La Tunisie pourrait presque être considérée comme une exception, dans un monde qui tend de plus en plus vers la digitalisation. Sous d’autres cieux, vous ne pouvez pas payer par chèque et encore moins avec du cash, tout est dématérialisé.

Il y a quelques jours, la Banque Centrale a publié son premier bulletin périodique, pour diffuser dorénavant l’information financière de manière transparente et claire en direction de l’ensemble des parties prenantes.

Un document très ergonomique et qui a d’ailleurs l’avantage d’être parfaitement intelligible.

À travers sa nouvelle politique de communication, la BCT viserait notamment à appuyer « le développement des paiements digitaux consacrant la stratégie de la Banque centrale de Tunisie adoptée à l’effet pour promouvoir l’inclusion financière et le decashing ».

Ce premier document communique des informations très intéressantes sur le comportement financier des Tunisiens.

Parmi ces précieuses informations, une en particulier a attiré l’attention : celle de la quantité phénoménale de chèques rejetés. Selon la BCT, en effet, le nombre de chèques rejeté a bondi à 17,7% au 1er trimestre 2022. Un chiffre énorme certes, mais en valeur cela ne représente heureusement que 2,47% de l’ensemble des transactions en valeur par chèque.

En clair, sur 12 millions de chèques émis, plus de deux millions de chèques sont rejetés.

Le chiffre est impressionnant certes, mais qui reste à relativiser, puisque l’utilisation du chèque en elle-même a augmenté de 17%.

En valeur, sur une valeur totale de chèques émis de 56 065 milliards de dinars, les rejets représentent une valeur d’environ 1.385 milliards de dinars. L’économiste Abdelkader Boudrigua fait remarquer, à ce sujet, que l’utilisation des chèques en elle-même est outrancière.

Il note ainsi que 80% des transactions se font par chèque, et c’est là un véritable souci. « Le chèque n’est pas un mode de paiement sécurisé avec un risque élevé de rejet, explique l’économiste. En Tunisie, le chèque n’est pas utilisé uniquement comme moyen de paiement, il est essentiellement utilisé en tant que moyen de paiement à terme et donc de crédit ».

La Tunisie pourrait presque être considérée comme une exception, dans un monde qui tend de plus en plus vers la digitalisation. Sous d’autres cieux, vous ne pouvez pas payer par chèque et encore moins avec du cash, tout est dématérialisé.

« Le paiement par chèque est un réflexe culturel, explique Abdelkader Boudrigua. Mais il ne faut pas non plus oublier que l’usage accru des chèques traduit l’un des maux de notre économie, celui du financement autant pour les particuliers que pour les entreprises ».

L’augmentation de 17% de l’utilisation des chèques est donc le signe d’une situation financière compliquée. Pour pouvoir acheter, un citoyen lambda, ou un patron de PME, ne dispose pas des fonds nécessaires. Il est donc contraint de faire usage de son carnet de chèques pour payer à terme.

Selon les services du ministère de la Justice, ils seraient plus de 400 personnes à être incarcérées dans les prisons tunisiennes pour avoir émis des chèques sans provision.  Près de 8.000 affaires relatives à des chèques sans provision seraient instruites chaque mois dans nos tribunaux.

L’article 411 du Code du commerce stipule que toute personne qui émet un chèque sans provision est passible de 5 ans de prison. Le 10 février 2022, le Président de la République a décidé par décret une amnistie générale en faveur des personnes poursuivies pour délit d’émission de chèques sans provision.

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