Il a créé le buzz, depuis sa sortie, le 4 juin en Egypte, et un mois après dans le monde arabe. «Al Mamar» (le passage), signé Shérif Arafa, une superproduction la plus coûteuse de l’histoire du cinéma égyptien, environ 6 millions de dollars, etqui se focalise sur la guerre d’Egypte. 
En 12 jours d’exploitation, au pays du Nil, ce film, coécrit par Amir Taema, a engrangé 2 millions de dollars. Voyons les raisons de cet engouement.


Plusieurs causes expliquent l’intérêt des spectateurs égyptiens pour «Al Mamar». Il est vrai, d’abord, que le cinéma égyptien renoue, 46 ans après «Al-Osfour» (le Moineau) de Youssef Chahine, avec un film qui traite de la guerre de juin 1967, ayant opposé l’Egypte, la Syrie et la Jordanie à Israël.

Ensuite, le genre «film de guerre» est rare en Egypte tant il nécessite un budget et des moyens importants, «Al Mamar» ayant mobilisé un budget considérable le plus coûteux de tous les temps (6 millions de dollars). Le dernier film de guerre en date étant «la balle est encore dans ma poche» réalisé en 1974 par Hossameddine Mustapha.

Enfin, «Al Mamar» traite des raisons de la défaite dans le Sinaï et du traumatisme causé aussi bien chez la population égyptienne que les forces de l’armée : «un terrible cauchemar». Or, justement, cet opus vise à transcender ce sentiment de défaite et à dépasser cet échec en véhiculant l’idée que cette défaite n’est pas advenue suite à une guerre classique mais à une succession d’erreurs, très graves, d’évaluation et d’appréciation sur plusieurs plans, notamment les renseignements.

Mieux, le film énonce que la responsabilité de la défaite n’incombe pas seulement au président Gamel Abdel Nasser, mais à l’ensemble du système politique. Pour étayer tout cela, le réalisateur met en scène, en mélangeant la petite et la grande histoire, plusieurs scènes d’action et de bataille, où un groupe de commandos de l’armée, baptisé «Group 39 fighting», se sacrifient héroïquement en effectuant des missions suicidaires contre l’armée israélienne durant l’après-défaite de 1967 en pleine guerre d’usure.

Au fil de l’action, on voit l’armée égyptienne enregistrer une série de petites victoires qui ont conduit à la guerre d’octobre 1973.

Ainsi, indépendamment de la qualité du film, qui réunit une pléiade d’acteurs dont Ahmed Ezz, Eyad Nasser, Ahmed Rezk, Ahmed Flawkas, Hend Sabri, Asma Abul Yazeed, on décèle que son objectif premier vise à renouer avec l’espoir en veillant à changer l’opinion des Egyptiens sur la guerre de 1967. Et de raviver ainsi, outre leur amour envers la nation, leur sentiment patriotique.

Surtout en ces temps difficiles, vu les contextes politique, social et économique que connaît l’Egypte.

Bref, un brin propagandiste, «Al Mamar» a suscité la curiosité des aînés qui ont vécu la guerre des «Six jours» mais aussi celle des jeunes Egyptiens ne l’ayant pas vécue et qui, plus est, n’ont aucune connaissance de cette guerre d’usure.

Un film dans l’air du temps «politique» qui domine, actuellement, au pays des Pharaons.

 

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