«Sauvez-moi» d’Ahmed Mejri : La Tunisie lance un cri d’alarme

«Sauvez-moi tant qu’il est temps… Sauvez-moi! Aimez-moi infiniment, aimez-moi ! Tant et tant de blessures finiront par nous crever. Ensemble on va périr, ensemble on va finir par écrire notre destinée». Voici quelques paroles du nouveau single d’Ahmed Mejri qui vient de voir le jour. Une chanson dédiée à Gaza et créée en collaboration avec le docteur en musique Samih Mahjoubi.

Une chanson où la terre se plaint des manipulations de l’homme qui l’asphyxie. «Il importe énormément que cette chanson voie le jour en Tunisie pour parler le langage universel d’une planète meurtrie», précise-t-il. Cette chanson est «musicalement née» uniquement parce qu’elle n’est pas encore diffusée dans l’attente qu’elle ait du soutien pour l’enregistrer et la mettre en clip. L’artiste, bien qu’il ne soit pas soutenu par le ministère des Affaires culturelles, continue à produire et à semer ses mélodies à tout vent. Chez lui c’est une nature comme les abeilles butinent leur miel en musardant entre les fleurs, les ailes bourrées de liberté.

Ahmed Mejri continue donc à produire et à avancer avec ses propres moyens. Cela représente une vraie résistance puisqu’il offre le profil d’un chanteur qui évolue sans manager, ni producteur, ni diffuseur. Un challenge pour ce mélodiste qui a collaboré avec de grands noms de la scène tunisienne comme Amina Fakhet et Saber Rebai, Nebiha Karaouli et Nawel Ghachem. Une sorte de «happy outsider», considérons-le, et qui évolue hors du système en ventilant autour de lui des mélodies qui lui sont propres. En effet, après le succès de «khamsa elli lahgou bejorra», Ahmed Mejri a continué son bonhomme de chemin en artiste sollicité par plusieurs festivals en Tunisie et à l’étranger, en créateur qui pioche allègrement dans les tréfonds des mots. Ahmed Mejri est resté dans le circuit de la culture sans s’inscrire comme il dit dans le «mode lounge et mariages». C’est son choix et ça se respecte. «J’ai tracé mon propre chemin, nous dit-il, et je sens que je me dirige vers tout ce qui est word music et underground parce que je chante la rue avec tout ce qu’elle a de joyeux et de libre et cela va de Mandela à Daghbaji» .

Dernièrement, Ahmed Mejri a enregistré un album au Sénégal toujours en collaboration avec Samih Mahjoubi et des musiciens sénégalais. Un album qui comporte huit titres dont «Faché fauché» et qui contient également des reprises de chansons tunisiennes comme «Ya mahboubi» dans une version valsée «Wa hallilou wa kabbirou» avec le chanteur sénégalais Tilalal. «J’ai mélangé nos mélodies avec leurs tons et la langueur de l’atmosphère africaine. C’est un album produit sans l’appui de notre ministère ce qui a retardé un peu son lancement en Tunisie», dit-il.

«Gaza» est la dernière création qui inscrit l’artiste dans l’actualité brûlante. Une chanson interprétée en trois langues (l’arabe, l’anglais et le français) par Ahmed Mejri et Fatma Sfar. Le texte a été écrit avec Neira el Kateb. Une chanson bien travaillée sur le plan musical avec un reggae qui revendique ce côté Rasta élégamment contestataire. Bon vent.

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