Il n’est pas trop tard, voudra-t-on dire, mais le chantier qui s’ouvre pour remettre de l’ordre et reprendre la situation en main, pour démanteler les réseaux qui se sont emparés de notre commerce intérieur et extérieur, est immense.

Cela fait des années que nous attendions ce communiqué, celui portant sur le système de contrôle préalable à l’importation des biens de consommation. Il a été enfin publié pour pouvoir prendre effet à partir du 17 octobre… les instances responsables, même si elles ont mis du temps pour le promulguer, ont fini par réagir. Mais depuis que cela dure, bien des dégâts ont frappé de plein fouet l’économie nationale. Il n’est pas trop tard, voudra-t- on dire, mais le chantier qui s’ouvre pour remettre de l’ordre et reprendre la situation en main, pour démanteler les réseaux qui se sont emparés de notre commerce intérieur et extérieur, est immense.

En fait, c’est un peu tard, car bien des sociétés tunisiennes ont mis la clef sous le paillasson.

Elles se sont retirées, criblées de dettes, perdant surtout tout espoir de sauver les milliers de familles à charge de leurs employés. Les produits, plus exactement les fanfreluches que les «importateurs» déversaient sur le marché, en provenance de pays passés maîtres dans l’imitation et la tromperie, ont acquis droit de cité entre nos murs.

Puissants et sans vergogne

Bien présentés, ayant fini par devenir incontournables en l’absence de produits tunisiens de meilleure qualité, mais ne bénéficiant pas de l’aide de leur gouvernement, ils ont fini par occuper entièrement le terrain.

Nous reviendrons sur ce rôle que les producteurs et l’Etat tunisien auraient dû jouer pour ne pas perdre ces marchés. Il faudrait dire qu’il n’y avait aucune volonté politique d’ouvrir ce dossier. Le communiqué paru a mis fin aussi bien au doute qu’à l’ascendant pris par des fournisseurs qui se sentaient plus puissants que les donneurs d’ordre. Mais, à vrai dire, en dépit de ce que nous pourrions avancer comme argumentation, ces «importateurs» se sont révélés de véritables requins dévorant tout sur leur passage.

Sans pitié, ils ont opté, sans vergogne, pour le gain facile, aux dépens des intérêts nationaux. Ils savaient pertinemment que des milliers de Tunisiennes et Tunisiens étaient voués au chômage. Ils s’en… fichent comme de leur dernière chemise. Ils importaient de tout, oubliant sciemment que les mêmes articles existaient en Tunisie. Et nous avons, sur le marché, des balais, des seaux, d’incroyables stencils en plastique récupérés, recyclés transformés pour tromper et tenter l’œil de ceux qui regardaient le prix et délaissent le reste.

En parcourant la liste des produits qui sont interdits, plus exactement exigeant des autorisations et des conditions d’importation, il y a de quoi mourir de rire.

Pourtant, il n’y avait pas de quoi rire. Un Turc, un Chinois, un Coréen, ou n’importe quelle personne sensée, vivant intensément ce que ce pays est en train de traverser, n’ira jamais acheter ces bricoles de mauvaise qualité et qui, tout en étant à la base de l’écroulement de bien des entreprises tunisiennes, menacent la santé de nos concitoyens.

Des entreprises en faillite

Pour la bonne raison qu’en l’absence de tout contrôle, tout était permis. Il y a de quoi demander des comptes à ces personnes qui ont pensé beaucoup plus à leurs comptes en banque qu’aux intérêts des Tunisiens et des entreprises tunisiennes mises en faillite.

Maintenant que des dispositions ont été prises, il faudrait veiller jalousement à leur application. Nous ne savons pas si ceux qui ont si tardé à prendre ces dispositions seront encore là, mais nous espérons que la rigueur sera présente. D’ailleurs, les chiffres de la balance commerciale qui apparaîtront en écho de cette rigueur nous diront si cette très longue période de frasques économiques est terminée définitivement. Cette époque de pleine déchéance de notre volonté protectrice, infiniment préjudiciable pour l’économie nationale, sera-t-elle vraiment derrière nous ?

De toutes les façons et sans l’appui de ceux qui ont précipité la dislocation du tissu économique tunisien, par leur silence ou leur connivence, les choses auraient été autres.

Se remettre au travail et…

Maintenant que les dispositions protectrices ont été prises, il faudrait que les industriels tunisiens se remettent au travail et analysent les raisons de leurs échecs. Tout d’abord, du côté des prix. Nos entreprises calculent mal leurs marges. Elles donnent l’impression de vouloir s’enrichir en quelques jours. Il faudrait qu’elles revoient leurs calculs et deviennent concurrentielles.

Une chemise toute simple ne peut être exposée à quarante ou cinquante dinars. Des chaussures qui atteignent les sommets et sont hors de portée des Tunisiens moyens que dire de ceux qui sont à court de possibilités et qui ont des familles à faire vivoter.

Côté de l’Etat, il faudrait trouver une formule pour aider ceux qui exportent en les appuyant financièrement. Tel que le font les Turcs par exemple. Ils enlèvent des marchés avec l’appui des autorités de leur pays. Il faudrait trouver la formule et s’empresser de la mettre à l’œuvre.

Acheter tunisien

Il ne faudrait pas que ce soit un vain slogan. C’est le cas actuellement. Pour que le Tunisien achète du local, il faudrait que la qualité se rapproche le plus du parfait. C’est une question de mentalité d’abord, de volonté de devenir concurrentiel ensuite, en occupant le marché. Non pas à la faveur d’actions contournant les lois et réglementations en vigueur, mais en soignant leur image et en se rapprochant de leur clientèle. Nous convenons que ceux qui, durant plus d’une décade, ont fait leur nid, ratissé large pour tout envahir et truster à tour de bras, mais il ne faudrait pas perdre espoir pour que tout ce beau monde revienne à la raison.

L’ODC a un rôle à jouer. Mais il faudrait qu’elle soit dotée de moyens et ne soit jamais à la merci de ceux qui l’aident à fonctionner. Et qu’elle soit totalement libre et assez influente pour faire entendre sa voix.

Malheureusement, elle donne l’impression d’être trop discrète. A elle de démontrer le contraire.

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2 Commentaires

  1. khaled

    11/10/2022 à 12:06

    Bonne journée,
    Je voulais juste indiquer que ce n’est pas la faute des importateurs qui ont noyé le marché par des produits sans qualité et poussé nos sociétés à des difficultés. Ces importateurs ont fait un travail Légal. C’est plutôt la Faute du Législateur qui n’a pas su protéger son tissu local (comme c’est le cas en Europe, par exemple, ou les certificats de qualité imposés aux produits importés sont stricts). C’est le Législateur qui supporte seul les résultats Obtenus. Nous ne pouvons Inculper des personnes qui ont profité de texte de loi mal fait ou irresponsable !

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  2. Moncef

    12/10/2022 à 15:48

    A l’attention de Monsieur Kamel Ghattas: Ne cofondez pas « ustensile » et « stencil » ce sont deux choses différentes..Utilisez un bon dictionnaire, cela vos évitera de commettre de telles erreurs.

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