Malgré les performances réalisées, d’importants potentiels demeurent inexploités sur le marché africain. Les échanges commerciaux intra-africains ne dépassent pas actuellement 13% de leur commerce total avec le reste du monde et le taux d’exportation intra-africain ne représente que 15% de l’activité totale du continent, ce qui nécessite la conjugaison des efforts de tous les intervenants pour améliorer le climat des affaires dans l’objectif d’accroître les courants d’échanges entre nos pays et favoriser l’intégration africaine. C’est pour ces mêmes raisons que s’est tenue la conférence internationale «Comesa-Tunisia Business Women Days» sur le développement des échanges commerciaux réalisés par les entreprises dirigées par des femmes tunisiennes et des femmes d’autres pays africains.

Une conférence internationale «Comesa-Tunisia Business Women Days» sur le développement des échanges commerciaux  réalisés par les entreprises dirigées par des femmes tunisiennes et des femmes d’autres pays africains, notamment celles membres du Comesa, en en partenariat avec le ministère du Commerce et du Développement des exportations et le Centre de promotion des exportations (Cepex), les projets «Promotion des activités d’exportation vers de nouveaux marchés de l’Afrique subsaharienne» (Pema II) et «Appui aux accord commerciaux avec l’Afrique» (Aaca) visent, entre autres, à soutenir les femmes tunisiennes et africaines dans leurs activités d’exportation mutuelles dans le cadre de l’Accord du marché commun de l’Afrique orientale et australe (Comesa) et mandatés par le ministère fédéral allemand de la Coopération économique et du Développement (BMZ) et mis en œuvre par la GIZ Tunisie, a été organisée les 29 et 30 septembre à Tunis. Cette conférence vise à mettre en évidence le rôle important des femmes dans le commerce en Afrique et plus particulièrement dans le cadre de l’Accord du Comesa.

Financement et investissement

Dans ce contexte, Mourad Ben Hassine, président-directeur général du Cepex, a déclaré que «cette rencontre constitue, indubitablement, une occasion idoine pour débattre des avantages et programmes offerts par le Comesa, ainsi que les “Success Stories” autour du programme que le Cepex a engagé avec nos partenaires de la Coopération allemande (GIZ) dans le cadre du Programme Pema II. Ce rendez-vous a, également, pour objectif de mettre en évidence le rôle important des femmes dans le commerce en Afrique, et plus particulièrement dans le cadre de l’accord établissant le Comesa. Il est aussi un jalon important qui assure un «networking» entre les femmes africaines entrepreneuses dans la région de l’Afrique orientale et australe».

En effet, les thématiques prévues permettront de les informer des différents avantages et opportunités qui leurs sont offerts, notamment, dans le domaine du financement, l’investissement, du programme genre…

Ben Hassine a souligné, également, que la Tunisie, qui est déjà très active au sein du Comesa, joue un rôle important dans la promotion de l’entrepreneuriat féminin en général, et œuvre activement pour la consolidation de la dimension genre dans les activités du Comesa. «Cela s’est notamment traduit par le fait que la Chambre nationale des femmes cheffes d’entreprises (Cnfce) est devenue un partenaire stratégique du «Comesa Federation of Women in Business» (Comfwb), pour toute l’Afrique du Nord et se veut partie prenante active pour catalyser le développement et booster l’intégration commerciale entre les pays de l’Afrique orientale et de l’Afrique australe» a-t-il précisé.

Le commerce intra-africain demeure faible

Malgré les performances réalisées, d’importants potentiels demeurent inexploités sur le marché africain, des échanges commerciaux intra-africains ne dépassent pas actuellement 13% de leur commerce total avec le reste du monde et le taux d’exportation intra-africain ne représente que 15% de l’activité totale du continent, ce qui nécessite la conjugaison des efforts de tous les intervenants pour améliorer le climat des affaires dans l’objectif d’accroître les courants d’échanges entre nos pays et favoriser l’intégration africaine.

La Tunisie a privilégié le développement de ses partenariats au sein du continent africain en adoptant une démarche concrète et factuelle, avec un objectif de doubler ses flux d’échanges avec ses voisins africains, et ce, à travers la conclusion de l’accord sur la Zone de libre-échange continentale africaine, l’adhésion au Comesa et l’obtention du statut d’observateur auprès de la

Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao).

