Loin de vouloir donner à ce qui suit une quelconque résonance politique, chacun son travail, il y a quand même des signes qui ne trompent pas : nous vivons bien dans un pays où tout clignote en rouge.

Au Nord, on se bat pour un litre de lait. Au Sud, on semble consacrer toute son énergie pour résoudre une question de déchets. A l’Est, on regarde vers la mer pour choisir par quel rivage on pourrait déjouer la surveillance de ceux qui veillent pour empêcher l’immigration clandestine et ses drames. A l’Ouest, on attend ce qui pourrait un tant soit peu atténuer ces pénuries qui se succèdent.

Alors que les uns se battent pour préserver leurs chasses gardées, quel que soit le prix à payer par un pays exsangue, les «experts» nous gratifient de leurs prévisions puisées dans un répertoire catastrophiquement bien fourni. Pourtant, les instances internationales, par recoupement, semblent beaucoup plus optimistes qu’elles ne l’étaient il y a quelques mois. Mais, en fin de compte, tout est relatif.

Joindre les deux bouts

Il n’en demeure pas moins que ces arrêts intempestifs de travail, ces routes coupées, ces rails squattés pour empêcher les trains de passer, ces élèves livrés à eux-mêmes, ces «réseaux» qui tombent mystérieusement en panne et qui empêchent de délivrer une attestation ou de payer des dus en taxes et impôts pour alimenter les caisses de l’Etat qui en a fortement besoin, ces prix qui s’envolent, de manière inexplicable, ces marchandises que l’on fait disparaître pour les livrer sous une forme ne tombant pas sous le coup de la tarification décidée (les œufs par exemple)… ne font que précipiter le désarroi qui commence à sérieusement menacer une population qui peine à joindre les deux bouts.

Il est de bonne guerre de vouloir, en pleine campagne électorale, (elle a commencé) mettre en évidence les insuffisances de ceux qui sont en place.

Plus rien n’est logique

C’est la… démocratie. Mais ces agissements, qui mettent en péril tout l’avenir d’un pays, deviennent assez louches pour amener ceux qui s’inquiètent de l’avenir de leurs enfants et du devenir de ce petit bout de terre à se poser des questions : où sont donc les lignes rouges qui empêcheront les malintentionnés de nous précipiter dans le précipice que nous longeons depuis un bon bout de temps ?

L’Histoire avec un grand H nous a appris que pour «liquider» un pays, on commence par disloquer son système éducatif (nous reviendrons plus en détail à propos de ce secteur), détraquer sa stratégie en matière de santé, piller ses richesses tout en agissant sur son économie et ses finances internes.

Que voyons-nous de manière quotidienne ?

Les prix se sont envolés et plus rien n’est logique. Lorsqu’on voit qu’un kilo de mandarine dépasse les cinq dinars dans un pays producteur et exportateur, on finit par conclure que ceux qui affichent ces prix ne craignent plus rien. Nous comprenons bien que ce sont des primeurs, mais il y a des limites à ne pas franchir.

Où donner de la tête

Ceux qui tiennent le marché en main imposent ce que bon leur semble pour piocher dans les malheurs des pères de familles qui ne savent plus où donner de la tête.

On n’arrête pas de courir derrière un paquet de lait. Pourtant des stocks de lait à zéro pour cent de matières grasses sont disponibles. Nous savons que la graisse retirée sert à fabriquer du beurre ou sert d’adjuvant pour des produits connexes qui sont vendus horriblement cher. Le beurre en tant que tel est lui aussi devenu introuvable.

Le plus risible c’est de voir sur le marché des produits (des laitages et des «jus» surtout), dont le contenant (payé en devises fortes) est plus cher que le contenu.

Un chef de rayon d’une grande surface nous a avoué que les chiffres de vente sont en net repli depuis un bon bout de temps. «Ces prix sont hors de portée du citoyen ‘’moyen’’ depuis au moins cinq à six ans».

Fallait-il lui préciser que cette fameuse classe moyenne qui constituait à une certaine époque une véritable force pour l’économie nationale s’est liquéfiée au bout d’une dizaine d’années de vaches maigres, de spéculation effrénée et d’improvisation qui a tout anéanti ? Vous cherchez des œufs ? Il y en a sous emballage. Autant que vous en voudrez, mais pas en vrac.

Sans coup férir

C’est la manière de contourner le prix homologué. L’épicier vous en fournira à la pièce mais imposera son prix et c’est à prendre ou à laisser. On a beau mettre un numéro vert à la disposition du public, c’est de la pure blague. Peu de gens ont recours à ce moyen pour dénoncer les abus. Et aux spéculateurs de gagner leur bataille sans coup férir.

Tout semble se faire pour que la colère gagne du terrain et donne une idée peu reluisante d’un pays qui cherche désespérément à s’en sortir. Le plus vite possible. Pour honorer de manière honorable ses engagements et organiser les très prochaines manifestations internationales prévues entre nos murs.

Une manière de prouver que la société tunisienne, en dépit de tous ses problèmes, inhérents à presque tous les pays du monde du reste en ces temps incertains, où la guerre et la famine guettent, est capable de redresser la tête et de reprendre la place qui est la sienne.

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