«Tout le monde s’accorde à dire que nous avons besoin de discuter d’un nouveau modèle de développement. A mon avis, cette réflexion, qui n’a jamais été abordée sérieusement depuis la révolution, demande des prérequis qui ne sont pas réunis actuellement »

Quelle analyse faites-vous du nouveau plan de développement 2023-2025, de ses choix stratégiques qu’il contient et ses déterminants ?

Une lecture préliminaire de ce document suscite quelques remarques importantes : ce document a été pensé et rédigé  tout comme les documents ultérieurs produits par les précédents gouvernements avec le même langage général générique, les mêmes slogans, le même manque d’analyse profond des problèmes structurels de la Tunisie.  Ce document ne contient aucune vision stratégique pour le pays.

Le plan se pose de grandes ambitions socioéconomiques.  Quelle serait, selon vous, son implication sur la dynamique économique globale du pays?

Le plan ne porte aucune ambition, car l’ambition est avant tout un objectif à atteindre et non une déclaration d’intention. Ce document de vision 2035 ne porte aucun chiffre, aucun objectif, que des déclarations d’intention similaires à toutes les déclarations des documents passés depuis la révolution et même avant.

Je voudrais illustrer ces propos par le chapitre consacré au modèle de développement et la nécessité de définir un nouveau projet dont les piliers s’articulent autour de plusieurs axes : une meilleure gouvernance, le progrès social à travers le développement du capital humain, le développement régional, une réforme économique structurelle pour une intégration dans les chaînes de valeur mondiales (en se référant aux secteurs agricole et des services), la lutte contre l’économie de rente, la réforme des entreprises publiques et le développement durable.

Un modèle de développement devrait répondre à une question fondamentale et à une autre subsidiaire qui ne trouvent aucune réponse dans ce qui est énoncé ci-dessus: comment créer une richesse nationale inclusive et durable? Quel contrat social commun à mettre en œuvre pour la redistribution équitable entre les citoyens, les régions et les générations ?

Les principes généraux dudit plan sont sans aucun contenu réfléchi, ni un diagnostic rationnel et scientifique, mais sur des déclarations d’intention qui ne se hissent nullement au niveau d’une vision politique du pays.  Ce document pose un sérieux problème de démarche avec une question préalable importante : quelle évaluation a été faite du plan de développement quinquennal 2016-2021 et de ses résultats ? Pour ma part, je considère que le document d’orientation rédigé en 2016 est de meilleure qualité que celui-ci.

Aujourd’hui, tout le monde s’accorde à dire qu’il est temps de changer le modèle de développement du pays. Selon vous, quelle devrait être la trajectoire de celui-ci ?

Comme je l’ai énoncé ci-dessus, tout le monde s’accorde à dire que nous avons besoin de discuter d’un nouveau modèle de développement. A mon avis, cette réflexion, qui n’a jamais été abordée sérieusement depuis la révolution, demande des prérequis qui ne sont pas réunis actuellement, à savoir un débat national approfondi autour d’un nouveau contrat social (régime politique, institutions, société, fondamentaux économiques, politique étrangère).

Au départ, un vrai diagnostic sur les obstacles structurels du pays pour la création d’une richesse nationale suffisante, inclusive et durable, sera mis en œuvre. Il faut rappeler que la Tunisie nécessite des plans de développement adaptés aux besoins des régions.

La question d’un nouveau modèle de développement économique fait débat depuis des années en Tunisie. D’après vous, quels remèdes faut-il préconiser pour sortir de la crise économique et financière dont souffre le pays ?

Le contexte actuel ne permet pas de mener de vrais débats sociétaux, ou d’y impliquer les compétences du pays, pour parvenir à la  réalisation des attentes  des générations futures.

La pensée «mainstream» actuelle ne parle que d’équilibres financiers à court terme, d’inflation, de chômage, de pouvoir d’achat et de dettes et ne tente pas de répondre aux questions fondamentales dont le pays a besoin… Même le terme «réformes structurelles» a été galvaudé et vidé de tout sens.  La seule mesure que je préconise personnellement est de réfléchir aux solutions communes qu’on doit apporter aux problèmes du pays.

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