Souvenirs, souvenirs -Khaled Badra ex-capitaine du team tunisie : «Sang et Or» à cœur et à corps ! 

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•«Attouga me voulait au CA»
•«S’imprégner de certaines valeurs et apprendre à souffrir»
•«Le talent ne suffit pas».


Quand, en 2004, Khaled Badra soulève le saint Grâal de la CAN, point d’orgue de l’âge d’or de notre sport-roi, prise sur le vif, cette posture qui est sienne scelle son statut de légende vivante du football tunisien

Figure emblématique du Team Tunisie et de l’Espérance, Khaled Badra est l’archétype du taulier accompli. Durant toute sa carrière, il a fait plier le réel à la force de sa volonté. Tout ce qu’il a entrepris, il l’a réussi, ou presque. Son palmarès en témoigne. Sur le terrain : des titres à la pelle et une ribambelle de récompenses individuelles. A première vue, on pourrait croire que tout ce que touche Khaled Badra se transforme irrémédiablement en or. Pourtant, ça ne lui est pas tombé dessus ! Il a acquis ce statut à la sueur de son front. Parce que, quelque part, Badra est né pour être un meneur. Sur le terrain, de la JSK à l’EST, en passant par l’équipe nationale, il a toujours été flanqué du brassard de capitaine. En football comme dans la vie, la frontière entre l’homme et le joueur est infime. Libéro dans l’âme, Badra glisse souvent hors de sa défense avec puissance et précision. Et quand il déboule, personne n’est sur sa route, parce qu’il en a décidé ainsi !

Gentleman footballeur
Badra, c’est le type de compétiteur qui caresse le cuir, escamote le ballon d’un geste sûr, tout en maîtrise. Avec lui, les attaquants adverses avaient cette impression d’impuissance. Bref, c’est une perte de temps que d’essayer de le défier ! Et quant il relance, ouvrant la voie d’une passe, parfois d’une frappe, cuisinant caviar sur caviar sans jamais se tromper dans la recette qu’il réinvente à loisir, c’est toujours accompli avec élégance. Badra, le gentleman footballeur sur le terrain. Son buste est toujours droit, la tête toujours haute.

Avec classe et autorité, il anticipe les intentions adverses
En clair, il échappe à la maladresse. Et quand en 2004, il soulève le saint Grâal de la CAN, point d’orgue de l’âge d’or de notre sport-roi, prise sur le vif, cette posture qui est sienne scelle son statut de légende vivante du football tunisien. Badra était un modèle, et surtout un footballeur complet. Ce compétiteur hors normes était en avance sur son temps. Talent précoce, il a su transcender son rôle et lui donner une dimension supplémentaire. Nous sommes partis à sa rencontre. Impressions et retour sur une carrière jalonnée de succès:

«Le penalty de la délivrance»
«Tout le monde sait que j’ai pris mon envol à l’Espérance Sportive de Tunis. Mais c’est à la Jeunesse Sportive Kairouanaise que j’ai fait mes premières classes. C’est là que tout a commencé. Par la suite, après ma carrière au Parc B, j’ai aussi joué au FC Genoa, à Denizlispor et enfin à Ahly Djeddah. Avec l’équipe de Tunisie, j’ai disputé deux phases finales de Coupe du monde, en 1998 et en 2002. Mon apogée était en 2004 avec notre épopée victorieuse en Coupe d’Afrique des nations. Lors de ce tournoi continental, je me rappelle qu’en demi-finale contre le Nigeria, j’égalise sur penalty à quelques minutes de la fin du temps réglementaire. Pour revenir à ce match face aux «Flying Eagles», au moment d’exécuter la sentence, sur penalty, je me suis armé d’humilité, de concentration et de détermination pour prendre le gardien à défaut. C’est l’un des moments les plus importants de ma carrière. C’était le penalty de la délivrance. Nous nous imposerons donc aux tirs au but et remporterons la finale face au Maroc trois jours plus tard».

«Investis d’une mission»
«C’était magique. L’emballement médiatique, la ferveur populaire. Nous étions investis d’une mission. Nous devions forcer le destin ! Volet anecdotes maintenant, peu de personnes savent que j’ai failli opter pour le Club Africain. J’avais été contacté par la légende Sadok Sassi, alias Attouga, pour enfiler la casaque du club de Bab Jedid en 1995. L’Espérance m’avait également contacté, et j’ai finalement déposé mes valises du côté de mon club de cœur, l’EST.
Je suis un soldat «sang et or» à cœur et à corps ! D’ailleurs, même quand j’ai évolué au sein de Ahly Djeddah à deux reprises, j’ai toujours regagné le bercail par la suite, au Parc B.
Il ne pouvait qu’en être ainsi pour moi. Comme on dit, «Sang et Or» un jour, «Sang et Or» pour toujours !

«Hamouda Ben Ammar, un président  aux petits soins»
Pour revenir à l’équipe nationale, et outre l’imposant plateau technique qui nous a encadrés, nous avions aussi la chance d’être soutenus par le président Hamouda Ben Ammar, un dirigeant consciencieux et aux petits soins. Aujourd’hui, le football a évolué. Il faut épouser l’air du temps pour tirer son épingle du jeu.
Le football moderne exige des qualités spécifiques chez un bon footballeur comme la performance, la discipline et la puissance.
Le joueur tunisien doit forcément s’adapter aux exigences du haut niveau. La tête et les jambes comme dit le dicton.
Il faut s’imprégner de certaines valeurs, apprendre à souffrir, garder la tête froide, s’armer d’humilité et surtout de persévérance.
Bref, le talent ne suffit pas ! Le mental, c’est primordial.
Rappelez-vous le passage de Hatem Trabelsi à l’Ajax et à City.
Zoubeir Baya à Fribourg a aussi excellé. Radhi Jaidi du côté de Bolton. Leur longévité au plus haut niveau n’est pas due au hasard.
C’est le fruit de beaucoup de sacrifices».

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