Tourisme | Qu’en est-il des gros dossiers ?

 

Il fut un temps où on disait, en paraphrasant la forte activité du secteur du bâtiment, que «quand le tourisme va tout va». Il y avait du vrai dans cette appréciation, étant donné les centaines de milliers de familles qui vivaient grâce à cette activité stratégique au sein de l’économie tunisienne. Point de la situation.

Nous traînons encore, en partie, les conséquences de la pandémie, mais grâce à l’énergique reprise en main effectuée par nos services de santé, la situation est redevenue normale. La Tunisie est, dit-on, une destination préférée pour bien des vacanciers. Et c’est tant mieux. Mais ce retour à la normale progressif, et tout en reconnaissant que nous n’avons pas encore atteint les records d’accueils enregistrés, ne doit en rien nous faire perdre de vue que nous demeurons un de ces  pays touristiques qui d’un côté bradent leurs prix et, de l’autre n’ont pas accordé l’attention souhaitée, pour ce qui concerne la diversification de l’offre, la modernisation et la qualité des services. Ce sont-là des problèmes récurrents qui reviennent à l’ordre du jour et que les responsables qui se sont succédé à la tête de ce secteur n’ont pas résolument pris en main pour relancer comme il se doit la machine. C’est dire que les chiffres annoncés et dont on se gargarise auraient pu être autres si on avait lancé un véritable plan de restructuration et de diversification, allant dans le sens d’une revalorisation de notre patrimoine touristique.

La dernière réunion tenue entre les départements du Tourisme et des Domaines de l’Etat a examiné un certain nombre de problèmes. Ce qui a été décidé est positif en faisant remarquer qu’aucun délai n’a été fixé pour boucler ces dossiers. Tout sera de ce fait parfait lorsque les engagements pris de part et d’autre et les intentions manifestées seront concrétisés. D’ici là…

Il y a matière à réflexion

En attendant, l’impression qui prévaut est négative. En effet, tout porte à croire que l’on gère ce qui est sur place. On entend de temps à autre quelques rumeurs annonçant un reclassement, une tendance vers la modernisation, une option prise pour s’orienter vers le tourisme de luxe, etc. Mais sur le terrain, les choses semblent toujours aussi figées. Rien qu’en faisant la comparaison des entrées en devises fortes que font les Marocains ou les Turcs, il y a matière à réflexion. La Tunisie a les moyens d’offrir de meilleurs services, à la condition d’accélérer la formation et de résoudre les vrais problèmes.  Bien des pays sont demandeurs dans ce secteur de la main-d’œuvre. Il doit y avoir une façon de convaincre ceux qui usent leur culotte sur les chaises des cafés à longueur de journée d’aller se former pour avoir un avenir. Les jeunes ne viendront jamais de leur plein gré. Il faudrait les convaincre et les prendre en charge  pour en faire une main-d’œuvre utile et productive. Certaines unités hésitent à franchir le pas pour se moderniser. Elles ont peur des dettes et avec les intérêts qui augmentent chaque jour, elles se contentent de suivre le cortège. Elles se suffisent d’une clientèle plus que modeste et qui ne dépense rien de plus que ce qu’elle a payé pour voyager et se faire héberger.

Il s’agit de lui offrir de l’animation, des objets artisanaux utiles et qui poussent à la tentation d’acheter.

L’artisanat, c’est tout un secteur qui continue à rêver et offrir les mêmes fanfreluches, parfois à des prix dépassant tout entendement. Il faudrait former et encourager à la formation. Les expositions ont démontré que l’on est capable de faire beaucoup mieux. C’est en fait une situation qui tranche avec ce que nous voyons à l’occasion des foires régionales où jeunes et moins jeunes artisans présentent des réalisations merveilleuses tant du point de vue créativité qu’au niveau de la finesse du travail. «Je voudrais bien monter un petit coin dans un hôtel, mais ils nous demandent des prix exorbitants», nous a avoué une jeune fille qui travaille le bois.

Tourisme intérieur

Il est quand même curieux d’entendre le président de la Fédération tunisienne des agences de voyages (Ftav) annoncer que le tourisme intérieur a sauvé la saison. A ses dires, les touristes tunisiens sont plus rentables que les touristes étrangers, mettant l’accent sur l’importance du tourisme estimant qu’il représente 50% des nuitées passées dans les hôtels. Très bien ! Mais, qu’avons- nous fait pour conforter ce tourisme intérieur ? A-t-on l’intention de réétudier les prix pour les aligner ou au moins les ajuster sur les prix que l’on consent aux touristes étrangers ? Les Tunisiens qui rentrent au pays pour passer leurs vacances, en plus de ce qu’ils dépensent, sont eux-mêmes source de devises.

