Le gouvernement tunisien a annoncé, samedi dernier, une nouvelle hausse des prix du carburant. La quatrième au cours de cette année, dans le cadre d’un programme d’ajustement des prix des produits pétroliers.

L’essence super sans plomb, le gasoil sans soufre et l’essence ordinaire ont enregistré une augmentation de 70 millimes par litre chacun. Le prix du litre d’essence super sans plomb passe ainsi à 2,400 dinars (75,2 cents) le litre, tandis que le prix du gasoil sans soufre est passé à 2,080 dinars (65,2 cents) le litre, soit une augmentation de 70 millimes.

Cette hausse des prix vient s’ajouter à une pénurie touchant plusieurs produits de première nécessité, dont les huiles, le lait et le sucre. Et confirme le constat établit par diverses organisations nationales et internationales quant à la qualité de la vie en Tunisie.

Classée à la 120e place sur 142 pays par le «World Hppiness Report», la Tunisie est loin d’être un endroit où il fait bon vivre. Son peuple n’est pas à l’abri des conséquences y afférentes.

Les psychiatres ne cessent de tirer la sonnette d’alarme, faisant état d’une nette augmentation des cris de détresse psychique. Avec un taux d’inflation de plus de 8%, un taux de pauvreté de près de 20%, un taux de chômage de 20% ou presque et une moyenne annuelle de près de 20.000 cas de divorce, le constat est on ne peut plus amer. Pourtant, l’on se dore encore la pilule du côté des gouvernants.

Ce n’est là que le comble de la stupidité

Il est un fait : quand on aborde des thèmes aussi graves et complexes, comme ceux  de l’économie, de la santé et de l’éducation, avec le mélo de la téléréalité et non avec la rigueur des économistes et la pertinence des sociologues, le résultat ne peut être qu’amplement décevant : la période des vaches maigres s’allonge et appauvrit les hommes sur tous les plans.

Aujourd’hui que tous les clignotants sont au rouge, aujourd’hui qu’il y a péril en la demeure dans l’acception la plus large du terme, il devient plus qu’impératif de comprendre de l’intérieur les ajustements en cours de la société tunisienne. « Qu’ils frisent le désespoir ou qu’ils s’ouvrent sur de réelles promesses », ces mêmes ajustements sont à déchiffrer avant qu’il ne soit tard.

Camaïeu de gris

Les dérives successives de Tunisiens désespérés, loin d’être des cas isolés comme le laissent entendre certains commentateurs, renseignent autant, non seulement sur la descente aux enfers d’une nation, mais aussi sur les banqueroutes multiformes affectant le pays et une grande partie de son peuple.

L’extrême pauvreté, l’appauvrissement des masses, le malheur ambiant, les cris de détresse, somme toute la déchéance sociale, seraient l’aboutissement logique de politiques à peu près identiques, pour plus d’une décade. Des politiques ressemblant à un camaïeu de gris. Une politique politicienne qui n’est que l’apanage de politicards qui versent pas dans la paranoïa.

Mais n’a-t-on pas dit un jour que « pour étouffer par avance toute révolte, il ne faut surtout pas s’y prendre de manière violente… Il suffit de créer un conditionnement collectif si puissant que l’idée même de révolte ne viendra même plus à l’esprit des hommes »,  dixit Günther Anders, philosophe allemand.

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