C’est la saison des olives: La Tunisie des villages en fête

Culture introduite en Tunisie par les Phéniciens (anciens peuples fondateurs de Carthage en 814 avant J-C), l’olivier est une culture emblématique en Tunisie. Deuxième producteur mondial d’huile d’olive et désormais premier exportateur, le pays emploie plus d’un million de personnes en pleine saison, une véritable alternative à la crise socioéconomique qui perdure. Et la récolte s’annonce prometteuse… Reportage.


Dimanche, il est déjà 6h00 (5h00 GMT) à Magra, localité rattachée à la délégation d’Eloueslatia, à 40 km de Kairouan et sur les confins du gouvernorat de Siliana. Des dizaines d’hommes et de femmes, jeunes et moins jeunes, sont déjà sur la route. Il faut slalomer dans les sentiers pour atteindre les oliveraies perchées sur les hauteurs de la bourgade.

L’heure de la cueillette a sonné en Tunisie et la saison vient de démarrer. Pour cette année, la récolte semble être modeste. Les chiffres de l’Office national de l’huile (ONH) tablent, en effet, sur près de 200.000 tonnes contre 240.000 pour l’année précédente.

C’est plus qu’un produit du terroir

Une euphorie générale règne, en ce début d’automne, dans ce pays fraîchement sorti d’une crise politique et sociale. L’olivier aide à maintenir l’espoir face à un marasme économique qui dure, du fait d’une croissance allant cahin-caha : 2,4% selon l’Institut national de la statistique (INS).

« As-tu ramené les peignes et les bâches en plastique ? », demande Halima à sa fille Noura. Enthousiaste et débordante d’énergie, la petite Noura répond par l’affirmative. Et la mère de s’exclamer d’une voix tonitruante : « La cueillette des olives, c’était tout un beau spectacle. Oh ! Bon vieux temps si tu reviens ». Le champ d’olives à cueillir par Noura, sa mère et bien d’autres employées saisonnières payées à la journée (25 dinars), compte plus de mille arbres. Une fortune considérable, de l’avis de Halima.

L’objectif de 10 millions d’oliviers entre 2016 et 2020 aux oubliettes

«Cette année, le litre d’huile d’olive oscille entre 15 et 20d. Une aubaine pour les propriétaires », soupire-t-elle. Des propos qui n’ont guère plu à Ibrahim, le propriétaire du champ : « Quand la saison est bonne, tout le monde en tire profit. L’olivier, ce présent divin, est très précieux, en ce qu’il peut sauver une économie aux arrêts. Voilà pourquoi l’Etat s’est engagé à planter 10 millions d’oliviers entre 2016 et 2020. Sauf que cet objectif est resté lettre morte, en raison de l’inertie et de l’immobilisme des responsables et gouvernants de ce pays ».

Un secteur qui emploie plus d’un million de personnes

La culture des olives  fait vivre, directement ou indirectement, plus d’un million de personnes et fournit 34 millions de journées de travail par an, ce qui équivaut à plus de 20% de l’emploi agricole, d’après des statistiques officielles.

Sur le point de partir, Ibrahim salue ses ouvriers, alors que Halima verse dans un monologue d’une voix à peine audible, cette fois-ci. Le reste des ouvrières glanent, silencieusement mais soigneusement, les graines éparpillées ici et là, dans le champs.

Un emblème tunisien, un levier de croissance

Culture introduite en Tunisie par les Phéniciens (anciens peuples fondateurs de Carthage en 814 avant J-C), l’olivier est présent dans toutes les régions ou presque du pays. Cette culture occupe, en effet, 1,8 million d’hectares, soit 1/3 des terres labourables du pays, selon le Centre de promotion des exportations (Cepex). Le centre-ouest du pays représente 29% de la superficie totale cultivée, le sud du pays 21%, la région de Sfax (Sud-Est) 19%, le Sahel 16% et le Nord 15%, d’après l’ONH. Ces régions totalisent 22 variétés d’olives. Les plus connues étant le « Chemlali », cultivé dans la région de Sfax, le « Oueslati » variété présente à Kairouan et le « Sahli » dans les zones côtières.

La production moyenne en huile d’olive est estimée, elle, à 180.000 t, dont 70% destinées à l’exportation, selon le Cepex. L’importance des superficies réservées à l’oléiculture et la contribution à raison de 8% dans la production mondiale placent la Tunisie au rang de 2e producteur mondial après l’Espagne, d’après l’ONH.

Compétitivité, exportation et maillon faible de la chaîne

Très appréciée pour ses nombreuses vertus, l’huile d’olive tunisienne est présente dans 14 pays du Vieux Continent, 15 d’Afrique et 15 d’Asie, en plus des Etats-Unis, d’après l’ONH. Mais les parties concernées s’activent et œuvrent à s’introduire dans de nouveaux marchés, notamment en Russie, en Inde et au Japon.

Le secteur oléicole a représenté 40% des exportations agricoles et 10% des exportations totales du pays en 2016. Ce qui a permis de fournir 2 milliards de dinars de devises, selon le ministère du Commerce. L’agriculture contribue, quant à elle, à hauteur de 8% au PIB tunisien, d’après la même source.

La place qu’occupe la culture des olives dans la dynamisation de l’économie nationale n’est donc point à démontrer. Pourtant, l’autorité de tutelle et les premiers responsables semblent avoir bu l’eau des nouilles. En l’absence de campagnes de sensibilisation et d’encadrement pour aider les agriculteurs à mieux garantir une bonne qualité de leurs produits, les résultats restent en deçà des attentes pour un secteur à fort potentiel.

Pis encore. Les plants fort utiles pour le renouvellement des champs et la création de nouvelles oliveraies sont souvent indisponibles. La réponse des responsables aux agriculteurs : « Allez voir auprès du ministère ! ». Que nenni !

Le pays et son économie en payent le lourd tribut.

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