Les jours et les mois se suivent, et rien de nouveau ne vient insuffler cet espoir qui fait vivre. Le citoyen lambda est obligé de parcourir les marchés pour acheter ce dont il a besoin pour assurer une vie presque normale à sa famille.

Ce n’est toujours pas facile dans cette ambiance morose qui engloutit dans ce tourbillon quotidien les plus endurcis et qui fait tourner les têtes des plus optimistes.

Sur les journaux, il faudrait chercher vraiement une petite information pour oser sortir le nez de cette cascade de mauvaises nouvelles qui poussent les plus endurcis à se demander ce qu’ils continuent à faire dans ce magma infernal: incendies, inflation, pénuries, grève générale qui menace (dans quel but ?); piquets de grèves un peu partout, routes coupées, distributions d’eau interrompues, etc.

Une qualité souvent douteuse

Dans les marchés, et plus exactement autour de ces marchés, on a l’impression que ceux qui vous proposent leurs marchandises, à la qualité souvent douteuse, surtout du côté des fruits, ne sont pas du tout assez contents de vous la fourguer à des prix dépassant tout entendement. Des réponses brèves et un ton agacé. Pas un sourire, ils vous interdisent de faire la moindre remarque. Si vous demandez le prix, (l’affichage des prix ne figure plus depuis belle lurette), on vous répondra si vous prenez la peine de le demander une demi-douzaine de fois. Et sur quel ton!

Au guichet d’une recette ou une administration, devant laquelle vous vous présentez après avoir bien poireauté au soleil, la chemise trempée de sueur, vous devez patienter que l’agent de service réponde au téléphone, qu’il déserte son poste, sans même s’excuser, s’absente un bon bout de temps pour revenir et …vous annoncer qu’il faudrait revenir demain parce que celui qui fait ce travail est en congé. Dans ces grandes surfaces, dont l’Etat a encouragé l’implantation pour rapprocher les services des citoyens et leur permettre de grouper leurs achats tout en bénéficiant des meilleurs prix, c’est le coup de bambou qui attend. Sous l’œil… impassible des organisations chargées de défendre les consommateurs. Il faudrait reconnaître que l’on est occupé, par ailleurs, de chercher où se ravitailler en café, sucre, huile, riz et autres den￾rées de première nécessité.

Des pénuries cycliques

Pour vous expliquer les raisons de ces pénuries cycliques, préparant une nouvelle révision des prix, on ose insulter l’intelligence du citoyen en racontant n’importe quoi. L’histoire des prix des viandes blanches qui ont atteint, ces dernières semaines, des prix record est un exemple parfait de cette légèreté. De toutes les façons, il faudrait dorénavant citer le nom de ces «sociétés» qui sont confondues. Façon de leur faire perdre la confiance de leur clientèle grugée. Sans cela, elles s’en tireraient sans grand dommage, quelle que soit la sanction prise à leur encontre.
C’est comme les promesses jamais tenues de surveiller de près les importations superflues qui nous coûtent des devises et des emplois avec la destruction systématique de bien des outils de production, dont beaucoup ont mis la clé
sous le paillasson. Les spéculateurs, ces « lobbys » qui continuent à écumer la scène, imposent une étreinte impitoyable sur les consommateurs, en exigeant «leurs» prix à la vente, gagnent en assurance avec des autorités qui donnent l’impression de baisser les bras. Comment comprendre autrement ce qui se passe au niveau de ces dépôts légaux ou anarchiques lorsqu’on voit ce qui se passe: des produits hors de prix et une qualité parfaitement dommageable pour la santé des consommateurs sont actuellement écoulés. Surtout au niveau des pêches.
Des fruits véreux que l’on propose à la vente sans que personne ne bouge le petit doigt? Où sont les autorités sanitaires ?

