Les…pêches actuellement mises sur le marché sont à des prix défiant toute concurrence. Ce qui est curieux, c’est que les grandes surfaces n’en vendent pas. C’est le cas des prunes qui, elles aussi, sont cédées à des prix extrêmement bas et n’ont pas l’honneur de figurer sur les étalages de ces supermarchés. Pourquoi, pourrait-on se demander, alors que pour les pommes par exemple, la concurrence est sérieuse.

Tout simplement parce que les pêches et les prunes, du moins celles que nous avions tenues en main et ouvertes, sont impropres à la consommation. L’intérieur est noir pour les premières. Quant aux secondes, elles donnent l’air d’être en matière plastique. Les grandes surfaces qui possèdent des chambres froides tenues par des spécialistes en la matière savent de quoi il s’agit. Ces pêches et ces prunes pourraient être la cause d’une fermeture et de lourdes sanctions pourraient découler si elles apparaissent sur leurs étalages.

Etant donné qu’elles ont été livrées par le marché parallèle, qui pourrait se soucier de la santé de consommateurs heureux de pouvoir ramener ces fruits qu’ils n’ont pu acquérir en pleine saison? Personne.

On y fourre tout

Pour la bonne raison qu’il semble que la qualité des produits exposés ne figure nullement parmi les préoccupations des contrôleurs. C’est donc un problème de conservation et ces chambres froides, qui donnent le tournis aux agents de contrôle, servent beaucoup plus de dépôts réfrigérés que de véritables chambres froides obéissant aux règles sanitaires de bonne conservation. On y fourre tout : des fruits, des légumes, des… laitages et bien d’autres choses.

C’est à l’époque de feu Hédi Nouira et feu Azouz Lasram que les premières chambres froides ont commencé à devenir à la mode. Il fallait conserver les produits agricoles, le lait, les œufs et autres produits indispensables pour assurer une régularité de livraison et de couverture et agir pour réguler le marché afin d’éviter les hausses de prix vertigineuses que nous subissons actuellement. L’Etat avait encouragé l’implantation de ces chambres froides et tout allait pour le mieux jusqu’à ce que la gent spéculatrice comprenne qu’il y avait beaucoup d’argent à gagner dans ce créneau.

Hors normes

Et ce fut la ruée vers la construction de ces pseudos chambres froides où on mettait de tout. Pourtant, sans pour autant être connaisseur en la matière, nous savons qu’il y a des produits que l’on conserve de différentes façons. Les chambres négatives et les chambres positives, celles qui sont destinées à la congélation, etc. constituent l’outil logistique et stratégique de toute économie qui se respecte.

La nature des produits stockés oriente la conception de ces chambres. Là où les normes de bonne conservation sont respectées, on se soucie surtout des types de produits à conserver, de la durée de cette conservation, de la rotation des stocks pour éviter de se faire piéger par les délais de conservation, etc. De véritables techniciens, des spécialistes en la matière tiennent en main ces postes névralgiques.

Les grandes surfaces et les centres de grande distribution font tout ce qui est en leur pouvoir pour ne pas perdre de l’argent d’abord, pour éviter les conséquences d’une mauvaise gestion de ces outils stratégiques.

Il y a des règles à respecter et des dispositions à prendre en fonction des produits ou aliments à conserver. Ces dispositions changent en fonction de la nature, des saisons, en vrac ou emballés et à partir desquelles « tournent » ces points de vente souvent implantés sur tout le territoire.

Serviettes et torchons

Il ne faudrait pas être grand clerc pour se rendre compte et relever, rien que d’après les photos qui illustrent les nombreuses saisies, très nombreuses pour un pays dont la majorité des consommateurs passent des heures à courir derrière une bouteille de lait, un kilo de tomates ou des piments qui figurent déjà parmi les légumes ayant acquis leurs lettres de noblesse.

Nous y voyons avec étonnement des tonnes de produits souvent entreposés à même le sol et où les pommes de terre sont aux côtés du sucre et où les oignons sont en bonne compagnie avec des détergents, des engrais ou des huiles végétales.

Le spéculateur n’a pas de souci à se faire. Dans son entrepôt réfrigéré ( ?!) ; tout y est et rien ne répond aux normes. La rotation des stocks est inconnue, la traçabilité est un mot étrange qui n’a pas droit de cité dans ce commerce où tout est fait pour gagner de l’argent par n’importe quel moyen. Ne parlons pas des ordres d’enlèvement de la marchandise, du nom et lieu de résidence des clients, ce sont des tabous. Tout est expédié dans les zones des marchés quotidiens ou hebdomadaires dans une noria incontrôlable.

De lourdes conséquences

En attendant, combien de gamins attraperont des diarrhées, des maux d’estomac avec à la clef une automédication de fortune. Qui s’en soucie ? Personne. Sinon ces agissements auraient été réprimés depuis bien longtemps.

Cette crise que vit le pays est une occasion pour tout reprendre en main et pour remettre de l’ordre dans bien des domaines où la spéculation est de règle et où l’absence de sanction encourage ces dépassements dont le consommateur, le citoyen, est victime.

Et lorsqu’on entend un « responsable » évoquer la pénurie de pomme de terre par la peur qu’éprouvent ces spéculateurs à stocker, on comprend que ces hors-la-loi continueront à sévir, tant qu’on les protégera de manière aussi effrontée.

Une chambre froide, un dépôt en règle, déclaré, où les mouvements sont clairement énoncés, où tout est conforme aux règles sanitaires et de bonne conservation, ne pourra jamais être inquiété. Il y a quand même des lois dans ce pays.

Des manières conséquentes

Nous avons tendance à bouger pour éteindre un brasier qui s’allume ici ou là, mais dès que tout redevient normal, on oublie tout jusqu’à la prochaine alerte.

Les dispositions prises ne donnent jamais l’impression que l’on veut régler les problèmes de manière conséquente. C’est le provisoire qui dure. A titre d’exemple, combien de dépôts clandestins ont-ils été saisis? A-t-on pris des mesures pour que ces chambres frigorifiques, ces dépôts soient sérieusement répertoriés, classés, quittent à jamais les agglomérations où ils sont enfouis et s’installent dans les zones industrielles où l’accès est facile et où il est aisé de les avoir à l’œil pour protéger les consommateurs et réguler les marchés ? Existe-t-il des brigades spécialisées capables de surveiller l’hygiène, la nature des produits mis sur le marché ou emmagasinés dans le respect des normes de conservation ?

Peu probable, étant donné que le mal vient de ce tourbillon spéculatif devenu incontrôlable en raison de l’état dans lequel se trouve le pays, de ces entrepôts en fait de simples espaces hors normes, où tout y est. Pour gruger le consommateur et dérégler le marché par des agissements où la spéculation est un maître mot et où les principales victimes sont incapables de se défendre.

En fin de compte, ces chambres froides sont-elles un atout ou une malédiction ?

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