LA harissa tunisienne a été classée, jeudi 1er décembre, au patrimoine immatériel de l’humanité par l’Unesco. Le dossier de candidature présenté par la Tunisie et après avoir décrit techniquement le célèbre « made in Tunisia » ajoute : «Elle est perçue comme un élément identitaire du patrimoine culinaire national, et un facteur de cohésion sociale…», «préparée et consommée sur tout le territoire tunisien, la harissa est perçue comme un élément fédérateur de tout un pays».

C’est exactement ça ; la harissa nationale est bien plus qu’un produit culinaire, c’est une culture. Avec sa robe rouge-orange ou rouge foncé, son goût prononcé, elle est généreuse et réconfortante. Son évocation renvoie au sens du partage et à l’appétit de vivre qui définissaient si bien les Tunisiens.

Avant de faire une entrée remarquée au patrimoine mondial, la harissa s’exporte bien. Les étudiants tunisiens essaimés à travers le monde sont toujours heureux de trouver sur les étalages les petites boîtes jaunes ou tubes d’harissa. Des groupes et des pages célèbres s’en revendiquent, à l’instar de Harissa.com, créée par un groupe de juifs tunisiens. La purée onctueuse, gorgée de soleil qui plaît, étonne ou pique ceux qui la goûtent pour la première fois, permet à la diaspora de maintenir les liens avec le pays.

Cette culture, que le condiment savoureux et piquant incarne, a été en quelque sorte représentée par les supporters tunisiens au Qatar. Le monde entier a eu le loisir de voir ce public bruyant et attachant, qui aime son pays et l’exprime spontanément. Brandissant l’étendard national, il danse et chante dans les rues de Doha et sur les gradins. Des plateaux télé, des vidéos et des articles de presse ont décrit et mémorisé cette spécificité toute tunisienne. Le quotidien français Le Parisien titre : « …Les Tunisiens mettent l’ambiance comme à la maison ».

Dans la même veine et en préparation de la Coupe du monde, la capacité créative des Tunisiens, scénarisée dans une ambiance joyeuse et avec un grand sens de l’humour, a trouvé son expression dans les films courts produits par les opérateurs téléphoniques. Des séquences, quoique publicitaires, se sont érigées en véritables hymnes célébrant un peuple patriote et bon vivant.

Ici s’arrêtent les éloges et se dégage une autre vérité. De quelque côté que l’on se tourne, ce « peuple de la harissa » est mal représenté par une équipe nationale décevante, gangrénée par l’affairisme, par une administration somnolente, par un secteur public inefficace, par une classe politique, sauf exception, incompétente et bornée, dans un pays devenu étouffant, en pleine régression.

Charger plus d'articles
Charger plus par Hella Lahbib
Charger plus dans Editorial

Un commentaire

  1. Brahim

    09/12/2022 à 17:16

    Je rends hommage à votre éditorial fort juste et objectif consacré à cette fameuse et célèbre harissa qui agrémente notre cuisine si typique et différente d’une région à l’autre. Et bravo pour la conclusion : un triste constat d’une réalité douloureuse que vit notre peuple et notamment sa classe sociale la plus démunie.

    Répondre

Laisser un commentaire