L’impunité qui encourage

Et ce n’est pas seulement les vendeurs à la sauvette, ces revendeurs anarchiques qui sillonnent les rues, partout, dans le pays, contribuant par voie de conséquence à consolider les pouvoirs de ces lobbys qui, sans eux, ne seraient pas aussi puissants. Les stands de ceux qui sont à l’intérieur des marchés exposent également ces mêmes produits de très mauvaise qualité. Dans l’impunité totale. Le doute plane sur toute la chaîne qui s’est fixé la tâche de ratisser large pour s’accaparer les productions, contrôler la distribution et décider du devenir de leurs marchandises soigneusement cachées. Ces réseaux, mis en place pour tenir en main le marché, se passent le mot et se soutiennent en injectant en quantités bien étudiées leurs marchandises, de façon à ne laisser aucune alternative au consommateur.
Nous avons, sur ces mêmes colonnes, suggéré de confier, de responsabiliser les gouverneurs qui auront à contrôler la création de ces dépôts et entrepôts frigorifiques pour en faire de véritables supports à la production agricole.
Ces dépôts et ces chambres froides, dont l’Etat a encouragé la création en 1978, sont devenus des entraves mortelles pour l’économie nationale. Au lieu de les prendre sérieusement en main, de les encadrer pour leur faire jouer un rôle positif, nous entendons, sans qu’il y ait de réaction de la part du département concerné, un «responsable» annoncer que ceux qui possèdent des entre￾pôts et des dépôts «ont peur de voir leurs marchandises prises en charge saisies»!
Il y a quand même des responsables honnêtes dans ce pays et les propriétaires des lieux de stockage légalement déclarés, respectant les cahiers des charges, dont les mouvements sont clairs et sans équivoque, ne pourront jamais être inquiétés. Ceux qui ont peur sont bien ceux qui écument les marchés et faussent toutes les données.

Un milieu ambiant infecté

Il faut croire que les choses ne sont pas claires à ce niveau et les futures sociétés régionales citoyennes à créer pourraient aider à assainir ce milieu ambiant infecté jusqu’à la moelle. Bien entendu, sans verser dans « l’administrite», le favoritisme et le copinage, et la mise en place d’une administration lourde et coûteuse.
Ce serait le meilleur service à rendre à ce consommateur qui ne sait plus où donner de la tête.
C’est comme ces grandes surfaces qui ne pensent qu’à leurs chiffres d’affaires et au bilan flatteur qu’elles publieront en fin de gestion.
Les prix ne sont plus des références. Bien au contraire, il est devenu courant de n’y aller que par contrainte. Les rayons poissons (pour les nantis), viandes rouges (pour les gens qui ne regardent pas à la dépense), volailles (pour ceux qui voudraient encore croire qu’ils ont les moyens de survivre) sont plus chers qu’ailleurs et ne sont plus aussi bien achalandés. D’ailleurs, il n’y a plus foule et on doit attendre un bon moment pour que le vendeur affecté vienne répondre à une question. Pour la bonne raison qu’on l’affecte sur deux rayons pour le faire travailler.
Pour résumer, les réunions, les séminaires, les manifestations internationales sont certes bonnes pour l’image du pays, mais ceux qui viennent en visiteurs ou plutôt ceux qui reviennent finissent par remarquer que le Tunisien a perdu le sourire. Comment le lui rendre?

Des initiatives à prendre

Certainement pas avec les seuls festivals où on ressasse les mêmes chansons et auxquels on invite des «vedettes» en perdition. Même pas avec des slogans et des déclarations de presse. Mais bien avec des initiatives à prendre sur le terrain. Des actes concrets, des mesures qui feraient réfléchir ceux qui sont tapis à l’ombre de leurs forfaits aux dépens des consommateurs qui ne savent plus où donner de la tête. Des consommateurs qui n’ont plus qu’un réflexe de survie: écumer les rayons des grandes surfaces pour acheter en masse et déséquilibrer un marché déjà bien frileux. Mais… lorsque nous entendons le Président Macron dire aux Français que «la vie de l’opulence est derrière nous», que des milliers d’entre eux ne peuvent plus respirer l’air de leur pays et le quittent
pour le Canada, que des… millions d’Américains n’ont plus confiance et sont partis s’installer au Mexique, que toute l’Europe se prépare à trembler de froid à la suite de ce qui se passe entre la Russie, l’Ukraine et l’Occident, que les traces et conséquences qui ont fait suite à la pandémie sont encore en partie ingérables, nous comprenons que les Tunisiens quittent les grandes surfaces avec des caddies pleins à craquer. Nous comprenons dès lors le sens du bon vieux dicton chinois : « La nourriture est le paradis des peuples ». Tant qu’il y a de la vie (même anormale), il y a de l’espoir.

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