pour sa part, que la Ticad reste une référence sur le plan des grandes rencontres en matière du développement. L’Afrique s’est donné des objectifs de développement ambitieux. L’Allemagne est déterminée, aux côtés de ses partenaires européens et internationaux, à soutenir les pays africains dans leurs efforts.

« Dans sa politique de coopération, l’Allemagne met l’accent sur le développement économique durable en Afrique, un développement inclusif et équitable, créateur d’emplois et de perspectives, surtout pour la jeune génération. Pour soutenir la croissance économique et pour offrir des perspectives professionnelles, l’Allemagne encourage le secteur privé à réaliser des investissements durables en Tunisie. C’est justement l’un des objectifs du « Compact with Africa », lancé sous la présidence allemande du G20 en 2017. A travers l’initiative « Invest for Jobs », «nous développons, conjointement avec des entreprises et des investisseurs allemands, européens et tunisiens, des projets de partenariat pour la formation et pour l’emploi », a expliqué Felsheim.

C’est dans ce cadre qu’interviennent deux projets de la GIZ en Tunisie pour promouvoir l’investissement et une économie durable et dynamique dans les secteurs automobile et aéronautique ainsi que dans l’industrie 4.0, le secteur digital et l’intelligence artificielle. L’objectif consiste à renforcer les secteurs automobile et aéronautique. C’est exactement dans cette logique que l’événement « Tunisia Ticad Innovation 2022 » vise à appuyer la relance post-Covid des PME et des start-up innovantes, notamment dans les secteurs des composants automobile et aéronautique. « Tous ensemble, en unissant nos efforts, nous parviendrons à faire progresser l’Afrique sur la voie du développement durable et inclusif », a conclu Gerog Felsheim.

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