LE Fonds monétaire international a fait savoir, le 15 octobre, qu’un accord avait été trouvé avec les autorités tunisiennes pour l’octroi d’un nouveau prêt. Malgré le soulagement affiché par l’exécutif, le processus est doublement entaché : d’une déception, le montant accordé étant dérisoire eu égard aux attentes, et d’une grande incertitude, les engagements pris par l’Etat tunisien relèveraient de l’inconnu.

Comme n’avaient cessé de le répéter les experts, et, modestement, nous-mêmes dans ces colonnes, l’institution monétaire n’est pas une maison de charité, mais une banque vers laquelle un Etat, en l’occurrence en trop grande difficulté financière, se tourne. Et comme toute banque, avant d’accorder un crédit, elle doit s’assurer que son client est en mesure de le rembourser.

La Tunisie avait-elle le choix ? La réponse est évidemment non. La teneur des engagements est-elle vraiment confidentielle ? La réponse est également non. Faut-il être dans le secret des dieux pour savoir que le système de développement économique doit être réformé du tout au tout, que les subventions devraient être mieux ciblées et les entreprises publiques réformées.

Les engagements de la Tunisie qui lui ont valu le pouce levé du FMI, après de longues et ardues négociations, relèvent d’un programme national qui aurait dû être entrepris depuis longtemps. Or, ces réformes ayant un coût politique élevé, les gouvernements successifs n’ont cessé de les différer. Carriéristes pour la plupart, quand ils ne sont pas carrément des imposteurs, les décideurs ont, à chaque fois, reculé devant l’inévitable jusqu’à aboutir à la situation actuelle, un quasi-effondrement financier. L’Etat n’est plus en mesure de régler même ses cargaisons de produits de base. Rationaliser la Caisse de compensation, assainir les entreprises publiques, réformer les politiques fiscales sont, de fait, des réajustements indispensables. Il n’aurait pas fallu attendre le FMI pour les engager.

Le secteur public est accablé sous la pression des recrutements massifs conduits sans complexe ces dernières années, non pas uniquement par le mouvement Ennahdha, alors au pouvoir, mais également par les syndicats. Les grèves illimitées, les revendications à l’infini, sans parler du droit à la paresse instauré et légitimé par certains caïds syndicaux. La couverture des employés véreux dans le transport, la santé, l’éducation et autres secteurs clés a fini par briser la colonne vertébrale de l’Etat. Les abus de certains fonctionnaires ont atteint un degré tel qu’ils volent impunément les biens publics, et se sentent protégés.

Délester les avions de la flotte nationale de ses moteurs et les vendre aux plus offrants représente, au-delà des pertes se chiffrant à plusieurs millions de dinars, un outrage à la communauté nationale. Le déficit abyssal qu’accuse la Régie des tabacs ou Tunisair est un point dans un océan de mauvaise gouvernance, de corruption, de clientélisme et de fainéantise, au mépris de l’intérêt national, voire de la continuité de l’Etat.

Soutenir le programme national de réformes dans la situation actuelle relèverait, à notre modeste avis, du patriotisme. Aux opposants sensés et responsables, ne jetez donc pas le bébé avec l’eau du bain.

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