A l’approche de l’ouverture de la campagne électorale, la Haica s’inquiète et avertit. A travers l’intervention de son président, elle insiste sur les réseaux sociaux, spécialement sur la pratique dite des «fake news».

Juste préoccupation. On a vu ce qui peut résulter de ces fausses nouvelles lors d’un récent et tristement fameux jeudi. Un président de la République avait été «tenu pour mort». Un Etat avait failli basculer.

Reste que le rôle de la Haute instance de la communication audio-visuelle implique, principalement, les télés et les radios. Tout autres «morceaux». En politique, notamment dans les jeunes démocraties, ces médias peuvent «déraper» en toute circonstance, à tout moment. Appellent, toujours, vigilance, régulation.

Le président de la Haica a raison de soulever le problème des réseaux sociaux dans la perspective d’un proche et si important scrutin. Rassure-t-il, pour autant, sur le cas des télés et des radios ?

Pas vraiment, croyons-nous.

Le sentiment d’abord (la conviction ?) est que s’agissant d’audio-visuel, les «dés» sont comme «jetés». Les positions sont prises. Le partage est fixé.

Tout le monde sait, aujourd’hui, où se situent les principales chaînes privées. Quels sont leurs moyens, leurs appuis ? Tout le monde a surtout conscience de leurs «immunités» face à l’instance (constitutionnelle !!) de contrôle et de régulation. Ne nous leurrons pas, en fait :la Haica n’a ni la puissance ni l’indépendance qu’on lui dit. Encore moins «la souveraineté». Elle est, «humblement, à l’image de toutes ses homologues (imputées à la Constitution) : nées du choix et de la volonté des partis, assujetties à leur pouvoir. Illustration récente : la fermeture en force de «Nessma TV». Vite annulée. Un parti fort de la coalition gouvernementale n’était pas d’accord. Ne comptaient plus, dès lors, ni les enfreintes, ni les lois ; ni les valeurs ni les régulations. Mais qui dans le rapport de force politique, économique, possédait le dernier mot.

L’impression, ensuite, est que les médias, eux-mêmes, n’y voient pas trop d’inconvénients. Se prêtent, plutôt, au «jeu». Une chronique sur «Business News» résume assez bien la situation. L’auteur, Nizar Bahloul, part du constat que le journalisme de l’après-révolution est tout aussi dépendant et sous contrôle que sous Bourguiba et Ben Ali. A la seule différence, conclut- il, qu’aujourd’hui, les «journalistes y consentent à leur manière», le plus souvent, en «se spécialisant dans la flatterie», ou en se transformant «en chiens de garde».

Le diagnostic est exagéré. «Ecorchant», peut-être. Mais ce pays est un petit «village». Où tout se voit. Où tout se sait. Pas la peine de citer des noms, de montrer du doigt. Les chapelles apparentées à telles ou telles radios, à telles ou telles télévisions privées, sont connues, localisées. Elles œuvrent au grand jour, qui plus est. Le dernier amendement de la loi électorale s’y appliquerait tout aussi bien. Les rédacteurs de l’amendement en ont-ils conscience? Ont-ils tout vu venir ? Tout prévu ? Y ont-ils assez réfléchi ?

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