Depuis la mort de la jeune kurde iranienne de 22 ans, Mahsa Amini, le 16 septembre, les Iraniens battent le pavé dans les rues de la capitale Téhéran et d’une centaine de villes du pays. Dans la douleur et la colère, les belles Iraniennes se coupent les cheveux dans la rue et brûlent le hijab imposé.

Des manifestations réprimées par les armes. Le bilan des victimes ne cesse de s’alourdir. Selon les chiffres officiels, 41 personnes. Beaucoup plus, rétorque l’ONG Iran Human Rights qui fait état d’au moins une soixantaine de personnes tuées par balles.

Le pouvoir iranien, qui se targue de ne faire preuve d’aucune indulgence, tire à bout portant sur la foule, en fustigeant au passage l’Occident. Parmi les victimes, une autre jeune femme, d’à peine 20 ans, Hadis Najafi, devenue avec ses boucles blondes le deuxième visage de la révolte. Elle aussi a été tuée, de six balles, après avoir ôté le voile et protesté contre la mort violente de sa compatriote Mahsa, devenue icône posthume d’un peuple brutalisé et muselé qui étouffe.

Les jeunes épris de liberté, les artistes et les femmes sont les cibles privilégiées du clergé iranien et de sa redoutable police des mœurs. Mahsa Amini a été interpellée dans la rue, frappée devant son frère, emmenée au poste et battue jusqu’à ce que mort s’ensuive. En cause, un voile jugé «inapproprié». Tuée pour quelques mèches qui dépassent !

Voilà le sort du peuple iranien trahi. Après avoir cru en sa révolution menée de front avec les intellectuels libéraux et les militants de gauche, évincés depuis, emprisonnés et assassinés, il ploie sous le joug d’un establishment religieux et totalitaire. Depuis 1979, date de la prise de pouvoir par Khomeiny et la proclamation de la République islamique, le pays n’est plus qu’une immense prison où il est interdit de s’habiller comme on veut, de chanter, de boire de l’alcool, d’organiser une fête, d’avoir un chien de compagnie, de voyager, de regarder un match en couple… Plus de 70 filières universitaires sont interdites aux femmes. Les moindres faits et gestes des hommes et des femmes sont épiés, la joie de vivre est traquée, toute forme de création artistique est proscrite. Gare à celui et celle qui sort des limites édictées par les guides suprêmes et les mollahs, sous peine de lourdes représailles. Dans cette contrée berceau d’une grande civilisation, la vie des Iraniens, depuis près d’un demi-siècle, y est morne et insipide, régulée par une liste infinie d’interdictions et recouverte d’une pesante chape de plomb ne laissant pas passer la lumière.

Ainsi vont les révolutions dans cette partie du monde dit islamique et arabe, elles font reculer les peuples au lieu de les faire avancer. Thomas Jefferson, troisième président des Etats-Unis d’Amérique, l’un de ses pères fondateurs et rédacteur de la Déclaration d’indépendance américaine, avertit ses compatriotes, et par-delà la géographie et le temps, les esprits libres; le prix de la liberté, c’est la vigilance éternelle.

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