DJERBA la douce ouvre demain grands ses bras pour accueillir le XVIIIe Sommet de la Francophonie. Cette conférence des chefs d’Etat et de gouvernement des pays ayant la langue française en partage est surveillée comme le lait sur le feu. Les couacs organisationnels récurrents laissent les Tunisiens particulièrement sceptiques. Quoi qu’il en soit, les signes avant-coureurs sont plutôt encourageants, observons jusqu’à la fin.

Au-delà, cette prestigieuse rencontre qu’abrite un des pays fondateurs de la Francophonie institutionnelle, grâce à Bourguiba, pose la question cruciale de l’enseignement du français. Les coups assénés par les fossoyeurs de la Tunisie progressiste, ouverte sur le monde, en décrétant une arabisation tous azimuts vers les années 80, ont donné naissance à des générations sacrifiées d’unilingues.

Les avantages de la maîtrise d’une langue étrangère, quelle qu’elle soit, sont pourtant innombrables, de l’ouverture des horizons aux opportunités professionnelles, c’est aussi un facteur d’intégration déterminant. Au lieu de cela, le handicap linguistique a lourdement pénalisé la majorité de la jeunesse tunisienne. Les jeunes se sont alors tournés vers ce qu’ils comprennent le mieux, les chaînes satellitaires arabes. Une zone de confort où ils ne se sentent ni rejetés ni perdus. Mais il y a plus grave : les Tunisiens enrôlés par les organisations terroristes au cours des dix dernières années et ceux qui se jettent à la mer, maintenant, ont pour la plupart un dénominateur commun : un faible niveau d’instruction. Quant à la maîtrise des langues, c’est devenu un luxe difficile à atteindre.

Faute de réformes structurelles engagées à temps et minée par un syndicalisme irresponsable, l’école publique ne joue plus depuis longtemps son rôle. Les raisons en sont multiples : des éducateurs inaptes ni préparés ni outillés pour enseigner, de l’absentéisme massif, une administration démissionnaire, une infrastructure déficiente, des programmes et rythmes scolaires dépassés et des élèves indisciplinés. Certains établissements ici et là forment des îlots de résistance, produisent un enseignement de qualité et obtiennent des résultats. Mais le système éducatif public dans son ensemble n’est plus qu’un vaste champ de ruines. De plus en plus de parents préfèrent placer leurs enfants dans les écoles privées, quoi qu’il en coûte, pour augmenter leurs chances de réussite.

Il est donc inutile de faire endosser à la langue française la responsabilité de nos errements. La Tunisie a obtenu son indépendance depuis 66 ans. Des nations se sont redressées en beaucoup moins de temps à l’instar des tigres asiatiques. Seulement voilà, un océan nous sépare, cela s’appelle travail et discipline.

Il est également vain de penser réformer la Tunisie sans un système éducatif performant où l’enseignement des langues occupe une place de choix dès les premières classes. Des modèles d’enseignement bilingue ont prouvé leur efficacité. D’abord, le français parce que les bases y sont jetées, ensuite, l’anglais, le chinois, l’allemand, l’espagnol, l’italien… Un apprentissage des langues qui ne s’inscrit pas par opposition à l’arabe et le français mais en plus. Une politique nationale habile et apaisée qui construit sur les acquis non les détruit.

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