Divorce émotionnel ou silencieux : Lorsque le silence brise les couples

Il devient de plus en plus facile de briser un ménage et mettre fin à une vie conjugale. Pourtant, le mariage constitue le principal projet humain et social, visant à fonder une famille et contribuer ainsi à une structuration sociale basée sur des piliers très solides.

En effet, le nombre des divorces prononcés dans nos tribunaux ne cesse de croître. Selon les données les plus récentes, avancées par le ministère de la Famille, de la Femme, de l’Enfance et des Séniors, le nombre des divorces prononcés en 2017- 2018 s’élève à 16 750, soit une moyenne journalière de 46 cas ; des indicateurs qui ont été à l’origine du lancement, par ledit ministère, d’une étude sur les causes du divorce en Tunisie.

Mais, en dépit de sa gravité sur la cohésion familiale et sociale et sur son impact ô combien négatif sur les enfants, le divorce, ce pas dur à franchir, est, indéniablement, le résultat de moult problèmes et conflits relationnels que le couple n’a pas su surmonter. Aussi, le couple divorcé, et contrairement à bon nombre de couples vivant une rupture constante et dissimulée aux yeux de tous, a-t-il su, lui, mettre fin à une situation de pression.

Tout pour éviter le statut de divorcé(e) !

C’est que le divorce non dit, non prononcé, silencieux ou ce qu’on appelle encore «la séparation de corps» continue à envenimer la vie de tant de ménages. M. Sami Nasr, sociologue, a décortiqué le problème de ce qu’il qualifie de « divorce silencieux» ou «divorce sentimental ou émotionnel». Il s’agit, en effet, de la rupture vécue et ressentie par le couple qui continue, contraint, à vivre sous le couvercle du mariage.

La vie conjugale s’avère, ainsi, placée sous le signe du silence, dans la mesure où chacun des deux partenaires n’éprouve plus l’envie de communiquer avec l’autre. «Cette rupture demeure bien cachée, dissimulée aux yeux d’autrui au point de jouer le rôle du couple harmonieux. Tout converge, en fait, vers la préservation du statut social. Même si le divorce n’est pas prononcé de peur du qualificatif «divorcé ou divorcée»», souligne M. Nasr.

Episode ou destin ?

Il est à retenir que le divorce émotionnel ou silencieux peut être éphémère. Certains couples parviennent, tout de même, et au bout d’un certain temps, à  surmonter une phase de froideur et de silence. Et c’est en usant de trois piliers essentiels à la vie de couple, que sont l’amour, le dialogue franc et sincère et la communication, qu’ils finissent par remettre tout dans l’ordre. Cependant, en l’absence de l’amour dans un couple et de la sincérité à mettre les points sur les «i», et à défaut de toute communication, le divorce silencieux gagne en durabilité. Et contrairement à ces trois piliers précités, plusieurs facteurs préparent le terrain à la pérennité du divorce émotionnel. Le sociologue en cite la non-reconnaissance des points négatifs, l’égoïsme émotionnel et sentimental, surtout dans la relation intime, les contraintes financières, l’irrespect envers le partenaire et l’implication de tierces personnes dans la vie de couple. D’autant plus que le cumul des problèmes non résolus, l’incapacité de plaire à son partenaire, le non-recours à la discussion pour parler, cartes sur table, des problèmes qui compromettent la vie de couple ainsi que l’absence de centres d’intérêt communs sont autant de causes directes et indirectes propices au divorce émotionnel.  Plus ces facteurs persistent, plus les issues deviennent nulles.

Dans l’inconfort psychologique…

Les répercussions du divorce émotionnel excèdent le seul foyer familial pour s’étendre sur la vie sociale et professionnelle. Vivre dans cette sphère de silence et d’hostilité dissimulée anime, chez les deux partenaires, des pulsions négatives, lesquelles sont traduites, au quotidien, par un tempérament colérique et une irritabilité variable d’une personne à une autre.

Pis encore, le divorce émotionnel s’avère être la cause de l’augmentation du taux de l’adultère dans notre société, lequel trouve ses assises non seulement dans la frustration sentimentale et intime,  dans l’absence d’attention de celui avec qui l’on vit, mais aussi dans l’incapacité à refaire sa vie autrement. D’autant plus que ces répercussions sont plus profondes lorsqu’il en va du développement psychoaffectif des enfants. Vivre dans un climat à dominante conflictuelle et hostile finit par créer, chez les enfants, des sentiments négatifs et des pulsions agressives.

Pourtant, «la vie conjugale est censée être l’expérience sociale fondamentale par excellence, qui consiste en la cohabitation entre deux personnes différentes, et ce, dans le respect du principe de l’acceptation de l’autre. La réussite tout comme l’échec du mariage et de la vie conjugale reviennent à la culture de l’acceptation de l’autre, de ce qui est différent», explique M. Nasr. Pour échapper au spectre du divorce émotionnel ou encore le surmonter, le sociologue appelle les couples à résoudre leurs problèmes au fur et à mesure, en misant sur un dialogue franc et sincère. D’un autre côté, mieux vaut tabler sur les points en commun positifs que sur ceux négatifs. « Le couple doit consentir plus d’effort pour éviter la routine et la frigidité. Il peut même recourir aux spécialistes dans la vie de couple pour être orienté vers les approches les mieux appropriées», recommande M. Nasr.

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