Lourdes taxes de transferts

Il faudrait  d’ailleurs revoir ces lourdes taxes de transferts qui les pénalisent. Pour les encourager à envoyer davantage, il est urgent d’étudier la possibilité de leur faire payer des frais moins contraignants. Actuellement, les Tunisiens paient beaucoup plus cher leur hébergement et bien des hôteliers les considèrent comme la cinquième roue de la carrosse. Il faudrait que cela cesse. Et cela nous rappelle la réponse de feu Abdelaziz Lasram, alors ministre de l’Economie nationale, au P.D.G de l’Office de l’huile de l’époque et alors que l’huile d’olive tunisienne ne trouvait pas preneur : «Commençons par bouffer notre huile et nous ne serons plus jamais soumis au chantage de ceux qui veulent nous obliger à la vendre à leurs conditions». Après avoir consulté le Premier ministre feu Hédi Nouira, il fit rédiger un communiqué pour libérer la vente de l’huile d’olive en Tunisie. Et la Tunisie n’a plus connu de problème de vente de son huile ! Il n’en demeure pas moins qu’il s’agit là aussi d’un gros dossier sur lequel il faudrait revenir. Notre huile, qui est accaparée par des pontes qui font la pluie et le beau temps et dont la plus grosse quantité est bradée en vrac, n’a pas beaucoup évolué et gagné en valeur ajoutée.

Fidélisation de la clientèle

Le tourisme intérieur doit avoir ses pleins droits. Les dispositions que l’on a l’intention de prendre à propos des changes et du dinar pourraient changer beaucoup de choses. Ce secteur doit en toutes circonstances s’appuyer sur la clientèle tunisienne. Cette clientèle on en est content, mais qu’a-t-on fait pour elle ? Pas beaucoup de choses et ce qui le prouve, c’est bien ces surprises qui heurtent ceux qui sont convaincus que le pays possède des arguments solides pour persuader et encourager les investissements dans ce secteur.

Prenons l’exemple des problèmes que posent les routes menant à Aïn Draham. Depuis combien de temps avons-nous enregistré des chutes de neige dans cette localité qui, justement, profite de cet avantage depuis toujours ?

Qu’ont fait les autorités, à tous les niveaux, pour que ces routes soient élargies, pour qu’on aide le visiteur potentiel à effectuer son trajet sans complication aucune ? Depuis combien de temps a-t-on affirmé qu’un téléphérique serait une attraction positive pour un lieu  qui s’y apprête merveilleusement ? Si l’aménagement des routes est du ressort du ministère concerné, un téléphérique pourrait être l’affaire de particuliers intéressés. L’Etat ne peut pas tout faire et il faudrait qu’il apprenne à se désengager de ce qui ne représente aucun aspect stratégique. La région se serait enrichie d’un site plus qu’intéressant, étant donné qu’il motivera d’autres activités  créatrices d’emplois, de services et d’animation. Les préposés au tourisme auraient dû se pencher sur ces problèmes de communication et encourager ceux qui souhaiteraient investir pour enrichir le patrimoine d’une région.

Des atouts mal exploités

Tout le gouvernorat de Jendouba a connu une activité touristique importante  à la suite de la chute de neige enregistrée sur les hauteurs de la région (El Faija, Aïn Soltane, Beni Mtir, Aïn Drahem). Le taux d’occupation des établissements touristiques a atteint 100%.

C’est là un exemple entre autres, car la Tunisie possède d’autres atouts comme les zones humides reconnues comme des aires protégées (qui ne le sont pas toujours). Et pourtant, notre pays dispose de pas moins de 42 sites pareils, ce qui représente une superficie totale de 844.685 hectares, aujourd’hui classés sur la liste Ramsar, de par leur grande importance internationale (voir La Presse du 24/12/2023). Un site Ramsar est une «zone humide d’importance internationale» désignée par la Convention de Ramsar qui est un traité international pour la conservation et l’utilisation durable des zones humides. Il vise à mettre fin à la perte progressive de zones humides et de développer leur rôle économique, culturel et scientifique et leur valeur récréative».

Carthage et son histoire

Où en est le marché américain pour lequel on a fait tant de bruit ? Le professeur Ridha Tlili, historien, à l’issue d’un travail qui l’a occupé des années durant, a précisé dans son livre sous le titre “Les Carthage du monde” qu’il y a de par le monde  80 Carthage, Carthago et Carthagena, ainsi que leur origine commune (sachant que si l’on compte les villages, rivières et montagnes, les Carthage se comptent en centaines). La majorité se trouve aux Amériques.

M. Samir Ncir, directeur général d’une unité hôtelière à Yasmine-Hammamet, a déclaré à La Presse : «La culture est une valeur ajoutée pour le tourisme». Mais que fait-on pour qu’il en soit ainsi ? Combien d’entre elles sont jumelées avec notre Carthage punique ? A-t-on pensé à « vendre » cette opportunité historique, tout comme les nouvelles découvertes archéologiques ? Ce sont là des idées entre autres. Le tourisme est un gros dossier et dès que l’on ne sera plus assis entre deux chaises, il faudra s’en occuper.

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