Posez la question suivante aux mordus de handball tunisien : «quel est le meilleur handballeur hammamétois de tous les temps?». Une seule réponse, rapide et unanime : «Habib Khédhira». Loin d’être volé ou fortuit, cet hommage tire sa crédibilité d’une belle et longue carrière chargée d’honneurs et d’exploits. Tout commença en 1967 lorsque le petit Habib, un blondinet de 7 ans, s’engage avec la catégorie des écoles de l’ASHammamet. Un bail qui durera deux bonnes décennies au cours desquelles il s’était imposé comme la principale force de frappe de toutes les catégories de la section qu’il survolait, tel un avion supersonique, avec autant d’efficacité que de brio. Avec son camarade de combat feu Faouzi Sahli, il s’amusait à donner des frissons à toutes les équipes adverses, y compris les grosses cylindrées de notre handball. «C’est surtout face à l’Espérance et le Club Africain que nous forcions le plus», se souvient-il, en précisant : «Pour moi, les matches qui nous opposaient à ces grands clubs revêtaient un intérêt spécial, un goût particulier, au point que je m’y préparais toute une semaine, comme s’il s’agissait de parties de vie ou de mort».
A l’époque, «Sang et Or» et Clubistes le redoutaient comme la peste. A chacune de ses sorties, ils lui plantaient un berger allemand pour espérer museler celui qu’on surnommait «Haller», en référence au célèbre footballeur germanique à qui il ressemblait comme deux gouttes d’eau. C’est que Habib était un joueur complet. Là où l’entraîneur le plaçait, soit sur l’aile ou en demi-centre, il excellait, en mettant à profit sa technique raffinée, sa bonne vision du jeu, une mobilité de tous les instants et une surdose d’audace. Et ce sont ces qualités qui lui ont permis de devenir un titulaire à part entière du sept national où, pourtant, les monstres sacrés se bousculaient et les places étaient chères. Son parcours y était si brillant : une Coupe d’Afrique en 1976 et une participation honorable la même année aux Jeux olympiques de Montréal. Et c’est tout. Hélas oui, avec zéro titre sur le plan local. «Une grosse frustration pour moi», regrette Haller qui reconnaît que «l’ASH et toutes les autres équipes d’antan ne pouvaient pas contester le règne implacable de l’Espérance qui avait, durant plus de 15 ans, imposé une terrible mainmise sur le handball tunisien, ne laissant même pas des miettes à ses adversaires».

Héritage familial
1987 : Habib Khédhira sent que l’heure de la retraite a sonné. A 33 ans, il avait pourtant de beaux restes. «Non, lance-t-il, j’ai voulu céder ma place à une nouvelle génération». Celle-ci sera d’ailleurs son nouveau challenge, puisqu’il allait s’en occuper, en tant que dirigeant, avec le même enthousiasme et la même abnégation. Tout en s’y attelant, il pensait à ses trois progénitures qu’il «forcera» à opter pour le handball et, bien évidemment, pour l’ASH. Tel père, tel fils. L’héritage familial, quoi.
Aujourd’hui, l’un de ses enfants, en l’occurrence Amor Khédhira, fait partie du staff technique de la sélection des seniors. Mais papa Habib ne veut plus parler de hand. «J’en ai marre», tempête-t-il. Et d’expliquer, visiblement abattu : «Les temps ont hélas changé. J’ai beau tenter de mettre ma riche expérience au service de la fédération, rien n’y fait. J’ai beau batailler au sein de la Ligue nationale et de la Ligue du Cap Bon pour donner le plus, il y a malheureusement toujours quelqu’un pour vous en empêcher, pour vous mettre les bâtons dans les roues. Mais ce qui me désole le plus, c’est qu’on ne fait pratiquement rien pour couper l’herbe sous le pied aux brebis galeuses, et cela en dépit de la bonne volonté du président de la fédération.
Passionné, mais drôlement cool, Haller, loin d’être totalement désespéré, laisse quand même une fenêtre ouverte sur un avenir meilleur. «Tout dépendra, estime-t-il, de la volonté du bureau fédéral. Ce dernier est appelé à tout faire pour rétablir l’union sacrée entre les différentes composantes de notre handball afin de mettre l’homme qu’il faut à la place qu’il faut. C’est là, j’en suis persuadé, un passage obligé pour aller de l’avant, surtout que ce sport recèle de très riches potentialités qu’il serait ridicule de ne pas exploiter. A 65 ans (le 17 août prochain), Habib Khédhira demeure un grand mordu de handball. «J’ai vécu avec et je mourrai avec», lance-t-il, avec son sourire coutumier.
Mohsen ZRIBI

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