«A ce titre, le Cepex dispose actuellement d’un réseau de représentations commerciales internationales composées de 15 bureaux. Conscient de l’importance du marché africain et des opportunités réelles et la nécessité de créer des points de relais pour développer des courants d’échanges, le Cepex a renforcé son réseau de représentations commerciales au cours des trois dernières années avec cinq nouveaux bureaux sur le continent africain, en l’occurrence au Kenya (Nairobi), en RDC (Kinshasa), en Côte d’Ivoire (Abidjan), au Cameroun (Douala) et au Nigeria (Abuja). Nous œuvrons actuellement à son élargissement en focalisant sur les marchés à fort potentiel en termes d’échanges commerciaux et de partenariats Win-Win», a fait savoir le premier responsable du Cepex. Il a, également, mis en avant les importantes mesures en faveur du développement des échanges commerciaux avec les pays africains qui ont été prises ; telles que l’octroi d’avantages spécifiques pour soutenir la concrétisation des opportunités avec les opérateurs économiques africains et le soutien accordé aux entreprises tunisiennes pour atténuer les difficultés logistiques qui pèsent encore sur le rythme des échanges.

De nouveaux programmes…

Il a, par ailleurs, poursuivi : «A titre indicatif, au cours de l’année 2021, nous avons notamment réussi à accroître le volume des échanges avec les pays de l’Afrique subsaharienne de 23% et d’augmenter nos exportations de 27.6%. Sur un autre plan, le Cepex a lancé au cours de l’année 2022, en partenariat avec le projet Pema II, un nouveau programme pour la création de consortiums des entreprises dirigées par des femmes pour le développement des exportations en Afrique subsaharienne. Ce projet témoigne, à juste titre, de l’intérêt qu’accorde le Cepex aux initiatives visant à soutenir de nouveaux exportateurs et vise à promouvoir le partenariat féminin en Afrique. Dans ce cadre, un programme de renforcement de compétences de 80 femmes tunisiennes cheffes d’entreprise engagées dans le projet, a été lancé depuis mi-avril 2022 et se poursuit jusqu’à fin novembre 2022, et ce, afin de proposer des modèles organisationnels des quatre consortiums sélectionnés à savoir ; artisanats et cosmétiques, TICs, services aux entreprises et organisations, agroalimentaire et agriculture».

Il a annoncé que le Cepex a reçu dans ce cadre, le 27 septembre 2022, ce groupe des femmes cheffes d’entreprise pour un «Study-tour», afin de s’enquérir des services rendus par le Cepex au profit des entreprises pour la promotion des exportations et de partager l’expérience avec les GIEs du Pema I.

La prochaine phase du projet, qui s’étalera sur 2023, vise à finaliser la création juridique des 4 consortiums et d’élaborer des plans d’action export par consortium et de les implémenter, et un guide de capitalisation.

Sur un autre plan, il y a lieu de préciser que le Cepex a engagé un élan de coopération avec plusieurs centres homologues en Afrique pour partager son expérience et son savoir-faire accumulés durant 50 ans d’existence. Le Cepex a, notamment, conclu un accord avec l’Agence guinéenne de promotion des exportations (Aguipex) pour la mise en œuvre d’un programme complet de développement avec le soutien de la Banque islamique de développement (BID). Cet accord sera mis au service de toutes les organisations concernées des pays du Comesa pour tisser des liens de coopération et de partenariat.

2e édition des rencontres d’affaires «Tunisia Africa Business Meetings»

A cette occasion, Ben Hassine a annoncé que le Centre de promotion des exportations organisera, en collaboration avec l’Agence Allemande de Coopération Internationale GIZ, la deuxième édition des rencontres d’affaires «Tunisia Africa Business Meetings», et ce, du 6 au 8 décembre 2022 à Tunis. «Ces rencontres ont pour objectif le renforcement des échanges intra-africains, et on prévoit de réaliser plus de 1.000 contacts d’affaires à travers la participation de 200 entreprises tunisiennes et 100 opérateurs économiques provenant de 20 pays de l’Afrique subsaharienne», a-t-il précisé.

Dans son allocution, le directeur pays (Tunisie et Libye) de Deutsche Gesellschaft für Internationale Zusammenarbeit (GIZ), Manfred Horr, a révélé «cette opportunité m’a permis de participer à des échanges qui visent un sujet d’une telle importance. Ce qui nous a réuni aujourd’hui, malgré la discussion actuelle sur les forces et surtout les faiblesses des chaînes de valeur globales, est que, il n’y a aucun doute, le commerce international constitue une force motrice de l’économie globale tout comme de l’intégration régionale… Il est, en effet, un des piliers portant d’une économie nationale bâtie sur les principes de l’égalité et de la durabilité. Et il n’y a pas non plus, le moindre doute que le rôle des femmes et de l’entrepreneuriat féminin revêt une importance primordiale dans cet enjeu économique ambitieux». 

