Kairouan : C’est la période des labours

Les dernières précipitations de la fin du mois de septembre qui se sont abattues sur le Kairouanais ont encouragé beaucoup de fellahs à engager les premiers labours dans leurs champs en vue de les emblaver.

Malheureusement, pour certains agriculteurs comme Khalifa Gharsallah, céréalier à Sbikha, c’est le fonds qui manque le plus : «Après deux années de vaches maigres, le fellah n’a plus les moyens financiers de subvenir aux frais des labours qui grimpent d’une année à l’autre, sans oublier l’achat des semences sélectionnées et des engrais…», nous a-t-il confié.

Quant à Jilani Jaballah, agriculteur à El Ala, il souhaiterait l’intervention de l’Etat pour permettre aux fellahs de réussir la campagne agricole actuelle en invitant les banques à faciliter à ces derniers un accès plus facile aux crédits saisonniers… Notons que, durant la saison agricole 2021-2022, beaucoup d’agriculteurs ont souffert de la pénurie de DAP et d’ammonitrate et de l’insuffisance de la main-d’œuvre…

Mohamed Mejri, à la tête d’une superficie agricole de 17 ha de céréales en irrigué à Kairouan-Sud, a souffert du déficit de la pluviométrie durant plusieurs mois : «J’ai l’habitude de récolter 900 quintaux, cette saison je n’ai eu que 500 quintaux ! Normalement, je procède à six irrigations suivant les besoins du cycle végétatif des céréales. La saison écoulée, j’ai dû faire 11 irrigations à cause du manque de pluie».

Et de poursuivre : «Je dépense en moyenne mille dinars par hectare pour préparer le lit de semis et pour les semailles, sachant qu’en plus j’ai dû payer mes ouvriers permanents. Côté engrais minéraux, ils deviennent de plus en plus cher à cause de la voracité de certains spéculateurs, sachant qu’un hectare exige 750 kilos de différents engrais, outre les factures d’électricité salées, les frais de labour élevés.

Et comme le prix du quintal varie de 60 à 75 d, j’ai dû emprunter de l’argent pour m’acquitter des crédits auprès des fournisseurs. D’ailleurs, la plupart des agriculteurs n’arrivent pas à payer les différents créanciers, le nombre d’huissiers envoyés par ces derniers aux céréaliculteurs augmente de jour en jour. Il faudrait enfin qu’il y ait plus de contrôle sur les points de vente des pesticides qui souffrent des pratiques illégales des intrus…».

On prévoit l’ensemencement de 105.000 ha de grandes cultures

Plusieurs séances de travail ont été consacrées, ces dernières semaines, aux préparatifs de la nouvelle saison agricole 2022-2023 et à l’adoption de certaines mesures destinées à en garantir la réussite.

Pour les grandes cultures, on prévoit l’ensemencement de 105.000 ha (72.500 ha dans le secteur pluvial et 32.000 ha dans les périmètres irrigués desservis à partir des eaux de forage et des puits de surface). Au cours de la saison précédente, on avait emblavé 85.000 ha (60.000 ha dans le secteur pluvial et 25.000 ha dans les périmètres irrigués).

Et les céréaliculteurs de la région attendent encore l’arrivée de quantités supplémentaires de semences sélectionnées suffisantes pour les épandre sur les champs déjà préparés, sachant que le gouvernorat de Kairouan a besoin de 3.100 t de DAP et de 600 t de phosphate.

A noter que le Crda a programmé une campagne de désherbage chimique sur des milliers d’hectares. Néanmoins, certains agriculteurs n’ont pas assez de moyens pour l’achat des intrants de plus en plus chers, ce qui les pousse à recourir aux marchés parallèles. En outre, beaucoup de petits agriculteurs souhaiteraient le rééchelonnement de leurs dettes afin de ne pas être obligés d’en contracter d’autres.

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