Pour la première fois — depuis ces dernières années — le tourisme en Tunisie bat son plein. Les hôtels font du surbooking et dans les villes du littoral, les appétits s’éveillent à nouveau, malgré la canicule et les feux de paille aux grains qui ont dévasté des centaines d’hectares dans telle ou telle région du pays ! L’été sera chaud, très chaud. Il est là déjà, depuis juin dernier, qui jouait à cache-cache avec des pluies torrentielles, sous un ciel gris comme au mois d’août, qui pèse comme un couvercle.
Nous sommes en période estivale qui rime avec les festivals, ces notions de fêtes et de réjouissances plutôt nocturnes entre celles consacrées aux us et coutumes (en costumes) et celles plutôt contemporaines ou modernes, selon leurs diversités et leurs spécialités. Bien sûr, dans les sites anciens comme à Carthage ou à El Jem, à Tabarka, à Sousse ou Djerba…
Les plages pleines de monde en tenue d’été légères, comme de la soie, pour le bien du corps.
En vérité, il n’y a plus de saisons régulières comme naguère, en Tunisie, car l’été fait des prolongations et que, encore plus de lumière nuit forcément à ceux et celles qui cherchent de l’ombre et de la fraîcheur.
Il y a pourtant des métaphores au sujet de ces saisons qui se succédaient les unes après les autres pour le bien de Dame-Nature et des humains. Quand on écoute les 4 saisons d’Antonio Vivaldi, il s’agit plutôt des âges de la vie d’un être humain. Et tout se jouait avec des instruments à cordes entre violons et violoncelles, pour dire les espérances ou les douleurs de la vie, du printemps à l’été et de l’automne à l’hiver. C’est-à-dire la mort, pour un cycle recommencé.
Et donc, selon les solstices et les équinoxes, ces saisons ne disparaîtront pas de sitôt tant que la nature reprendra ses droits.
Avec un climat calme et plutôt tempéré, la Tunisie méditerranéenne vit un certain «étéisme» à longueur d’année.
Ce vocable est une pure invention de votre humble serviteur, car il n’existe dans aucun dictionnaire. Nous pensons d’ailleurs le présenter, par lettre recommandée, à l’Académie française.
«L’étéisme», c’est une attitude zen et une sorte de philosophie de la vie. Savoir vivre avec la durée intérieure plus qu’avec le temps matériel qui nuit à la vie. Notre leurre est d’avoir travaillé les trois quarts de notre existence pour quelques miettes d’années de retraite, alors que nous n’avions plus d’énergie ou d’envies.
C’est cela être «étéiste» et nous en avons connu un — un véritable ami aujourd’hui disparu — qui vivait deux étés par an. Un cas exceptionnel, me diriez-vous !
Jamil Joudi, l’immense acteur du 4e art, du cinéma et des feuilletons télévisés. Etant marié à une femme brésilienne qui appartenait au corps diplomatique de cette ambassade à Tunis, il vivait un printemps et un été dans notre pays et, l’hiver venu, il partait pour Rio de Janeiro pour un second été. Il était toujours bronzé, frais et dispos à chaque halte ici où nous allions alors à Bizerte pour passer des jours heureux à la Corniche.
Mais cet «étéisme», on peut le passer même à voyager dans sa chambre ou dans sa tête en toute saison, si on y prenait certaines dispositions. Comme par exemple ne plus courir derrière des problèmes qui vous font perdre du temps et qui vous stressent. Vivre dans la durée intérieure n’est pas du tout un luxe si l’on consent à réguler son budget pour assurer sa survie. Du moins, c’est ce qu’en pensent les autres qui vous prendraient pour un marginal. Ne suivez pas le troupeau humain qui peut vous contaminer.
Etre «étéiste», c’est être fun, calme, souriant, bon, agréable de compagnie… Voilà !

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