Selon des estimations récentes, en Afrique, le commerce transfrontalier permet de générer un revenu pour plus que 40% de la population totale du continent. Et les femmes y occupent une place de choix, comme les chiffres suivants le témoignent de manière impressionnante : à peu près 80% des commerçants informels sont des femmes. Et enfin, avec 26%, le taux des femmes entrepreneurses en Afrique est le plus élevé du monde.

Accès difficile aux crédits…

Selon Horr, «malgré cette position économique avantageuse, les femmes n’arrivent pas à bénéficier des gains commerciaux de la même manière que les hommes. Cela est dû à un cocktail amer d’obstacles non tarifaires auxquels les femmes se voient confrontées tout au long du parcours administratif propre au commerce international, tels que : des délais d’attente importants suite à des procédures fastidieuses au niveau des contrôles douaniers, ou bien, l’accès difficile aux informations par rapport aux formalités administratives, aux nouvelles opportunités de marché, ou bien par rapport à l’accès au crédit».

Horr a ajouté que dans le cadre de la coopération internationale, l’enjeu consiste ainsi à éliminer à long terme, les inégalités structurelles, tout comme les pratiques discriminatoires sur le terrain qui pèsent sur la participation égale des femmes aux échanges de biens. A ce titre, et dans les programmes de la coopération technique allemande qui portent sur la promotion du secteur privé, la GIZ se propose de mettre un accent particulier à renforcer la participation des femmes au commerce international.

«Sur le plan global, en 2021, l’engagement de la GIZ a ainsi permis à plus de 65.000 femmes de trouver un nouvel emploi et plus de 1,5 million de femmes ont pu améliorer leurs revenus grâce à l’appui technique apporté par nos projets. Sur le continent africain et dans la région Mena, nous avons réussi à tisser tout un réseau de projets bilatéraux et régionaux visant à intégrer l’égalité des sexes et à consolider le rôle des femmes sur le triple plan politique, économique et social. Pour illustrer ce constat avec quelques exemples de notre portefeuille actuel : à  travers le projet régional «WoMena», on ambitionne de renforcer le rôle des femmes et leurs droits fondamentaux dans le domaine politique et économique. Grâce à l’introduction de l’approche de la diversité des genres le «Gender Diversity Management» dans la gestion des ressources humaines du secteur privé, on a réussi à créer de nouvelles opportunités d’emploi pour des femmes dans des centaines d’entreprises en Egypte, en Jordanie, au Maroc et en Tunisie», a souligné Horr.

Une approche inclusive du genre

Horr a, aussi, précisé «quant à la GIZ Tunisie, pour ramener la perspective sur notre pays hôte, notre portefeuille compte actuellement 29 projets qui intègrent les différents aspects du genre. Le projet “Inclusion Financière”, vise à faciliter l’accès des femmes entrepreneuses tunisiennes aux services financiers locaux. Il y a, également, le projet Pema, qui est à l’origine de cette conférence, il a encadré 80 femmes entrepreneuses tunisiennes dans leurs efforts à lancer ou bien à augmenter l’exportation des biens vers des pays destinataires en Afrique subsaharienne».

Depuis presque trois décennies, la communauté économique régionale Comesa s’engage à surmonter les barrières commerciales en Afrique australe et orientale. Ainsi, le Comesa contribue à la prospérité économique de ses 21 pays membres. Alors que le Comesa tourne à plein régime, il convient d’évoquer aussi les efforts importants déployés dans le cadre de la coopération bilatérale allemande au profit des négociations en cours sur la zone de libre-échange continentale africaine, Zlecaf. Par le biais du BMZ, le ministère de la Coopération économique et du Développement, le gouvernement allemand a engagé un montant d’à peu près 60 millions d’euros afin de soutenir 8 pays partenaires dans les préparatifs de ce qui sera un accord historique pour le continent africain. Pour conclure, le commerce international ne peut développer son potentiel entier qu’à travers une approche inclusive du genre, en tenant compte des visions, de l’engagement et de l’innovation des femmes. Il est important, aussi, de donner aux femmes la voix qu’elles méritent afin d’exprimer leurs préoccupations et de valoriser la contribution cachée du commerce international dans l’optique d’une croissance économique durable et inclusive.

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