Trois questions à | Faouzi Ben Abderrahman, ancien ministre de la formation professionnelle et de l’emploi: «Le pays a les capacités intrinsèques de s’en sortir»

La Tunisie s’endette pour financer son fonctionnement, d’un côté, et rembourser ses dettes antérieures, d’un autre côté, et pas pour créer la richesse. Il y a deux indicateurs jumelés qui sont préoccupants pour toute économie nationale: le déficit du budget et le déficit de la balance commerciale quand ils accompagnent un taux d’endettement élevé.


Pensez-vous que le niveau actuel de la dette publique de la Tunisie est toujours préoccupant ?

La dette publique tunisienne est préoccupante pas seulement par son niveau élevé mais essentiellement par le fait que le pays est entré dans une spirale infernale, où il s’endette pour rembourser la dette pas pour créer la richesse. Ce sont deux indicateurs jumelés qui sont préoccupants pour toute économie : le déficit du budget et le déficit de la balance commerciale quand ils accompagnent un taux d’endettement élevé. En d’autres termes, le pays s’endette pour financer son fonctionnement, d’un côté, et rembourser ses dettes antérieures, d’un autre côté, et pas pour créer la richesse.

Quelles perspectives d’évolution pour les finances publiques tunisiennes, compte tenu du contexte macroéconomique actuel ?

Il y a trois perspectives possibles : le pays se sort de cette situation par la conjonction d’actions dans les politiques publiques et dans la capacité de relancer l’investissement public et privé et étranger et le rétablissement de la confiance dans la capacité du pays et de ses dirigeants. L’inflation est maîtrisée, le chômage recule et les équilibres macro-économiques se rétablissent progressivement. Une deuxième perspective est l’aggravation des déséquilibres qui peuvent mener l’Etat à la défaillance d’honorer ses engagements, et d’être incapable de faire face à une inflation galopante qui paupérise une grande majorité de la population avec un chômage qui explose et des indicateurs sociaux qui peuvent mener à une explosion sociale.

Une troisième perspective qui est une sorte d’état de statu quo entre mini-réformettes, une relance modérée de l’investissement, une croissance molle et une fragilité sociale à laquelle des réponses ponctuelles sont données, un chômage stationnaire et une inflation galopante.

Le scénario dans lequel s’engagera le pays parmi ces trois perspectives dépend essentiellement du pouvoir politique et de ses politiques, d’un côté, et de sa capacité à mobiliser l’aide de nos partenaires mais aussi de sa capacité ou pas à dépasser les blocages politiques du pays. Personnellement, je pense que le pays a les capacités intrinsèques de s’en sortir et de s’engager pleinement dans la voie de la relance. 

Quelle est votre analyse de la situation actuelle sur le recours de la Tunisie au FMI ? Les négociations du gouvernement avec le FMI sont toujours en suspens depuis des mois. S’achemine-t-on, à terme, vers cet endettement ?

La question qu’on devrait nous poser en préalable ici : avons-nous les moyens aujourd’hui de nous en sortir sans aide extérieure ? Les pouvoirs publics actuels pensent que oui et ils se trompent en grande partie d’analyse. La Tunisie a des atouts certains : sa croissance démographique maîtrisée, sa situation géographique idéale, sa capacité de se moderniser grâce à une jeunesse largement mondialisée mais, malheureusement, elle a accusé un retard énorme dans divers domaines avec une incapacité de se réformer et de rebondir. La Tunisie a besoin d’un projet civilisationnel car sa crise l’est, et ceci n’est possible qu’avec une nouvelle contractualisation sociale qui permettrait de rebondir et  de donner au pays ce qui lui manque cruellement : une ambition.

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