Inflation, réformes économiques et grogne sociale : Tensions et colère en vue !

Le gouvernement se doit de garder un œil sur le thermomètre social, indépendamment des négociations avec la centrale syndicale. L’accord avec l’Ugtt pour la suite est primordial, mais il n’est pas suffisant. En effet, la rue n’est pas une organisation et ses soubresauts ne préviennent pas.

À l’heure où l’inflation atteint des proportions inquiétantes, et à l’heure où la Tunisie s’apprête à engager un train de réformes en partenariat avec le principal prochain bailleur de fonds, le FMI, la colère sociale mijote lentement dans une marinade de profonde crise politique parfois sournoise. Après un premier agacement presque anecdotique lié à la hausse des prix de certains produits, il y a eu comme une sorte de normalisation avec la généralisation de l’inflation, mais toujours avec une exaspération latente. En pleine rentrée scolaire, l’explosion des prix se répercute immédiatement sur le porte-monnaie et le pouvoir d’achat de la classe moyenne et des familles à faible revenu.

Ces derniers jours, dans un certain nombre de quartiers populaires, la tension est palpable. Nuitamment, des marches de protestation dans lesquelles des femmes crient leur ras-le-bol, commencent à émerger, nécessitant parfois l’intervention des forces de l’ordre pour rétablir le calme.

Les prémices d’une explosion sociale ?

Ces manifestations, certes sporadiques, seraient peut-être les prémices des répercussions sociales que pourrait avoir la mise en œuvre des réformes du gouvernement. En effet, nous avons pris l’habitude, depuis quelques années de vivre des épisodes de tension, mais généralement entre le mois de décembre et le mois de janvier. Si la colère sociale commence à pointer le bout de son nez dès le mois de septembre, c’est que la situation est préoccupante et annonciatrice d’un hiver rude. Pour ne rien arranger, les prix de l’énergie flambent, et un hiver froid, s’il est accompagné par une crise d’approvisionnement en gaz ou un bond des prix de l’énergie comme attendu en Europe, pourrait mettre le feu aux poudres.

Bien que le programme de réformes sur lequel devrait s’engager le gouvernement Bouden auprès du FMI prévoie des mesures d’accompagnement pour diminuer la facture sociale, il n’en demeure pas moins vrai que toutes les options sont possibles. Le gouvernement se doit donc de garder un œil sur le thermomètre social, indépendamment des négociations avec la centrale syndicale. L’accord avec l’Ugtt pour la suite est primordial, mais il n’est pas suffisant. En effet, la rue n’est pas une organisation et ses soubresauts ne préviennent pas.

Une situation extrêmement tendue

Contacté par le journal La Presse, le porte-parole du Forum tunisien des droits économiques et sociaux, Romdhane Ben Amor, a estimé que la situation sociale est extrêmement tendue et le discours du pouvoir n’est pas du tout adapté à la crise que traverse le pays.  «A moyen terme, le discours consistant à imputer tout ce qui ne va pas aux complotistes n’est pas une bonne stratégie», précise-t-il, tout en ajoutant que les responsables politiques semblent aujourd’hui dans le déni et ne vont pas au contact des citoyens. Il rappelle notamment que les différents responsables, aussi bien du pouvoir central que du pouvoir régional n’affrontent pas aujourd’hui l’opinion publique et rechignent à prendre la parole dans les médias.  «Dans les régions, indique Romdhane Ben Amor, la tension à pour principale origine la détérioration des services publics dans tous les domaines et la mauvaise gestion de la crise».

Sur le plan politique, notre interlocuteur déplore l’absence d’une stratégie, tout en notant qu’un éventuel accord avec l’Ugtt n’est nullement une assurance de paix sociale. Il indique également que le pouvoir central est concentré sur les prochaines échéances électorales et la réforme politique, alors que les défis actuels sont autres.

«Il faut comprendre que jusqu’à présent, nous naviguons à vue, et nous ne savons pas comment le gouvernement entend boucler son budget jusqu’à la fin de l’année en cours, assène le porte-parole du Ftdes. Nous vivons peut-être un des trimestres [le quatrième trimestre] les plus difficile de ces dernières années».

À ce titre, il met en garde contre une possible escalade des mouvement sociaux qui pourraient se transformer en protestations violentes.

Laisser un commentaire